À l’ONU : Pedro Sánchez veut en finir avec le droit de veto

Par : Mohammed CHOUAKI

Le mercredi 23 septembre, à la tribune de la 81e Assemblée Générale des Nations Unies, le Chef du Gouvernement Espagnol a réclamé une réforme du Conseil de Sécurité. Il demande une représentation régionale plus équitable et la suppression du droit de veto des membres permanents. Pedro Sánchez a aussi accusé le Gouvernement de Benyamin Netanyahou de poursuivre un  « génocide » à Gaza.

Pedro Sánchez n’a pas choisi la prudence diplomatique. Devant les dirigeants du Monde réunis à New York, il a remis en cause l’architecture même de l’organisation, qu’il juge inadaptée aux réalités du XXIe siècle.

Un Conseil de sécurité hérité de 1945

Le Premier Ministre Espagnol a plaidé pour une réforme du Conseil « afin que toutes les régions du Monde aient une représentation juste ». Le message vise la composition actuelle, qui date de l’après-guerre : cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et dix membres non permanents élus pour deux ans. L’Afrique, l’Amérique latine et une grande partie de l’Asie n’y ont toujours aucun siège permanent.

Sánchez rejoint ainsi une revendication ancienne, portée notamment par l’Union Africaine à travers le « consensus d’Ezulwini », qui réclame au moins deux sièges permanents pour le continent.

La fin du veto, une proposition de rupture

La proposition la plus audacieuse porte sur la suppression du droit de veto.           « Aucun pays ne doit être à la fois juge et partie, aussi puissant soit-il », a lancé Pedro Sánchez. Ce privilège permet à chacun des cinq membres permanents de bloquer seul toute résolution, et il a paralysé le Conseil sur les grandes crises de la dernière décennie, de la Syrie à l’Ukraine en passant par Gaza.

L’Espagne fait partie des 128 États qui soutiennent l’initiative Franco-Mexicaine visant à encadrer l’usage du veto. Parmi les membres permanents, seuls la France et le Royaume-Uni y adhèrent. Madrid va cependant plus loin, en réclamant la suppression pure et simple de ce privilège. La proposition a peu de chances d’aboutir : toute réforme de la Charte doit être ratifiée par les cinq membres permanents, qui disposent donc d’un veto sur la suppression de leur propre veto.

Gaza : le mot « génocide » assumé

Sur le Proche-Orient, Pedro Sánchez a maintenu la ligne qui fait de lui l’une des voix Européennes les plus critiques envers Israël. « Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher des agressions contraires à la Charte des Nations Unies : en sanctionnant les agresseurs Russes, en imposant un embargo sur les armes à Israël […] et en condamnant sans nuance le génocide que Netanyahou continue de perpétrer à Gaza », a-t-il déclaré.

Madrid a reconnu l’État de Palestine en mai 2024, aux côtés de l’Irlande et de la Norvège. En liant les deux thèmes, le Chef du Gouvernement Espagnol a fait de Gaza l’illustration de l’impuissance d’un Conseil de Sécurité paralysé par le veto.

Ceuta, le silence sur Rabat

Pedro Sánchez a également évoqué la crise de Ceuta, qu’il a qualifiée d’« une des plus grandes crises de migration irrégulière de ces dernières années ». Il l’a attribuée à « l’inégalité, le désespoir et la désinformation ». « La tentation est de choisir le raccourci : céder à la peur, faire du migrant un ennemi et violer la légalité. Mais l’Espagne ne le fera pas, Ceuta non plus », a-t-il ajouté. Il n’a pas eu un mot pour le rôle du Maroc, alors que plusieurs éléments mettent en cause l’implication de forces Marocaines dans l’assaut de l’été.

Une voix singulière en Europe

Ce discours conforte l’image que Pedro Sánchez s’est construite sur la scène internationale : celle d’un dirigeant Européen prêt à rompre avec le consensus Atlantiste. Il s’en est d’ailleurs pris aux « forces réactionnaires qui veulent détruire l’ordre multilatéral » et qui « ne cessent de nous attaquer ». Cette posture lui vaut la sympathie d’une partie du Sud global, mais elle entretient des tensions durables avec Tel-Aviv et Washington.

Sources :  « selon Europa Press » – « selon ONU Info ».

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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