
Par – Dr Amina Salhi
De la lutte contre les incendies à une véritable doctrine nationale de résilience forestière
L’été 2026 nous rappelle une réalité que nous ne pouvons plus considérer comme exceptionnelle : le risque d’incendie de forêt est devenu une question permanente de sécurité territoriale, environnementale, économique et humaine.
Au 29 août, la Protection Civile faisait état de 43 incendies enregistrés durant les dernières 24 heures, dont 13 encore en cours, notamment dans les wilayas de Jijel, Skikda, Mila, El-Meghaier et Sétif. Plusieurs moyens aériens et terrestres étaient mobilisés pour contenir les foyers.
Face à une telle situation, une question doit dépasser l’urgence :
Que devons-nous changer avant la prochaine saison des incendies ?
Car éteindre un incendie est une nécessité.
Empêcher qu’il devienne une catastrophe nationale est une stratégie.
L’Europe est confrontée au même défi.
Après une année 2025 marquée par plus d’un Million d’hectares brûlés dans l’Union Européenne, la Commission Européenne a présenté en 2026 une approche intégrée fondée sur quatre piliers : prévention, préparation, intervention et restauration.
L’Union Européenne a également renforcé son dispositif pour 2026 avec des moyens prépositionnés : 777 pompiers issus de 14 pays, 22 avions et 5 hélicoptères mobilisables dans les zones à risque.
Mais l’enseignement le plus important n’est pas le nombre d’avions.
C’est le changement de doctrine.
Ne plus attendre le feu pour commencer à agir.
Pour l’Algérie, cela signifie passer progressivement d’une logique essentiellement réactive à une culture nationale de l’anticipation.
Il faudrait notamment renforcer une cartographie dynamique du risque, intégrant température, sécheresse, vent, végétation, topographie et proximité des zones habitées.
Les satellites, les drones, les stations météorologiques et les outils d’intelligence artificielle peuvent permettre d’identifier les zones critiques et d’améliorer considérablement l’alerte précoce.
Mais la technologie ne suffira pas.
La forêt doit également être gérée avant le feu.
Ouverture et entretien des pistes, création de coupures de combustible lorsque cela est pertinent, entretien des interfaces entre villages et espaces forestiers, gestion raisonnée du pâturage, surveillance des zones sensibles et implication des populations locales doivent devenir des composantes permanentes de la prévention.
Une nouvelle génération de politique forestière
L’autre enjeu est celui de l’après-incendie.
Une forêt brûlée n’est pas simplement une surface à replanter.
Il faut d’abord évaluer les sols, l’érosion, la biodiversité, la régénération naturelle et la capacité du territoire à retrouver sa résilience.
Replanter partout de la même manière serait une erreur.
La restauration doit être scientifique, territorialisée et adaptée au climat futur.
L’Europe insiste désormais elle aussi sur la restauration post-incendie et sur la construction d’écosystèmes plus résilients au changement climatique.
Et si l’Algérie se dotait d’un Plan national de résilience forestière 2030–2050 ?
Un tel plan pourrait reposer sur cinq priorités :
1. Prévoir grâce à une cartographie nationale dynamique des risques.
2. Prévenir par l’aménagement des forêts, l’entretien des accès et la réduction ciblée du combustible végétal.
3. Détecter rapidement grâce aux satellites, drones et systèmes d’alerte.
4. Intervenir ensemble, en renforçant la coordination entre Protection civile, services forestiers, collectivités, agriculture et populations.
5. Restaurer intelligemment les territoires après les incendies, en privilégiant la résilience écologique plutôt que la simple replantation quantitative.
La gestion des incendies ne doit donc plus être considérée comme une campagne limitée à quelques mois.
Elle doit devenir une politique publique permanente, évaluée, financée et améliorée chaque année.
Car la véritable question n’est plus seulement :
Comment éteindre le feu ?
Mais :
Comment faire en sorte que notre territoire soit capable de résister au feu, de protéger ses populations et de renaître après la catastrophe ?
L’Algérie possède les compétences humaines, les moyens scientifiques et l’expérience nécessaires pour construire cette nouvelle étape.
Nous ne pouvons pas empêcher tous les incendies.
Mais nous pouvons réduire leur probabilité, limiter leur propagation, protéger davantage les vies humaines et rendre nos forêts plus résilientes.
La prochaine victoire ne sera pas seulement celle d’un feu éteint.
Ce sera celle d’un incendie qui n’aura pas eu le temps de devenir une catastrophe.
Par : Dr Amina SALHI – Alger
Views: 27