Craignant un chantage énergétique Espagnol, le Makhzen se replie sur le Portugal

Par : Mohammed CHOUAKI

Alors que les tensions entre Rabat et Madrid autour des enclaves Espagnoles de Ceuta et Melilla ne cessent de s’envenimer, le régime Marocain, conscient de sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’Espagne, multiplie les démarches auprès du Portugal pour diversifier ses sources d’approvisionnement en électricité. Une manœuvre qui trahit, en creux, la fragilité structurelle du Royaume face à un éventuel bras de fer avec son voisin Ibérique.

Une dépendance énergétique qui vire au talon d’Achille

Les récentes tensions autour de Ceuta, marquées par la traversée de milliers de migrants depuis le territoire Marocain et l’envoi de renforts militaires Espagnols dans l’enclave, ont remis sur la table un sujet que Rabat préférerait taire : sa dépendance électrique et gazière vis-à-vis de l’Espagne. Le Ministre Marocain de la Justice a relancé la revendication de souveraineté sur les deux enclaves, provoquant une fin de non-recevoir catégorique de Madrid, qui a rappelé que « le caractère Espagnol de Ceuta et Melilla ne fait aucun doute ».

Or, selon des données Officielles compilées par l’agence Espagnole EFE et l’opérateur Red Eléctrica, l’Espagne a injecté environ 3,9 TWh d’électricité vers le Maroc en 2025, couvrant près de 8 % de la demande électrique nationale Marocaine, évaluée à 49 TWh. Le solde net en faveur de l’Espagne, de 3 743 GWh, atteint son plus haut niveau depuis 2017, et il s’agit de la quatrième année consécutive où le courant circule davantage du Nord vers le Sud du Détroit. Le chercheur Espagnol Ignacio Urbasos, de l’Université de Navarre, va plus loin et évalue entre 8 et 12 % la part de l’électricité consommée au Maroc provenant directement de la péninsule Ibérique, une situation qu’il qualifie de      « dépendance énergétique réelle » offrant à Madrid une véritable capacité de pression.

Cette vulnérabilité repose sur deux câbles sous-marins mis en service en 1997 et 2006, longs de 29 kilomètres et d’une capacité cumulée de 1 400 MW, qui traversent le détroit de Gibraltar. Le 10 août dernier, le quotidien Espagnol El Mundo s’interrogeait ouvertement sur la possibilité, pour l’Espagne, d’« éteindre l’économie du Maroc » via ces infrastructures. Quelques jours plus tôt, l’ancien Chef des renseignements Espagnols et ex-Ambassadeur à Rabat, Jorge Dezcallar, avait lui-même évoqué la possibilité de recourir à « l’arme énergétique », tandis que plusieurs titres de la presse Espagnole (Diario Sabemos, Xataka, The Objective) publiaient des articles alimentant ce scénario de pression sur Rabat dans le dossier des enclaves. Madrid a fini par démentir Officiellement, le 18 août 2026, l’existence de tout plan visant à faire pression sur le Maroc par le biais du gaz ou de l’électricité — un démenti qui n’efface toutefois pas, aux yeux des observateurs, la réalité de l’asymétrie énergétique entre les deux pays.

À cette dépendance électrique s’ajoute une dépendance gazière tout aussi significative : le Maroc est devenu en 2024 le premier client gazier de l’Espagne, absorbant 26,8 % de ses exportations de gaz naturel, soit 9 703 GWh acheminés via le Gazoduc Maghreb-Europe (GME) — cette même infrastructure qui achemine désormais le gaz Espagnol vers le Maroc depuis que l’Algérie a cessé, en 2021, d’alimenter l’Espagne par ce tracé.

Rabat se tourne vers Lisbonne

Face à ce risque, le Maroc a accéléré ses démarches pour diversifier ses partenariats énergétiques. Le 20 juillet 2026, la Ministre Marocaine de la Transition énergétique, Leïla Benali, s’est rendue à Lisbonne pour rencontrer son homologue Portugaise Maria da Graça Carvalho et relancer Officiellement le projet d’interconnexion électrique sous-marine entre les deux pays, à l’arrêt depuis 2022. Ce projet, évoqué dès 2016 et formellement lancé en 2018, était jusque-là resté dans les cartons.

Officiellement, cette relance s’inscrit dans le sillage de la panne électrique géante qui a plongé la péninsule Ibérique dans le noir en avril 2025, révélant la fragilité du réseau Portugais, relié à l’Europe par le seul canal Espagnol, et le très faible taux d’interconnexion de la péninsule Ibérique avec le reste du continent (à peine 3 %, contre un objectif européen de 15 % à l’horizon 2030). Rabat s’était alors présenté en partenaire solidaire, injectant jusqu’à 100 MW dans le réseau Espagnol pour aider à stabiliser le système, et se pose désormais en unique « pont électrique » entre l’Afrique et l’Europe. Les deux Ministères sollicitent aujourd’hui un soutien financier de l’Union Européenne pour faire aboutir ce câble sous-marin direct entre les deux royaumes.

Mais le calendrier de cette relance, intervenant en pleine escalade sur le dossier de Ceuta et Melilla et alors même que la presse Espagnole évoque ouvertement l’hypothèse d’une coupure punitive, ne doit rien au hasard. Il illustre la nervosité d’un régime conscient que ses provocations répétées contre la souveraineté Espagnole sur les deux enclaves pourraient, à terme, se retourner contre lui sur le terrain énergétique où il reste, malgré ses discours de puissance régionale, structurellement vulnérable.

Sources : Euronews – Bladi – La minute Arabe – h24info – Le 360   

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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