
Par : Mohammed CHOUAKI
En pleine crise autour des revendications Marocaines de “souveraineté” sur les enclaves Espagnoles de Ceuta et Melilla, ainsi que sur les îlots et rochers voisins, l’Espagne renforce son dispositif militaire dans une région marquée, depuis l’afflux migratoire massif du 30 juillet, par une tension diplomatique inédite depuis des années.
L’armée Espagnole annonce des manœuvres militaires à sa frontière avec le Maroc
L’armée de l’air Espagnole (Ejército Del Aire) va déployer, du 13 au 18 septembre, l’un de ses exercices aériens les plus importants de l’année, baptisé Atlante 26. Les tirs réels, prévus du 14 au 18 septembre, mobiliseront des chasseurs F-18 et Eurofighter issus des cinq ailes de chasse Espagnoles, avec des missions de combat air-air, des frappes air-sol et des exercices de destruction de drones.
Le scénario retenu, piloté depuis la base aérienne de Morón de la Frontera (Séville), se déroulera au-dessus du golfe de Cadix et du détroit de Gibraltar, à moins de 100 kilomètres à vol d’oiseau de Tanger. Une zone aérienne sera fermée du 14 septembre à 6h30 au 18 septembre à 13h30, selon un avis Officiel diffusé au niveau international.
L’armée de l’air Espagnole présente cet exercice comme une démonstration nécessaire “de la maturité et de la capacité de réaction” de l’institution, au service de “la sécurité et de la défense de l’Espagne”. Mais selon des sources militaires citées par la presse Espagnole, Rabat devrait cette fois y voir une démonstration de “capacité de dissuasion” face au Maroc, qui “n’apprécie généralement pas de voir une telle concentration d’unités près de sa zone d’influence”. L’exercice intervient un mois et demi après l’assaut migratoire massif contre Ceuta, pour lequel le renseignement militaire Espagnol met en cause la “passivité” et la “négligence” des forces de sécurité Marocaines.
Un renforcement discret sur les îlots contestés
Au-delà de cet exercice aérien, Madrid a également renforcé, ces derniers jours, la protection de ses positions insulaires au large du Maroc : les îles Chafarinas, ainsi que les rochers d’Al Hoceïma et de Badis. Une centaine de militaires, principalement des légionnaires placés sous l’autorité de la commanderie générale de Melilla, y sont désormais déployés, ravitaillés par des navires de la marine Espagnole et un détachement d’hélicoptères.
Ce renforcement, sur lequel Madrid n’a pas Officiellement communiqué, traduirait la crainte de certains services Espagnols qu’une action Marocaine survienne à court terme sur ces territoires, occupés en permanence par l’armée Espagnole mais revendiqués par Rabat. Aucun élément public ne permet toutefois d’affirmer qu’une telle opération serait en préparation côté Marocain. La Ministre de la Défense, Margarita Robles, a par ailleurs supervisé par visioconférence, début septembre, ces garnisons, un geste interprété par plusieurs observateurs comme un message adressé à Rabat. Le souvenir de la crise de l’îlot Persil, en juillet 2002 — occupé par des soldats Marocains avant d’être repris par une opération militaire Espagnole —, plane sur ce dispositif
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Aux origines de la tension : l’afflux migratoire du 30 juillet
Cette escalade militaire trouve son origine dans les événements des 30 et 31 juillet, lorsque plus de 70 000 personnes ont franchi, en quelques heures, la frontière séparant le Maroc de Ceuta, ville de quelque 84 000 habitants. Le bilan humain reste disputé : les autorités Espagnoles ont fait état d’au moins 67 à 77 morts, majoritairement par noyade, tandis que le Gouvernement Marocain n’en reconnaît que 11. Le Président du Gouvernement Espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié les événements d’“attaque” et de “violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne”, tandis que le Président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a réclamé la déclaration d’un état d’urgence national.
Des médias Espagnols et plusieurs analystes ont évoqué la possibilité que les autorités Marocaines aient laissé faire, voire encouragé, ce passage massif, en réaction au rapprochement diplomatique entre Madrid et Alger. Rabat a démenti toute responsabilité, attribuant la vague migratoire à des réseaux de passeurs et à des rumeurs d’ouverture de la frontière.
Rabat relance ses revendications de souveraineté
Loin de s’apaiser, la crise a au contraire relancé, côté Marocain, les revendications historiques sur les deux enclaves. Le 12 août, puis à nouveau sur la télévision Marocaine 2M, le Ministre Marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé les “droits historiques et géographiques” du Royaume sur Ceuta et Melilla, qualifiées d’“enclaves occupées”, et proposé la création d’un mécanisme bilatéral de dialogue devant aboutir, selon lui, à leur intégration au territoire Marocain.
Le 24 août, c’est le Ministre Marocain des Affaires Islamiques, Ahmed Toufiq, qui a évoqué, devant le Roi Mohammed VI réuni au palais Royal de Rabat pour la célébration de la naissance du Prophète, la “lutte sacrée” pour “libérer” les “villes occupées” de Ceuta et Melilla, citant deux théologiens nés à Ceuta avant que la ville ne passe sous souveraineté Espagnole en 1580. Ces déclarations, qualifiées par la presse Espagnole de “dimension politique indéniable”, ont provoqué une vive réaction à Madrid.
Madrid ferme la porte à toute négociation
Le Gouvernement Espagnol a opposé un refus catégorique à toute discussion sur la souveraineté des deux villes. Le Ministre Espagnol des Affaires Etrangères, José Manuel Albares, a affirmé devant le Congrès, le 28 août, avoir été “très clair sur Ceuta et Melilla, sur notre intégrité territoriale et notre souveraineté”, ajoutant qu’“il n’y a pas eu, il n’y a pas et il n’y aura jamais aucune discussion à ce sujet”. La porte-parole du Gouvernement, Elma Saiz, avait auparavant rappelé que “Ceuta et Melilla sont l’Espagne”, “notre frontière sud, et aussi celle de l’Europe”.
En Espagne, la crise a également ravivé les tensions politiques internes. L’ancien Chef du Gouvernement José María Aznar a dénoncé la “faiblesse” de Pedro Sánchez, tandis que le Chef de l’opposition de Droite, Alberto Núñez Feijóo, a accusé le dirigeant Socialiste de “se comporter davantage comme un sujet du Maroc que comme le Chef du Gouvernement Espagnol”. Le Parti d’extrême Droite Vox a réclamé l’expulsion de plusieurs diplomates Marocains, après la divulgation par un groupe de pirates informatiques de listes de personnes présentées comme travaillant pour les services de sécurité Marocains.
Une crise sur fond de calendrier électoral Marocain
Cette poussée de tension intervient à un moment particulièrement sensible pour Rabat : les Elections Législatives Marocaines, dont la campagne a débuté le 10 septembre, doivent se tenir le 23 septembre, pour le renouvellement des 395 sièges de la Chambre des Représentants. Les manœuvres aériennes Espagnoles, prévues durant la dernière semaine de cette campagne, ajoutent une dimension diplomatique à un scrutin déjà marqué, selon la presse internationale, par l’ombre de la crise de Ceuta.
Ni Rabat ni Madrid n’ont, à ce stade, laissé entrevoir de désescalade. Entre exercices militaires, renforcement des positions insulaires et joutes verbales sur la souveraineté de Ceuta et Melilla, la relation entre les deux voisins Méditerranéens traverse l’une de ses périodes les plus tendues depuis la crise de l’îlot Persil, il y a plus de vingt ans.
Sources : the objective – Bladi – Euronews – Yabiladi – Le Monde
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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