À l’ONU, Omar Hilale choisit la provocation historique et ravive le bras de fer avec l’Algérie

Par : Mohammed CHOUAKI

En affirmant devant la 4e Commission de l’Assemblée Générale des Nations Unies que l’Algérie « n’existait pas », Omar Hilale a de nouveau transformé la tribune Onusienne en scène de confrontation politique. Une sortie qui en dit long sur la stratégie de tension permanente adoptée par Rabat, mais qui se heurte aussi à une réalité historique incontestable : l’Algérie ne se résume ni à 1962 ni à une construction de circonstance.

Omar Hilale a encore choisi le ton du défi.

Lors de son intervention devant la 4e Commission de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le diplomate Marocain a affirmé que « l’État Marocain a existé depuis 12 siècles » et qu’il disposait déjà d’ambassadeurs dans les cours Européennes aux XVe et XVIe siècles, avant de lancer, à propos de l’Algérie : « Où était l’Algérie ? Elle n’existait pas ».

La formule est brutale, calculée et politiquement chargée. Elle ne relève pas du simple dérapage verbal ; elle s’inscrit dans une vieille méthode consistant à nier à l’adversaire toute profondeur historique pour mieux fragiliser sa légitimité politique. Mais en l’espèce, l’effet recherché se heurte à un obstacle majeur : les faits.

L’Algérie n’est pas née au lendemain de l’indépendance comme un État sorti du néant. Son histoire s’enracine dans des formations politiques anciennes, à commencer par la Numidie, puis par les dynasties qui ont structuré durablement le Maghreb Central. Plus tard, la Régence d’Alger a constitué une entité politique reconnue, avec ses institutions, ses rapports de force, ses alliances et sa place dans l’espace Méditerranéen.

Autrement dit, nier l’existence historique de l’Algérie revient à réécrire l’histoire au service d’un argument diplomatique du moment.

C’est là que la déclaration de Hilale révèle sa véritable nature. Elle ne cherche pas à éclairer le débat ; elle cherche à le durcir. Elle ne vise pas à convaincre ; elle vise à provoquer. Dans le fond, le diplomate Marocain utilise l’histoire comme une arme de confrontation, dans un contexte où le contentieux entre Rabat et Alger reste empoisonné par le dossier du Sahara Occidental et par une rivalité régionale devenue structurelle.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les tribunes internationales servent de caisse de résonance à un duel de récits, chacun cherchant à imposer sa version de l’histoire et de la légitimité. Mais la diplomatie perd en crédibilité lorsqu’elle se transforme en exercice d’effacement symbolique de l’autre. Un État peut défendre fermement ses positions ; il ne gagne rien à proférer des affirmations historiquement intenables.

La réalité est pourtant simple : l’Algérie a une histoire ancienne, multiforme et documentée. Elle a connu des Royaumes, des Dynasties, une période Ottomane, la Colonisation, puis la guerre de Libération Nationale. Elle est le fruit d’une longue continuité historique et politique qui ne peut être balayée par une phrase lancée à la tribune de l’ONU. Prétendre l’inverse, c’est faire de l’anachronisme un outil de propagande.

Il est d’ailleurs frappant de constater que ce type de sortie revient à confondre l’État-Nation moderne avec l’existence historique d’un territoire et d’un peuple. Oui, les frontières actuelles sont le résultat d’évolutions récentes. Oui, les formes de souveraineté ont changé au fil des siècles. Mais cela ne justifie en rien l’idée absurde selon laquelle l’Algérie aurait été une page blanche avant l’époque coloniale. Sur ce point, l’histoire est sans appel.

Le plus grave, dans la déclaration de Hilale, n’est pas seulement son inexactitude. C’est le mépris qu’elle traduit pour la mémoire politique et culturelle d’un pays entier. À force de vouloir frapper fort, le diplomate Marocain finit par caricaturer son propre propos et par exposer une ligne de communication fondée sur la surenchère plutôt que sur la maîtrise.

L’Algérie n’a pas besoin de slogans pour exister. Elle existe par son histoire, par ses résistances, par ses institutions, par son peuple et par sa place dans l’Afrique du Nord et dans le Monde Arabe. Ce n’est pas à coup de formules provocatrices que l’on efface des siècles d’histoire. Et ce n’est pas à l’ONU que l’on peut espérer imposer une négation aussi grossière sans s’exposer à la contradiction.

« Les propos de M. Hilale relèvent d’une lecture politique de l’histoire qui ne résiste pas à l’examen. L’Algérie possède une profondeur historique réelle, antérieure à l’État moderne, comme l’ensemble du Maghreb. Nier cette évidence n’éclaire pas le débat ; cela le dégrade. »

Et « Avant de prétendre enseigner l’histoire de l’Afrique du Nord, il serait utile de la connaître. L’Algérie n’est pas une invention récente ; c’est un pays dont l’ancrage historique, politique et civilisationnel est bien plus ancien que les raccourcis de tribune. »

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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