Qui possède le nom de nos produits ?

Par : Dr Amina SALHI

Le prochain combat de l’agroalimentaire Algérien ne sera peut-être pas de produire plus, mais de faire reconnaître nos produits dans le Monde

L’Algérie produit des aliments qui portent une histoire, un territoire, des savoir-faire et parfois une qualité exceptionnelle. Mais une question mérite aujourd’hui d’être posée avec davantage d’ambition :

Combien de nos produits possèdent réellement une identité commerciale forte et reconnue à l’international ?

Car produire un bon produit ne signifie pas automatiquement créer une richesse durable. Entre le champ et le marché mondial, il existe un autre territoire à conquérir : celui de la valeur, de l’identité et de la reconnaissance.

Un produit agricole peut être excellent, mais rester commercialement anonyme. À l’inverse, un produit clairement identifié à son origine, protégé, certifié et porté par une stratégie de marque peut atteindre une valeur bien supérieure.

C’est ici que se joue une nouvelle bataille pour l’agroalimentaire Algérien. Nous devons passer du produit à la signature.

L’huile d’olive, les dattes, les céréales, le miel, les produits laitiers, les plantes aromatiques, les produits du terroir et bien d’autres richesses ne devraient pas être considérés uniquement comme des marchandises.

Ils peuvent devenir des ambassadeurs économiques du territoire Algérien.

Mais pour cela, il faut protéger leur origine, documenter leur qualité, renforcer la certification, assurer la traçabilité et construire des marques capables de raconter au consommateur international d’où vient le produit, comment il est produit et pourquoi il est différent.

Le véritable enjeu n’est donc plus uniquement :

« Combien pouvons-nous exporter ? »

Mais :

« Quelle valeur pouvons-nous créer autour de chaque produit algérien exporté ? »

Cette différence est fondamentale.

Exporter une matière première à faible valeur ajoutée n’a pas le même impact économique qu’exporter un produit transformé, certifié, identifié par son origine et reconnu pour sa qualité.

Le territoire peut devenir une marque.

Une région, un terroir, une variété locale, un savoir-faire traditionnel ou une méthode de production peuvent constituer un véritable capital économique.

Les indications géographiques, les appellations d’origine, les marques collectives et les systèmes de certification peuvent contribuer à transformer cette identité en avantage compétitif.

Mais cela nécessite une stratégie nationale cohérente associant agriculture, industrie agroalimentaire, commerce extérieur, propriété intellectuelle, recherche, tourisme et promotion internationale.

Il faut également investir dans le packaging, le marketing, la qualité et surtout dans la capacité à raconter l’histoire du produit algérien.

Car sur les marchés internationaux, le consommateur n’achète plus uniquement une denrée. Il achète aussi une origine, une confiance, une histoire et une promesse de qualité.

Et si nos produits devenaient des ambassadeurs de l’Algérie ?

Imagine-t-on une bouteille d’huile d’olive algérienne dont l’étiquette permettrait de connaître précisément son terroir, sa variété, son producteur, ses caractéristiques et son parcours jusqu’au consommateur ?

Ou une datte Algérienne dont l’origine serait immédiatement identifiable et dont la qualité serait reconnue comme une véritable signature nationale ?

Ce n’est pas seulement une question de marketing. C’est une question de souveraineté économique.

Car lorsque nous produisons la richesse mais que nous ne maîtrisons ni son identité, ni sa marque, ni sa valeur commerciale, une partie essentielle de cette richesse échappe à notre économie.

Le prochain objectif devrait donc être clair : ne plus seulement exporter des produits Algériens, mais exporter des signatures Algériennes.

Cela suppose de sélectionner les produits à fort potentiel, de protéger leur identité, d’élever leurs standards de qualité, de développer leur transformation et de construire autour d’eux une stratégie internationale.

L’Algérie possède des terroirs, des ressources, des savoir-faire et une diversité alimentaire considérable.

La question n’est plus de savoir si nous avons des produits capables de conquérir le monde.

La question est de savoir si nous sommes prêts à leur donner une identité mondiale.

Car un produit qui porte notre terre mais dont la valeur commerciale est construite ailleurs n’exprime pas encore tout le potentiel de notre richesse.

Demain, notre ambition ne devrait pas seulement être : « Made in Algeria ».

Elle devrait être :

« Recognized from Algeria. »

Par : Dr Amina SALHI – Alger

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