
Par : Abdelkader REGUIG
En ce jour du 20 Août, nous, Algériens, ne célébrons pas une simple date. Nous commémorons un double souffle, un double cri : celui, étouffé, des Milliers de victimes des offensives du Nord-Constantinois en 1955, et celui, souverain, des décisions fondatrices du Congrès de la Soummam en 1956.
Mais pour un Moudjahid, pour celui qui a porté le fusil et le poids de l’Histoire, ce 20 Août est indissociable d’un autre anniversaire, plus sombre, survenu dans les dédales de la Casbah. L’année précédente, dans la nuit du 10 août 1956, au numéro 9 de la rue de Thèbes, une bombe déchire le silence. Plus de 80 morts, des innocents, des familles. Un attentat aveugle.
Les mémoires officielles peinent à s’arrêter sur cet évènement, car il soulève une question qui brûle encore : qui a vraiment tiré les ficelles ? Le doute plane, tenace, sur le nom d’André Achiary, cet ex-sous-préfet de Guelma, tristement célèbre pour sa participation aux massacres de mai-juin 1945. Cet homme, qui devait combattre le FLN, est soupçonné d’avoir orchestré ce carnage pour briser les derniers scrupules des nationalistes. Son but ? Pousser le FLN à la faute, à la terreur urbaine en réponse à la terreur d’État, afin de justifier une répression sans merci. Jouant double jeu avec les « ultras » de Robert Martel, il fut finalement expulsé par Robert Lacoste, mais jamais officiellement inquiété.
Ce piège, cet attentat de la rue de Thèbes, a fonctionné. Il a levé les derniers doutes de Larbi Ben M’Hidi, le grand stratège de la révolution. « Portons la guerre au cœur de la ville Européenne », a-t-il décidé. Ce fut le prélude tragique de la Bataille d’Alger, marquant l’entrée dans une phase d’une violence inouïe.
Mais un an plus tard, jour pour jour, le 20 Août 1956, alors que la poudre des attentats retombe encore sur Alger, les dirigeants de la Révolution se réunissent clandestinement à Ifri, en Petite Kabylie. Loin du bruit des bombes, dans le silence des montagnes, ils décident de construire l’Algérie de demain sur des bases solides.
Ce Congrès de la Soummam est la réponse politique au chaos. Sous l’impulsion de Ben M’Hidi et Abane Ramdane, la Révolution s’offre un État-Major :
-La primauté du politique sur le militaire est proclamée : le fusil est au service de la pensée, et non l’inverse.
-L’intérieur prime sur l’extérieur : ce sont les combattants sur le terrain qui dirigent, et non les délégations à l’étranger.
-L’ALN se structure : on y crée des grades, on y verse une solde, on divise le pays en six Wilayas historiques.
-Naissent le CNRA et le CCE : le Parlement et le Gouvernement de la Révolution, pour diriger la guerre et préparer la paix.
Ce même jour, en 1955, un an plus tôt, Zighoud Youcef avait lancé ses offensives dans le Nord-Constantinois. À midi pile, des milliers de paysans, armés de pioches et de couteaux, avaient attaqué vingt localités pour prouver au monde que le peuple était debout. La riposte coloniale fut d’une férocité inouïe : près de 15 000 Algériens furent massacrés, notamment au stade de Skikda. Ce bain de sang, aussi atroce fût-il, eut un effet inattendu : il internationalisa notre cause, menant à son inscription à l’ONU en septembre 1955.
C’est donc ce triptyque que nous portons dans nos cœurs aujourd’hui : la douleur de l’innocent de la rue de Thèbes, le courage désespéré des offensives de l’Est, et la lucidité politique du Congrès de la Soummam.
Ce 20 Août est le rappel que notre indépendance ne s’est pas construite uniquement sur les champs de bataille, mais aussi dans la réflexion et l’organisation. Si les bombes de la rue de Thèbes ont voulu nous plonger dans le chaos, le Congrès de la Soummam nous a donné les outils pour en sortir en tant que Nation.
En ce jour, nous rendons hommage à tous les Martyrs, qu’ils soient tombés sous les balles de la répression ou dans les pièges tendus par l’ennemi. Grâce à ce sacrifice que moi aujourd’hui j’écris avec ce butin de guerre pour perpétuer l’histoire de l’Algérie, nous saluons la mémoire des Moudjahidine qui, du sang de leurs frères, ont su faire naître un État.
C’est cela, la leçon du 20 Août : notre souveraineté s’est construite dans la douleur, mais elle s’est forgée dans l’intelligence politique. Puissent nos jeunes générations se souvenir que chaque pierre de notre liberté a été posée sur le sacrifice, mais aussi sur la vision d’hommes qui, au pire de la tempête, ont su penser l’Algérie de demain.
Vive l’Algérie, mémoire de ses Martyrs et fière de ses Moudjahidine.
Par : Abdelkader REGUIG
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