
Par : Mohammed CHOUAKI
Alors que l’Algérie et l’Espagne consolident leurs relations bilatérales, notamment sur le plan énergétique et diplomatique, le Maroc multiplie les pressions, instrumentalisant la question migratoire pour tenter de freiner ce rapprochement stratégique.
Un contexte de normalisation Algéro-Espagnole
La réactivation, le 26 mars 2026, du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération entre l’Algérie et l’Espagne marque un tournant diplomatique majeur après quatre années de tensions liées à la position Espagnole sur le Sahara Occidental. Alger, devenu le principal fournisseur de Gaz de l’Espagne, a consolidé une relation fondée sur des intérêts stratégiques partagés, faisant de Madrid un partenaire énergétique incontournable.
Cette normalisation s’est traduite par la levée des restrictions bancaires, la reprise des échanges commerciaux et une coopération renforcée dans les domaines de la sécurité et de l’énergie. Pour Rabat, ce rapprochement constitue une contrainte géopolitique majeure, dans la mesure où il affaiblit sa position dans le conflit du Sahara Occidental et réduit son influence sur la péninsule ibérique.
Le chantage migratoire comme arme diplomatique
Face à cette dynamique, le Maroc a réactivé sa stratégie de pression migratoire, historiquement utilisée comme levier de négociation avec l’Espagne. Selon plusieurs analyses, Rabat considère l’immigration clandestine non pas comme un problème humanitaire à gérer, mais comme une arme politique mobilisable à des fins diplomatiques.
Cette instrumentalisation s’est manifestée à plusieurs reprises, notamment lors de la crise de mai 2021, lorsque quelque 10 000 Marocains ont été poussés à traverser la Méditerranée à la nage jusqu’à Ceuta, dans un contexte de tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid. Plus récemment, des sources indiquent que le Makhzen continue d’utiliser les flux migratoires comme moyen de pression, menaçant implicitement d’ouvrir les vannes des migrants Subsahariens et Marocains vers le sud de l’Espagne.
Espionnage et pressions politiques
Au-delà de la question migratoire, le Maroc est également accusé d’avoir recours à des méthodes de renseignement agressives pour exercer des pressions sur le Gouvernement Espagnol. L’affaire Pegasus a révélé que les services Marocains, dirigés par le Général Abdelhamid Hammouchi, auraient piraté le téléphone du Premier Ministre Espagnol Pedro Sánchez dans le but d’exercer des pressions politiques lors d’une crise diplomatique majeure.
Selon l’enquête, les données intimes interceptées sous la supervision de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) ne serviraient pas seulement au renseignement, mais seraient également utilisées pour le chantage, la diffamation et la neutralisation d’opposants. Ces révélations ont provoqué un vif débat politique en Espagne, où les Partis d’opposition de droite, notamment le Partido Popular (PP) et Vox, exigent un renforcement drastique de la sécurité à la frontière avec le Maroc.
Réactions à Madrid
À Madrid, la gestion de la question migratoire et des relations avec Rabat fait l’objet de vives controverses politiques. Le PP préconise des réformes légales afin d’autoriser les refoulements immédiats des migrants arrivés par voie maritime, tandis que Vox prône une militarisation complète des enclaves de Ceuta et Melilla.
Ces pressions internes compliquent la position du Gouvernement Sánchez, tiraillé entre la nécessité de maintenir des relations fonctionnelles avec Rabat et l’obligation de répondre aux exigences sécuritaires de l’opposition. Certains analystes estiment que le Maroc profite de cette fragilité politique pour maximiser son influence, considérant l’Espagne non pas comme un partenaire, mais comme une cible d’opérations de renseignement ciblées.
Une stratégie à double tranchant
Pour autant, cette stratégie de chantage migratoire présente des limites. D’une part, elle expose le Maroc à des critiques internationales sur son instrumentalisation de la détresse humaine. D’autre part, elle risque de compromettre ses relations avec l’Union Européenne, dont Rabat dépend pour des accords commerciaux, financiers et de coopération.
En outre, le rapprochement Algéro-Espagnol s’inscrit dans une dynamique structurelle fondée sur des intérêts énergétiques et stratégiques durables, difficilement réversibles par des pressions tactiques. L’Algérie, en sa qualité de principal fournisseur de gaz de l’Espagne, dispose d’un levier considérable qui contrebalance les tentatives Marocaines de déstabilisation.
Enjeux géopolitiques régionaux
Cette situation illustre la complexité des équilibres géopolitiques au Maghreb, où les rivalités Algéro-Marocaines se projettent sur la scène Européenne. Pour l’Espagne, le défi consiste à maintenir un équilibre délicat entre ses intérêts énergétiques avec Alger, ses obligations sécuritaires avec Rabat et ses engagements Européens en matière de contrôle migratoire.
Pour l’Algérie, ce rapprochement avec Madrid constitue une victoire diplomatique majeure, consolidant sa position comme acteur incontournable de la sécurité énergétique Européenne et affaiblissant la stratégie Marocaine d’isolement diplomatique d’Alger.
Sources : Algérie Patriotique, Africa24TV, Público, El Mundo, Libertad Digital, Les Échos, Wikipedia. algeriepatriotique
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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