Sahara Occidental : Washington refroidit les ardeurs de Rabat

Par : Mohammed CHOUAKI

Le Maroc présentait l’issue du conflit comme acquise. En septembre, la diplomatie lui a donné tort. Dans un entretien à France 24, Massad Boulos, l’émissaire de Donald Trump pour l’Afrique, reconnaît qu’aucun règlement n’est en vue et que Washington ne peut rien imposer au Front Polisario. Il salue aussi l’Algérie, qu’il qualifie de « très bon partenaire ».

Depuis un an, Rabat répète la même chose : la question du Sahara Occidental serait réglée, le plan d’autonomie Marocain se serait imposé et le soutien Américain rendrait le reste inévitable. L’entretien accordé fin septembre par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour les affaires Arabes et Africaines, remet en cause cette lecture.

Pas d’accord en vue

L’entretien a été accordé au service Anglophone de France 24, en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Le diplomate Américain y qualifie de         « constructifs et fructueux » les cycles de négociations menés sous médiation Américaine. Il admet pourtant qu’ils n’ont débouché sur aucun accord. Trois cycles ont réuni le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, sans qu’aucun compromis ne se dessine. Le processus avait commencé à Madrid, puis s’était poursuivi à Washington les 23 et 24 février.

Ce constat d’impasse tranche avec l’optimisme affiché à Rabat. Les sept mois de pourparlers n’ont pas produit le basculement annoncé.

Le Polisario reste incontournable

Le point le plus important de l’entretien est ailleurs. Washington reste attaché à l’option de l’autonomie sous souveraineté Marocaine, mais Massad Boulos reconnaît pour la première fois que les États-Unis ne peuvent pas imposer de solution au Front Polisario. Il confirme aussi que l’administration Américaine continue de dialoguer avec le mouvement Sahraoui.

Cela remet le Polisario au centre du jeu, comme partie dont l’accord est nécessaire. Aucun règlement durable ne pourra se faire sans le consentement du peuple Sahraoui et de ses représentants. C’est le principe que défendent depuis des décennies le droit international et les résolutions Onusiennes sur l’autodétermination.

Alger salué comme partenaire

Le deuxième revers pour Rabat concerne l’Algérie. La diplomatie Marocaine présente régulièrement Alger comme l’obstacle principal à un règlement. Massad Boulos a refusé de reprendre ce discours. Il a qualifié l’Algérie de « très bon partenaire » des États-Unis et salué son rôle dans le processus. Il a aussi souligné l’apport, selon lui constructif, du Président Abdelmadjid TEBBOUNE et du Gouvernement Algérien.

Venant de l’émissaire d’une administration qui reste proche de Rabat sur ce dossier, ces propos pèsent lourd. Ils fragilisent l’idée d’une Algérie isolée et hostile, et confirment son statut d’interlocuteur crédible de Washington au Maghreb.

Un récit fragilisé

Pour le quotidien TSA, quatre phrases de Massad Boulos ont suffi à mettre à mal le récit que le Maroc répète depuis un an. Ces phrases disent qu’il n’y a pas de solution imminente, pas d’accord, pas de solution imposable au Polisario, et que l’Algérie est un partenaire. Chacune contredit un élément central de la communication marocaine.

Le dossier Sahraoui n’est donc pas clos.

La négociation reste ouverte et l’équilibre des forces plus complexe que ne ledit Rabat. Le dernier mot appartient toujours aux parties concernées, et non aux déclarations d’intention.

Sources : France24 – Atlas Info – Le jour d’Algerie – TSA-Algerie

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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