Le nouveau report de la visite d’État de Mohammed VI en France, symptôme d’un traité qui tarde à voir le jour

Par : Mohammed CHOUAKI

Attendue en grande pompe pour l’automne, la visite d’État du Roi Mohammed VI en France, censée sceller un traité d’amitié inédit entre Paris et Rabat, vient de connaître un second report. Selon la lettre spécialisée Africa Intelligence, relayée mardi 8 septembre par plusieurs médias Marocains et Français, la fenêtre désormais privilégiée par les deux capitales est janvier 2027 — sans qu’aucune date officielle n’ait été confirmée ni par le Palais Royal, ni par l’Élysée.

Un calendrier qui n’a cessé de glisser

Ce nouveau report est loin d’être une surprise pour les observateurs de la relation Franco-Marocaine. Le projet de venue de Mohammed VI en France a connu une trajectoire chaotique : envisagée dès 2025, elle avait été repoussée à 2026, puis calée sur l’après-élections législatives Marocaines et la rentrée Parlementaire d’octobre, avant que l’automne 2026 ne s’impose comme l’échéance la plus probable, confirmée en mai par le Ministre Marocain des Affaires Etrangères Nasser Bourita, qui assurait alors que la venue du Roi était                  « programmée ». Un premier report vers début 2027 avait déjà été évoqué en juillet, et c’est ce scénario qui se précise aujourd’hui avec l’échéance de janvier.

Comme le souligne le report initial de la demande, ni les médias Marocains, ni les médias Français qui les relaient n’avancent de cause Officielle à ce nouveau glissement de calendrier. Deux hypothèses circulent toutefois dans la presse spécialisée : d’une part, la préparation du traité bilatéral nécessiterait davantage de temps que prévu, selon des sources citées par Le Monde ; d’autre part, même la fenêtre de janvier 2027 pourrait à son tour être compromise par la proximité de l’élection Présidentielle Française, prévue les 18 avril et 2 mai 2027 — un scrutin qui, s’il devançait la visite, verrait Mohammed VI reçu non plus par Emmanuel Macron mais par son successeur à l’Élysée.

Un traité pensé pour remplacer l’accord de 1955

L’enjeu de cette visite dépasse le protocole : elle doit consacrer la signature d’un traité d’amitié Franco-Marocain présenté par Paris et Rabat comme « hors normes », et qui serait le premier document de ce type que la France signerait avec un État non-membre de l’Union Européenne. Contrairement à une confusion fréquente dans la presse, le texte fondateur qu’il est censé remplacer n’est pas techniquement l’« accord d’Aix-les-Bains » lui-même — Aix-les-Bains n’a accueilli, en août 1955, que des pourparlers préliminaires entre le mouvement national Marocain et le Gouvernement Français — mais la déclaration commune signée à La Celle-Saint-Cloud le 6 novembre 1955, qui a permis le retour sur le trône du Sultan Mohammed V et ouvert la voie à la fin Officielle du protectorat, le 2 mars 1956. Le raccourci « traité d’Aix-les-Bains » reste toutefois largement employé, y compris par certains commentateurs Algériens critiques du rapprochement, qui parlent d’une « capitulation d’Aix-les-Bains bis » pour qualifier le nouveau texte en préparation.

Élaboré depuis plusieurs mois par un       « comité des sages » Franco-Marocain de onze personnalités désignées par les deux Chefs d’État, le futur traité s’articulerait autour de quatre piliers principaux : l’économie et l’industrie (investissements Français dans l’automobile, le ferroviaire, la défense et le transport maritime Marocains, en échange d’un accès préférentiel des entreprises Françaises aux grands projets d’infrastructures du Royaume) ; la sécurité et la coopération en matière de défense, avec des transferts de technologies militaires ; la culture et la Francophonie, incluant l’accès facilité des étudiants Marocains — plus de 42 000 aujourd’hui — aux universités Françaises ; et enfin un pilier géopolitique, qui engagerait Paris à soutenir « les intérêts supérieurs du Maroc », notamment le plan d’Autonomie pour le Sahara Occidental, validé par la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 octobre 2025.

Le Sahara Occidental, clé de voûte du rapprochement

Ce dernier point n’est pas anodin : c’est la reconnaissance, par Emmanuel Macron, de la souveraineté Marocaine sur le Sahara Occidental — formalisée en juillet 2024 dans une lettre adressée à Mohammed VI affirmant que « le présent et l’avenir du Sahara Occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté Marocaine » — qui a débloqué l’ensemble du processus de rapprochement diplomatique entre les deux pays.

Cette séquence s’est accélérée avec la visite d’État de Macron au Maroc en octobre 2024, puis avec celle du Premier Ministre Français Sébastien Lecornu à Rabat les 15 et 16 juillet 2026, à la tête d’une délégation de douze Ministres. Cette rencontre, qualifiée de « tournant » par les deux parties, a donné lieu à la signature de quatorze accords sectoriels — économie, défense, sécurité intérieure, migrations — mais le traité d’amitié lui-même restait suspendu, l’annonce Officielle renvoyant explicitement à « la visite d’État du Roi ».

Une lecture critique côté Algérien

Ce nouveau report intervient alors que la presse et certains commentateurs Algériens suivent de très près la relance des liens Franco-Marocains, dans un contexte où Paris tente, en parallèle, de normaliser sa relation avec Alger après deux années de crise ouverte par la reconnaissance Française de la souveraineté Marocaine sur le Sahara.

Pour certains éditorialistes Algériens, l’insistance de Paris et de Rabat à présenter ce futur traité comme                 « historique » masquerait en réalité la fragilité de deux partenaires cherchant à consolider des positions déclinantes, tandis que l’Algérie chercherait, elle, à diversifier ses alliances Européennes vers l’Italie et l’Allemagne.

Ce que ce report dit du dossier

En définitive, ce deuxième glissement de calendrier illustre la difficulté, pour Paris et Rabat, à transformer une séquence d’annonces politiques répétées — programmée, puis reportée à l’automne, puis à janvier 2027, avec le risque d’un nouveau report post-électoral — en un acte diplomatique concret. Tant que la date de la visite Royale ne sera pas fixée, la signature du traité destiné à succéder à l’accord de 1955 restera, elle aussi, suspendue.

Sources : B’ladi – Le Monde – Le 360 – Journal de l’économie – info – La Nouvelle Tribune

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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