Metz ou la paix comme engagement

Par : Mohammed CHOUAKI

Dans son Billet n° 121, Chems-Eddine Hafiz, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, revient sur sa signature de l’Appel de Metz, aux côtés des responsables des autres cultes et en présence du Pape Léon XIV. En s’appuyant sur le Coran, la tradition du Prophète et l’héritage de saint Augustin, il présente le dialogue entre religions comme une exigence de la foi, et non comme une simple politesse.

Certains textes font plus que raconter un événement. Ils en donnent le sens. Le Billet n° 121 du Recteur de la Grande Mosquée de Paris est de ceux-là. Dès la première phrase, « Il y a des signatures qui engagent plus qu’un nom », le ton est donné : la signature de l’Appel de Metz n’est pas un geste de protocole. C’est une promesse. Elle engage l’institution et, à travers elle, « tous ceux qui entendent dans l’islam une parole de paix ».

Metz, ville de la réconciliation

Le choix du lieu est chargé de sens. Metz est la terre de Robert Schuman, l’un des pères de l’Europe, qui voulut faire de peuples longtemps ennemis « une communauté de destin ». Le Recteur tire de cette mémoire une idée forte : la réconciliation « n’a rien d’une naïveté. C’est une décision, et parfois un courage ». La paix entre les religions n’est donc pas présentée comme un bon sentiment, mais comme un choix réfléchi, qui demande de l’effort.

La « parole commune »

Le cœur du texte repose sur le verset 64 de la Sourate Âl ‘Imrân, qui invite les        « gens du Livre » à se retrouver autour d’une « parole commune ». Le Recteur l’éclaire par deux épisodes de la vie du Prophète : la lettre envoyée à l’empereur de Byzance, et surtout l’accueil de la délégation Chrétienne de Najrân à Médine. Ces Chrétiens ont prié dans la Mosquée même du Prophète, avec son accord.

L’intérêt du texte est de ne pas tomber dans la confusion. Le Recteur le dit clairement : cette scène « ne prétend pas que tout se vaut ». On a débattu, chacun est resté fidèle à sa foi. Mais la différence de croyance ne supprime « ni l’hospitalité, ni le respect, ni la dignité due à celui qui prie ». D’où cette belle formule : « La parole commune n’est donc pas une parole unique. » Le dialogue ne demande à personne de renoncer à ce qu’il est.

Se connaître, un devoir

Le Recteur va plus loin avec le verset 13 de la Sourate Al-Hujurât : Dieu a fait des peuples et des tribus « pour que vous vous connaissiez ». Sa lecture est précise et convaincante : il n’est pas écrit « pour que vous vous supportiez », ni  « pour que vous vous ignoriez poliment ». Connaître l’autre devient alors « un devoir avant d’être une courtoisie ». C’est sans doute le passage le plus marquant du billet.

Augustin, le pont Algérien

Le texte contient aussi un fil plus personnel. Léon XIV appartient à l’ordre de saint Augustin, et Augustin est né à Thagaste (l’actuelle Souk Ahras) Algerie et fut évêque d’Hippone, en terre Algérienne. Pour le Recteur, ce lien rappelle que les histoires des deux rives de la Méditerranée sont « plus entrelacées qu’on ne le croit ». Les ponts, écrit-il, « n’attendent pas d’être construits : ils attendent d’être reconnus ». La formule est juste. Elle fait de l’Algérie non pas une périphérie, mais une source commune.

Après les caméras

La dernière partie pose la vraie question : « que ferons-nous de ces jours ? » Le Recteur refuse que l’Appel reste un beau texte sans suite. Il doit se vérifier « dans le quartier, à l’école, sur le palier ». Le Hadith cité, « Le meilleur des hommes est celui qui est le plus utile aux hommes », donne la mesure : une parole commune vaut par ce qu’elle change dans la vie concrète.

Le billet se termine par un double message. Aux Musulmans de France : cette ouverture « ne retranche rien à notre foi : elle en procède ». Aux Chrétiens, aux Juifs et aux non-Croyants : la Grande Mosquée de Paris restera, comme depuis un siècle, « du côté de la paix, de la parole donnée et de la fraternité ».

Une voix claire

Ce billet se distingue par sa clarté et son équilibre. Il ne mélange pas les croyances, il ne cède pas à la polémique, et il appuie chaque idée sur les sources de l’Islam. Il répond ainsi à ceux qui opposent foi et ouverture, en montrant que l’une découle de l’autre. Reste maintenant l’épreuve du réel, que le Recteur nomme lui-même : faire vivre, au quotidien, la promesse signée à Metz.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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