
Par : Mohammed CHOUAKI
ALGER – Le Président de la République du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, a entamé ce mercredi 22 avril 2026 une visite d’État en Algérie, à l’invitation de son homologue Algérien Abdelmadjid TEBBOUNE. Cette visite marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Alger et N’Djamena, déjà engagé depuis plusieurs années dans un partenariat stratégique aux dimensions politique, économique et sécuritaire.
Un partenariat stratégique en accélération
Les deux capitales inscrivent désormais leurs relations dans une dynamique de « refondation » et d’approfondissement des liens bilatéraux, comme l’a souligné le Ministre d’État Algérien Ahmed Attaf à l’occasion de la dernière session de la Commission Gouvernementale mixte Algéro‑Tchadienne. Outre l’adoption d’une charte de coopération tripartite avec le Niger, l’Algérie et le Tchad ont réaffirmé leur volonté de construire une plateforme régionale de stabilité et de développement économique dans le bassin du Sahel.
La visite d’État intervient dans un contexte de recomposition géopolitique au Sahel, où l’Algérie s’affirme comme un acteur régional clé, tandis que le Tchad renforce son rôle de « Pivot » entre Afrique du Nord et Afrique Centrale. Algérie et Tchad se coordonnent désormais plus étroitement sur les grands dossiers régionaux, notamment la sécurité transfrontalière, la lutte contre le terrorisme et la stabilisation des États du Sahel.
Axes économiques et infrastructuraux
Les échanges entre Alger et N’Djamena se concentrent sur trois grands chantiers : l’énergie, les investissements et les infrastructures transsahariennes. L’Algérie envisage notamment d’accélérer la réalisation de projets structurants comme la route transsaharienne et le réseau transsaharien de fibre optique, destinés à créer un « corridor économique stratégique » vers le Tchad et au‑delà.
Les responsables Algériens mettent en avant les potentialités de coopération dans le secteur énergétique, où l’Algérie pourrait jouer un rôle de fournisseur et de partenaire technologique pour le Tchad, confronté notamment aux défis de l’accès à l’électricité et aux carburants. Les deux parties évoquent également des projets d’investissements conjoints dans l’agriculture, l’industrie agro‑alimentaire et les services, afin de diversifier les économies et de réduire les dépendances extérieures.
Sécurité, stabilité et coordination régionale
Au volet sécuritaire, la coopération s’inscrit dans une logique de complémentarité régionale. L’Algérie appuie le Tchad dans ses efforts de sécurisation de ses frontières et de lutte contre les groupes armés, tandis que N’Djamena offre à l’Algérie une base arrière stratégique pour certaines missions de stabilisation et de médiation au Sahel.
Cette coordination se traduit par des consultations régulières entre les services de sécurité et de défense des deux pays, ainsi que par une convergence de vues sur les mécanismes de gouvernance régionale (Union Africaine, Comité Sahélien, etc.). Les deux Chefs d’État insistent sur la nécessité d’une approche Africaine des crises, avec un rôle central pour les États riverains et les organisations régionales.
Un cadre diplomatique renouvelé
La visite d’État se tient dans un cadre protocolaire renforcé, avec l’organisation de pourparlers au sommet, des cérémonies officielles et la signature de plusieurs accords et protocoles de coopération. Des déclarations conjointes prévues à l’issue des entretiens devraient détailler les engagements pris par les deux parties en matière économique, sécuritaire, diplomatique et culturelle.
Pour les observateurs, cette visite marque
symboliquement la montée en puissance de l’« axe Alger‑N’Djamena » dans la géographie politique du Sahel et de l’Afrique. Elle illustre la volonté de l’Algérie de renforcer ses partenariats avec les pays Africains méridionaux, tout en articulant plus étroitement sa stratégie nationale à une vision régionale globale.
Vers une nouvelle phase des relations Algéro‑Tchadiennes

Les autorités Algériennes parlent désormais d’une « nouvelle phase » de l’histoire des relations bilatérales, plus dense, plus structurée et plus intégrée. Si Algérie et Tchad reconnaissent encore des marges de progression, notamment en matière de flux commerciaux et d’insertion régionale, les signaux envoyés depuis Alger et N’Djamena laissent présager un approfondissement soutenu de leur partenariat dans les prochaines années.
La visite d’État du Président Mahamat Idriss Déby à Alger s’inscrit ainsi dans une stratégie à long terme : faire de l’axe Algéro‑Tchadien un pilier central de la stabilité et du développement économique du Sahel, au cœur d’une Afrique en recomposition.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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