
Par : Abdelkader Reguig
La journaliste Américaine Abby Martin a récemment replongé le Monde dans une réalité brutale. En republiant une interview choc réalisée en 2016 dans les rues d’Israël, elle documente un racisme systémique et une rhétorique génocidaire assumée par une large frange de la société Israélienne.
Dans un contexte déjà explosif marqué par la guerre à Gaza, son témoignage a été visionné plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux. Martin y dresse le portrait glaçant d’un « État voyou » et d’une « idéologie de suprématie raciale », tout en pointant du doigt la complicité des médias occidentaux et la lâcheté de certains dirigeants Arabes.
Qui est Abby Martin ? Une voix dissidente aux racines californiennes
Originaire de Pleasanton, en Californie, Abby Martin est une journaliste d’investigation et documentariste Américaine reconnue pour son franc-parler. Après avoir animé « Breaking the Set » sur RT America, elle a fondé sa propre émission d’investigation, « The Empire Files », afin de couvrir les conflits et les politiques Etrangères Américaines ignorés par les médias mainstream. Connue pour son documentaire « Gaza Fights for Freedom » sur la marche du retour à Gaza en 2019, Martin est devenue une cible régulière des organisations pro-Israéliennes pour son analyse sans concession du sionisme qu’elle qualifie d’« idéologie raciste, colonialiste et génocidaire ».
« Nous devons tuer tous les Arabes » : Le déferlement de haine documenté par sa caméra
Ce qui a provoqué un séisme médiatique, c’est la republication par Abby Martin d’une interview de rue, largement partagée sur YouTube où elle cumule des millions de vues. La journaliste explique que son équipe n’a pas eu à chercher bien loin pour capturer des propos d’une violence inouïe. « Ma caméra n’était pas cachée, et la grande majorité de la population est raciste », déclare-t-elle.
Selon son récit, dès qu’elle déambulait dans les rues, les passants lui demandaient si elle était Arabe. Dès qu’elle répondait qu’elle était Américaine, ils se livraient spontanément : « Ils clament haut et fort : « Nous sommes fiers d’être des racistes, nous devons tuer tous les Arabes » ». Abby Martin rapporte avoir entendu des appels à « tapis-bomber » Gaza, à « utiliser des bombes nucléaires » contre les Palestiniens, ou encore des arguments théologiques radicaux selon lesquels les Juifs sont un « peuple spécial » à qui Dieu a donné la terre sans place pour les Arabes.
Pour la journaliste Américaine, ce niveau de haine ordinaire n’est pas anodin : elle compare l’atmosphère en Israël à celle de « Berlin en 1932 », une référence directe à la montée du nazisme en Allemagne. « En tant qu’Américaine, ils croient que nous sommes comme eux, des racistes », ajoute-t-elle, soulignant la normalisation de ces discours de suprématie.
Le « Grand Israël » et la loi de la mort : Quand la politique officialise le racisme
Abby Martin ne se contente pas d’analyser les comportements individuels. Elle dénonce une dérive institutionnelle brutale. Elle pointe notamment la récente loi adoptée par la Knesset le 30 mars 2026, qui instaure la peine de mort pour les actes qualifiés de « terrorisme pour plus de 10. 000 Palestiniens ». Si le texte parle de « terroristes », la réalité est discriminatoire : cette loi ne s’applique qu’aux Palestiniens et exclut de fait les colons juifs coupables d’actes de violence en Cisjordanie. Martin rappelle avec effarement que lors du vote, le Ministre d’extrême droite Itamar Ben-Gvir a « sablé le champagne à la Knesset » pour célébrer cette loi.
Ce contexte s’inscrit, selon elle, dans un projet politique plus vaste : la construction du « Grand Israël » (Eretz Yisrael HaShlema). Ce concept irrédentiste, porté par des figures influentes au sein de la coalition gouvernementale, revendique des territoires allant du Jourdain à l’Euphrate, incluant une grande partie des Territoires Palestiniens, voire des pans de l’Égypte et de la Jordanie. Ce rêve d’expansion par la guerre explique, selon Abby Martin, pourquoi la politique Israélienne actuelle est une machine de guerre visant à « édifier le Grand Israël ».
La dénonciation des « lâches » : L’échec des Accords d’Abraham
Mais là où le bât blesse et attise la rancœur, c’est lorsqu’on se tourne vers le monde Arabe. « Pour moi, tous les dirigeants Arabes qui ont signé les Accords d’Abraham sont des lâches. » Les normalisations diplomatiques avec Israël (notamment par les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, puis le Maroc et le Soudan) ont été scellées sans tenir compte de la réalité populaire Israélienne : un peuple qui, comme l’a filmé Abby Martin, clame haut et fort qu’il faut « tuer tous les Arabes ». En faisant fi de ce racisme d’État, ces régimes Arabes ont trahi la cause Palestinienne et légitimé un régime d’apartheid.
Le contraste saisissant avec les valeurs Islamiques
« Pourtant, au vu de ce constat, l’expression publique de la foi musulmane résonne avec une critique largement partagée dans le monde Arabo-Musulman : celle du décalage entre l’éthique de guerre prônée par l’Islam et les pratiques d’Israël. »
En Islam, le traitement des prisonniers est une question de dignité humaine. Depuis l’avènement de l’Islam, le Prophète Mohamed (que la paix et le salut soient sur lui) a établi des règles claires : nourrir et vêtir les détenus, ne pas leur nuire, et leur offrir la liberté contre rançon ou par grâce. Le Coran et « la Sira al-Nabawiyya » insistent sur le respect de l’intégrité physique et morale du prisonnier, considéré comme un être humain à protéger même au combat.
Dans l’article de synthèse d’Abby Martin, l’opposition est frappante. Là où la loi Islamique humanise l’adversaire capturé, la loi Israélienne (représentée par le « sablage de champagne » d’Itamar Ben-Gvir) officialise la mise à mort des détenus politiques. Là où l’Islam prône la miséricorde (Rahma) comme attribut divin, la rhétorique du « peuple élu » justifie aux yeux d’une partie des Israéliens la purification ethnique. « Notre religion et notre éducation ont fait que nous sommes des humanistes, de vrais croyants », peut-on lire en écho à ces valeurs.
Un appel à l’isolement international
En conclusion de son intervention, Abby Martin lance un appel solennel à la communauté internationale : « Tout le monde doit isoler cet État voyou. C’est une honte pour quiconque s’y rend ». Elle estime que la propagande sioniste qui a duré des décennies s’est complètement effondrée, et que le monde voit enfin Israël pour ce qu’il est : un « État obsédé par le génocide ». Pour Abby Martin, le silence n’est plus une option, et les universitaires, célébrités ou hommes politiques qui continuent de visiter Israël sans protester portent désormais une « tâche » sur leur conscience.
Une vérité qui dérange, mais qui s’impose au monde
La republication de cette interview par Abby Martin intervient à un moment charnière, où la guerre à Gaza radicalise les positions et efface les faux-semblants. Si ses déclarations suscitent des fureurs et des accusations d’antisémitisme dans les médias traditionnels, elles trouvent un large écho auprès d’un public de plus en plus réceptif aux témoignages de terrain. En osant nommer le racisme, en dénonçant les compromissions et en opposant l’éthique islamique à la loi de la mort, Abby Martin s’impose comme l’une des voix les plus tranchantes et les plus isolées du journalisme américain.
Par : Abdelkader REGUIG – Oran
Contact: orarexe@ gmail. Com
Source : Propos recueillis et recoupés à partir des interviews d’Abby Martin sur « The Empire Files », analyses de la loi Knesset 2026, et sources historiques sur le droit Islamique humanitaire.
Views: 7