« La réforme est une nécessité pas un luxe » : le plaidoyer d’Attaf à New York

Par : Mohammed CHOUAKI

À la tribune de la 81e session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le Ministre d’État Ahmed Attaf a livré un discours dense et sans concession. Il a appelé à une réforme profonde du système Onusien et a réaffirmé les positions constantes de l’Algérie sur la Palestine, le Sahara Occidental, le Sahel et la Libye. À la fin de son intervention, la salle plénière s’est levée pour l’applaudir.

Le diagnostic est sévère, mais lucide.

Pour le Ministre d’État, Ministre des Affaires Etrangères, de la Communauté Nationale à l’Etranger et des Affaires Africaines, le monde est aujourd’hui « à la croisée des chemins ». Les tensions s’intensifient, les conflits s’étendent et les crises s’aggravent. Attaf a repris le thème de cette 81e session pour décrire une époque où « le niveau de confiance entre les nations recule, le repli sur soi et la polarisation s’aggravent et les égoïsmes et les exclusions imposent leur domination au détriment de la coopération ».

Il a ensuite posé une question au cœur du malaise international : « Comment restaurer la confiance dans un système international dont la confiance dans les règles et les institutions a été ébranlée ? » La question est d’autant plus pressante que le droit international est bafoué jour après jour, de la Palestine au Sahara Occidental en passant par le Soudan.

Réformer l’ONU, une urgence

Pour l’Algérie, il n’est plus temps d’attendre. « La réforme du système des Nations Unies n’est plus un luxe institutionnel, ni un choix pouvant être reporté indéfiniment », a plaidé Attaf. Selon lui, elle est devenue « une nécessité » pour bâtir un système « plus juste, plus représentatif et plus équitable ».

Le ministre a développé son raisonnement en trois constats. On ne peut pas demander aux peuples de faire confiance au multilatéralisme si ses institutions reflètent encore « les équilibres d’un monde révolu ». On ne peut pas parler de justice internationale tant que les déséquilibres historiques de la prise de décision persistent. Et on ne peut pas défendre la paix si les relations internationales continuent de « privilégier le recours aux guerres comme outil de résolution des conflits ».

La conclusion s’impose d’elle-même : il faut « réformer le Conseil de Sécurité de manière profonde pour le rendre plus représentatif, plus juste et plus efficace », et mettre fin à la politique des deux poids, deux mesures. Pour l’Afrique, cela passe par des sièges au Conseil de Sécurité, afin de réparer une injustice historique faite au continent.

Le Moyen-Orient sous haute tension

Attaf a exprimé la « vive préoccupation » de l’Algérie face à l’escalade dans le Golfe et au Moyen-Orient. Il a décrit des peuples devenus « otages de calculs qui ne sont pas les leurs, et d’intérêts qui ne sont pas les leurs ». Alger a condamné les atteintes à la souveraineté des États de la région et a appelé à la désescalade et au respect du droit international.

Le Ministre a aussi dénoncé les agressions Israéliennes répétées contre la Syrie et le Liban. Il a également condamné les tentatives de diviser la Somalie en y inventant une région prétendument en quête d’indépendance.

Ghaza, l’espoir trahi

Sur la Palestine, le ton s’est fait grave. Environ onze mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Ghaza, Attaf a constaté que l’espoir d’une paix durable   « s’est vite évaporé et a disparu ». Il a attribué cet échec à « la poursuite des politiques coloniales de l’occupant et à son reniement habituel des accords conclus et des engagements pris ».

L’Algérie a réaffirmé « son soutien total et inconditionnel » aux droits du peuple Palestinien, au premier rang desquels la création d’un État Indépendant et pleinement souverain, avec Al-Qods Al-Sharif pour capitale.

Sahara Occidental : ni fait accompli ni marchandage

Sur la dernière question de décolonisation en Afrique, la position d’Alger n’a pas changé. L’Algérie soutient le droit du peuple Sahraoui à l’Autodétermination, car « les questions de décolonisation ne se règlent pas par la logique du fait accompli ». Ce droit doit s’exercer pleinement, comme l’a dit Attaf : « un exercice plein, un exercice non dénaturé et un exercice non tronqué ».

Le Ministre a rappelé le soutien de l’Algérie aux négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario, lancées en début d’année sous l’égide de l’ONU avec l’aide des États-Unis. Il a toutefois fixé deux conditions. D’abord, les deux parties doivent s’engager de bonne foi, « loin de la logique des diktats et des marchandages ». Ensuite, le processus doit rester dans le cadre de la référence Onusienne et de sa doctrine de décolonisation. Attaf a aussi rappelé que le Front Polisario est le seul représentant légitime du peuple Sahraoui.

Sahel et Libye : le choix du dialogue

Pour le Sahel, Attaf a présenté l’approche portée par le Président Abdelmadjid TEBBOUNE. Elle repose sur le soutien à la sécurité, l’accompagnement du développement, la réconciliation et le respect de la souveraineté des États. « De par sa position de pays voisin et de pays frère », l’Algérie se dit prête « à tendre la main » aux pays de la région.

Sur la Libye, le Ministre a rappelé que les crises longues ne se résolvent « pas par l’approfondissement des divisions, mais par le dialogue, la réconciliation et l’unification des institutions ». Il a appelé à une solution inclusive, menée par les Libyens eux-mêmes, avec le soutien des Nations Unies.

Une ovation qui en dit long

L’image la plus forte est venue à la fin du discours. Une ovation debout a retenti dans la salle plénière, puis des représentants de nombreuses délégations, surtout Africaines, sont venus saluer le Chef de la diplomatie Algérienne. Ce geste reconnaît la constance d’un pays qui ne cède pas au diktat des puissants et qui défend, à la tribune du monde, ceux qu’on entend trop peu.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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