
Par : Mohammed CHOUAKI
Ville portuaire au destin singulier, Oran s’est construite au rythme des conquêtes, des échanges Méditerranéens et des bouleversements de l’histoire Algérienne. De sa fondation au Xe siècle jusqu’à son rôle actuel de grande métropole de l’Ouest, elle incarne à elle seule une mémoire dense, plurielle et toujours vivante.
Une fondation tournée vers la mer
Oran naît au début du Xe siècle, vers 902-903, dans un espace déjà marqué par les circulations maritimes entre l’Andalousie et le Maghreb. Selon la tradition historique la plus répandue, la ville est fondée par des marins venus de la péninsule Ibérique, attirés par la position stratégique de cette baie ouverte sur la Méditerranée. Très tôt, Oran se distingue comme un port d’échanges, un lieu de passage et un point d’ancrage commercial entre le littoral et l’arrière-pays.
Sa géographie explique en grande partie son destin. Située face à l’Espagne, adossée à une région fertile et connectée aux routes de Tlemcen, Oran devient rapidement une ville convoitée. Son histoire s’inscrit dès l’origine dans celle des rapports de force qui structurent l’ouest du Maghreb.
Une place stratégique disputée
Au fil des siècles médiévaux, Oran passe sous l’autorité de différentes dynasties qui se disputent le contrôle de la région. La ville change plusieurs fois de main, sans jamais perdre son intérêt stratégique ni sa vocation économique. Elle demeure un espace de commerce, d’influence et de rivalités.
Cette instabilité politique n’empêche pas son développement. Au contraire, Oran se consolide comme une cité marchande ouverte sur la mer, où se croisent langues, populations et pratiques culturelles. Déjà, la ville apparaît comme un carrefour, à la fois Maghrébin et Méditerranéen.
L’empreinte Espagnole
L’un des tournants majeurs de son histoire intervient en 1509, lorsque les Espagnols s’emparent d’Oran. La ville devient alors une forteresse avancée de la présence Ibérique en Afrique du Nord. Pendant plusieurs siècles, elle est pensée comme un bastion militaire destiné à contrôler la côte et à contenir les influences régionales jugées adverses.
Les Espagnols fortifient la ville, renforcent son dispositif défensif et en font une place stratégique de première importance. Oran vit alors au rythme des sièges, des reprises et des tensions. En 1708, elle est reprise par les forces locales avant d’être à nouveau occupée par les Espagnols en 1732. Ce n’est qu’en 1792 qu’elle retourne définitivement sous autorité Algérienne, à la suite de la reconquête menée par Mohamed el-Kébir.
Le retour dans l’espace Algérien
La reprise d’Oran en 1792 marque une étape décisive. Après des décennies de domination étrangère et de conflits, la ville réintègre le cadre politique du Beylik de l’Ouest. Elle retrouve une place centrale dans l’organisation du territoire, même si les séquelles des affrontements successifs ont profondément marqué son tissu urbain et son économie.
Oran redevient alors un centre important de l’Ouest Algérien, mais son histoire va bientôt connaître une nouvelle rupture. En 1831, la conquête Française ouvre une autre séquence, plus longue et plus profonde encore dans ses effets.
La ville coloniale
La présence Française transforme radicalement Oran. La ville est intégrée à l’ordre colonial, reconstruite selon de nouveaux modèles urbains et administratifs, et dotée d’infrastructures modernes qui renforcent son rôle régional. La commune est créée en 1845, puis érigée en commune de plein exercice en 1848.
Au XIXe siècle et au début du XXe, Oran devient une grande ville coloniale, dynamique sur le plan économique et fortement marquée par sa diversité humaine. Européens, Espagnols, Français, Italiens, Juifs Algériens et populations venues de l’intérieur du pays participent à l’essor de la cité. Cette pluralité façonne une identité urbaine originale, mais aussi traversée par de fortes inégalités.
Le port, les commerces, les activités administratives et les services font d’Oran l’un des principaux pôles de l’Algérie coloniale. La ville prend alors une dimension qui dépasse largement son seul cadre régional.
Oran dans les grands bouleversements du XXe siècle
La Seconde Guerre Mondiale inscrit Oran dans l’histoire mondiale. La base de Mers El-Kébir devient le théâtre d’un épisode dramatique en juillet 1940, lorsque la flotte Britannique bombarde la flotte Française pour empêcher qu’elle ne tombe aux mains de l’Allemagne Nazie. Plus tard, en novembre 1942, la région est concernée par le débarquement allié en Afrique du Nord.
Ces événements renforcent encore la place stratégique d’Oran et de sa baie. Mais ils annoncent aussi les tensions croissantes qui traversent l’Algérie coloniale à la veille de la guerre de libération.

1962, l’année de la rupture
La guerre d’Indépendance bouleverse profondément la ville. Oran, comme l’ensemble du pays, traverse une période de tensions politiques, de violences et d’incertitudes. L’année 1962 marque un tournant historique avec la naissance de l’Algérie Indépendante.
Mais cette transition est aussi douloureuse. Le 5 juillet 1962, Oran est le théâtre d’événements tragiques qui marquent durablement les mémoires. La ville entre alors dans une nouvelle ère, marquée par le départ massif d’une partie de sa population Européenne et par une profonde recomposition sociale et urbaine.
Une métropole Algérienne majeure
Depuis l’Indépendance, Oran s’est affirmée comme l’un des grands centres de l’Algérie. Son port, son tissu industriel, ses activités commerciales et ses fonctions administratives lui confèrent un rôle central dans l’économie nationale. La ville s’est aussi imposée comme un haut lieu culturel, associée à la musique Raï, à la création artistique et à une identité urbaine très forte.
Oran est aujourd’hui une métropole moderne, mais elle reste profondément liée à son passé. Ses rues, ses bâtiments, ses quartiers et sa mémoire populaire portent les traces de toutes les époques qui l’ont façonnée. De la fondation médiévale aux défis contemporains, elle demeure une ville de passage, de rencontres et d’histoire.
Une mémoire toujours vivante
Oran n’est pas seulement une ville Algérienne parmi d’autres. Elle est un symbole. Symbole d’une histoire Méditerranéenne complexe, d’une urbanité façonnée par les conquêtes et les résistances, d’un patrimoine où se mêlent influences Andalouses, Ottomanes, Espagnoles, Françaises et Algériennes.
C’est cette densité historique qui fait aujourd’hui la singularité d’Oran. Ville du mouvement, de la mémoire et de la modernité, elle continue de raconter, à travers son identité, une grande partie de l’histoire de l’Algérie.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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