
Par : Mohammed CHOUAKI
La coopération judiciaire entre Paris et Alger semble franchir une nouvelle étape dans la lutte contre le narcotrafic. Gérald Darmanin a annoncé l’incarcération en Algérie de deux figures présumées de la DZ Mafia, Mehdi Laribi et Djamel Djeha, jusque-là placées sous contrôle judiciaire.
Une évolution présentée par le Ministre Français de la Justice comme un résultat concret du rapprochement engagé avec les autorités Algériennes.
Deux cadres présumés incarcérés
Les deux hommes, originaires de Marseille et considérés par les enquêteurs Français comme des objectifs prioritaires, ont été interpellés en Algérie entre la fin du mois de juillet et le début du mois d’août. Mehdi Laribi, surnommé « Tic », est notamment présenté comme l’un des membres fondateurs ou dirigeants présumés de la DZ Mafia.
Après leur arrestation, les deux suspects avaient d’abord été placés sous contrôle judiciaire. Ils ont désormais été placés en détention provisoire à la demande du parquet d’Alger, selon l’annonce faite par Gérald Darmanin. Cette décision renforce la portée judiciaire de leur interpellation, même si elle ne signifie pas, à ce stade, qu’une extradition vers la France a été décidée.
« Une cible prioritaire de la justice Française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée a été interpellée en Algérie », avait déclaré le Ministre Français après l’arrestation de Mehdi Laribi, en remerciant les autorités Algériennes pour leur coopération avec le parquet national anticriminalité organisée et le parquet de Marseille.
Le fruit d’un dialogue relancé
Cette séquence intervient quelques mois après la visite de Gérald Darmanin à Alger, en mai 2026. Le déplacement du garde des Sceaux avait pour objectif de rétablir la coopération judiciaire entre les deux pays, fortement ralentie par plusieurs années de tensions diplomatiques. La lutte contre le narcotrafic et les réseaux liés à la DZ Mafia figurait parmi les dossiers prioritaires de cette reprise de dialogue.
Lors de cette visite, Gérald Darmanin avait rencontré son homologue Algérien Lotfi Boudjemaa ainsi que plusieurs responsables judiciaires. Il avait également été reçu par le Président Abdelmadjid TEBBOUNE, signe de l’importance politique accordée à la relance des relations entre Paris et Alger.
La présence de hauts magistrats Français dans la délégation, notamment des responsables chargés de la criminalité organisée et des affaires financières, devait permettre de renouer des échanges directs sur les dossiers sensibles. Parmi ceux-ci figuraient les réseaux de narcotrafic, les extraditions, les biens mal acquis et la situation de ressortissants recherchés par la justice Française.
Une organisation au cœur des violences Marseillaises
La DZ Mafia est régulièrement décrite par les autorités et les médias Français comme une organisation criminelle implantée à Marseille et active dans le trafic de stupéfiants. Son nom, qui fait référence à « Djazaïr », nom Arabe de l’Algérie, a contribué à alimenter les débats sur les ramifications internationales du narcotrafic Marseillais.
Les enquêteurs Français soupçonnent ce réseau d’être impliqué dans des activités de vente de drogue, de blanchiment d’argent, de recrutement de guetteurs et de règlements de comptes. À Marseille, la lutte entre groupes rivaux a provoqué une succession de violences, souvent liées au contrôle des points de deal et à la circulation des cargaisons de stupéfiants.
La dimension transnationale du phénomène complique toutefois le travail des enquêteurs. Certains responsables présumés peuvent quitter la France, utiliser des relais à l’étranger ou organiser une partie de leurs activités depuis des pays où les procédures judiciaires et les mécanismes d’extradition diffèrent.
L’Algérie, un territoire stratégique
L’arrestation de plusieurs cadres présumés en Algérie donne une importance particulière à la coopération entre les deux États. Pour la justice Française, l’enjeu consiste à empêcher les personnes recherchées de transformer leur fuite à l’étranger en stratégie d’évitement durable des poursuites.
L’Algérie constitue, à cet égard, un partenaire essentiel pour Paris en raison de l’importance des liens humains, familiaux et économiques entre les deux pays. Les réseaux criminels peuvent s’appuyer sur ces circulations pour organiser des déplacements, dissimuler des avoirs ou maintenir des contacts avec leurs relais en France.
La coopération judiciaire ne se limite pas aux arrestations. Elle comprend également l’échange de renseignements, la transmission de documents, l’identification des avoirs, les commissions rogatoires internationales et l’exécution des mandats d’arrêt. Le renforcement de ces mécanismes pourrait permettre aux enquêteurs Français et Algériens de mieux suivre les flux financiers liés au narcotrafic.
La question sensible de l’extradition
L’incarcération des deux suspects en Algérie ne préjuge pas de leur remise aux autorités Françaises. La question d’une éventuelle extradition reste juridiquement et politiquement distincte de celle de l’arrestation. Elle dépendra notamment de l’examen des demandes Françaises par les autorités Algériennes, ainsi que de la situation judiciaire des intéressés en Algérie.
Cette nuance est importante. Un mandat d’arrêt international peut conduire à une interpellation, mais la personne recherchée ne peut être automatiquement transférée vers le pays demandeur. Les autorités du pays où elle se trouve doivent examiner les éléments transmis et vérifier la conformité de la procédure avec leur droit national.
Dans certains cas, un suspect peut aussi être poursuivi dans le pays où il a été arrêté. L’Algérie pourrait donc décider de maintenir les deux hommes à la disposition de sa propre justice, en fonction des faits qui leur seraient reprochés sur son territoire.
Une avancée, mais pas encore un aboutissement
Pour Gérald Darmanin, ces arrestations constituent une preuve tangible de la reprise de la coopération Franco-Algérienne. Elles interviennent après une période durant laquelle les échanges judiciaires entre Paris et Alger avaient été considérablement réduits par les tensions politiques et diplomatiques.
Cette reprise s’inscrit dans un mouvement plus large de détente. Les autorités Françaises ont également fait état d’une amélioration de la coopération Consulaire, notamment à travers la délivrance de laissez-passer nécessaires à l’éloignement de ressortissants Algériens faisant l’objet de mesures administratives en France.
Mais la prudence demeure de mise. La coopération entre les deux pays reste dépendante de l’évolution des relations politiques, régulièrement exposées aux désaccords sur les questions migratoires, les expulsions, les détenus, les biens mal acquis et les mémoires historiques.
Un test pour Paris et Alger
Le dossier de la DZ Mafia apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour le nouveau climat Franco-Algérien. Paris veut démontrer que la coopération judiciaire peut produire des résultats concrets dans la lutte contre la criminalité organisée. Alger, de son côté, montre qu’elle peut répondre à certaines demandes Françaises tout en conservant la maîtrise des procédures engagées sur son territoire.
L’arrestation puis l’incarcération de Mehdi Laribi et de Djamel Djeha constituent donc une avancée significative, mais elles ne suffisent pas à régler l’ensemble du dossier. La véritable efficacité de cette coopération sera jugée sur la durée : extraditions éventuelles, poursuites judiciaires, démantèlement des réseaux financiers et arrestation d’autres responsables présumés.
Pour les victimes du narcotrafic et les habitants des quartiers touchés par les règlements de comptes, l’enjeu dépasse largement le cadre diplomatique. Il s’agit de savoir si Paris et Alger parviendront à transformer cette nouvelle dynamique en coopération opérationnelle durable contre les réseaux qui exploitent les deux rives de la Méditerranée.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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