
Par : Mohammed CHOUAKI
À compter du dimanche 6 septembre 2026, les mesures de flexibilité d’urgence qui permettaient aux Aéroports Européens d’alléger temporairement les contrôles biométriques prennent fin. Pour les voyageurs Algériens se rendant dans l’espace Schengen pour un court séjour, déjà soumis à l’enregistrement obligatoire de leurs empreintes et de leur photo depuis l’entrée en vigueur complète du Système d’Entrée/Sortie (EES) en avril 2026, la fin de cette « soupape de sécurité » fait craindre un retour des longues files d’attente observées cet été dans plusieurs grands aéroports du continent.
Un système déjà pleinement opérationnel depuis avril 2026
Le Système d’Entrée/Sortie (EES) de l’Union Européenne, déployé progressivement depuis octobre 2025, est pleinement opérationnel à l’ensemble des points de passage frontaliers extérieurs des 29 pays de l’espace Schengen depuis le 10 avril 2026.
Ce dispositif numérique remplace progressivement le tampon manuel apposé sur les passeports par un enregistrement électronique systématique : données du passeport, image faciale et quatre empreintes digitales sont désormais collectées à chaque première entrée des ressortissants de pays tiers effectuant un court séjour, limité à 90 jours sur une période de 180 jours.
Pour amortir le choc de ce basculement complet, les États membres avaient toutefois été autorisés, durant l’été, à suspendre temporairement la collecte des données biométriques à certains points de passage lorsque l’affluence rendait les temps d’attente excessifs. Cette mesure de flexibilité, conçue comme une « soupape de sécurité » pendant la phase de transition, doit officiellement s’éteindre le dimanche 6 septembre 2026.
Ce que la fin de la flexibilité change concrètement
À partir du 6 septembre, les aéroports et les autorités frontalières disposeront de beaucoup moins de marge de manœuvre pour alléger les exigences biométriques, même lorsque les zones de contrôle des passeports sont saturées.
Un porte-parole de la Commission Européenne a indiqué, lors d’un point presse le 1er septembre, que le système avait « globalement bien fonctionné » pendant l’été, tout en précisant que Bruxelles restait « en contact étroit et constructif avec les quelques États membres où certains ajustements sont nécessaires à certains points de passage frontaliers ».
Cette échéance inquiète toutefois le secteur du transport aérien et du tourisme. Huit États membres de l’UE ainsi que la Suisse ont demandé à la Commission Européenne de prolonger la possibilité de suspensions partielles au-delà de septembre. Thomas Reynaert, Vice-Président principal chargé des affaires extérieures à l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA), a déclaré que « prolonger au-delà du 6 septembre la possibilité de suspensions partielles est absolument nécessaire jusqu’à la fin de la saison hivernale », tout en rappelant que l’IATA reste « pleinement favorable à l’EES ».
De son côté, Luke Petherbridge, Directeur des Affaires Publiques de la Fédération Britannique des Voyagistes ABTA, a demandé à la Commission de maintenir ces mesures, estimant qu’« il reste encore du chemin à parcourir avant que l’EES soit pleinement et uniformément opérationnel dans l’ensemble des pays participants ».
Des files d’attente déjà doublées cet été
Le durcissement attendu à partir du 6 septembre intervient après un été particulièrement tendu dans plusieurs grands aéroports Européens. Selon une étude du Financial Times et du cabinet Qsensor, les temps d’attente moyens ont doublé dans certains hubs majeurs en juillet 2026 : 120 minutes à Francfort, contre 60 minutes un an plus tôt ; 60 minutes à Munich, contre 31 minutes ; et jusqu’à 120 minutes à Amsterdam, contre 80 minutes l’année précédente.
Olivier Jankovec, Directeur Général de l’Airports Council International (ACI) Europe, avait alerté dès juillet sur des délais atteignant par endroits jusqu’à cinq heures pour passer le contrôle aux frontières.
Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, a de son côté qualifié le dispositif de « mal conçu », évoquant de longues files observées par sa compagnie dans une quinzaine d’aéroports du continent.
Selon l’IATA, un contrôle de passeport classique prenait auparavant 20 à 25 secondes ; avec l’EES, l’opération nécessite désormais près de 90 secondes en moyenne — la Commission Européenne évoquant, elle, une moyenne de 70 secondes.
Ce que cela signifie pour les voyageurs Algériens
Les ressortissants Algériens, en tant que ressortissants de pays tiers, sont directement concernés par ce dispositif dès lors qu’ils voyagent avec un visa Schengen de court séjour : leur image faciale et leurs empreintes digitales sont enregistrées lors de leur première entrée dans l’espace Schengen, puis leurs passages suivants sont automatiquement tracés par le système.
L’Algérie représente à elle seule près d’un demi-million de demandes de visa Schengen chaque année, ce qui donne la mesure du nombre de voyageurs concernés.
Certaines catégories de voyageurs Algériens échappent toutefois à cet enregistrement biométrique : les titulaires d’un titre de séjour valide délivré par un pays participant au système — notamment les personnes légalement établies en France, en Espagne, en Italie ou en Belgique — ainsi que les détenteurs d’un visa de long séjour (visa D).
Les touristes, les voyageurs rendant visite à leur famille et les hommes d’affaires munis d’un simple visa de court séjour restent, eux, pleinement soumis à la procédure. Le futur système ETIAS, réservé aux ressortissants de pays dispensés de visa, ne concerne pas les Algériens, puisqu’un visa reste obligatoire pour eux.
Le commissaire Européen aux Affaires Intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, avait défendu la mise en place du dispositif en estimant qu’un système d’entrée/sortie pleinement opérationnel « constitue une étape majeure dans la modernisation et le renforcement de la sécurité des frontières extérieures de l’Europe », permettant de mieux identifier les dépassements de séjour et de lutter contre la fraude documentaire et à l’identité.
Les recommandations aux voyageurs
Face à la perspective d’un durcissement des contrôles après le 6 septembre, les professionnels du secteur appellent à la prudence. Jurgen Himmelmann, Cofondateur et Directeur Général de l’agence Global Work & Travel, conseille de prévoir nettement plus de temps que d’habitude pour tout trajet impliquant un passage aux frontières Européennes : « Arriver tôt à l’aéroport est une bonne idée, mais cela ne vous donne qu’un contrôle limité », a-t-il averti, recommandant d’éviter d’organiser un voyage sur la base du temps de correspondance minimum dans les prochaines semaines.
Pour les voyageurs Algériens se rendant en Europe à partir du 6 septembre, la vigilance s’impose donc particulièrement : anticiper largement l’heure d’arrivée à l’aéroport, éviter les correspondances trop courtes et vérifier au préalable si l’on relève d’une exemption (résidence ou visa de long séjour) ou si l’on doit se soumettre à l’enregistrement biométrique complet.
Sources :diplomatie.gouv.fr – ObservAlgérie – Euronews – Le Monde – visa C
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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