
Par : Abdelkader REGUIG *
Le 24 novembre 2025, je signais un article sur Gideon Levy dans Haaretz, intitulé « La plume satirique contre la potence ». Aujourd’hui, je renoue avec sa pensée pour décrypter en profondeur sa dernière tribune, parue le 18 juin 2026. Ce texte, à l’impact de bombe dans le paysage politique Israélien, porte un titre qui claque comme un manifeste : « La défaite d’Israël en Iran n’est pas un désastre : c’est l’occasion d’affronter la vérité ». Là où la classe politique – de la droite à la « gauche » – crie à la catastrophe diplomatique et militaire, Levy, éditorialiste influent d’Haaretz, retourne le miroir : et si cette déroute était, en réalité, une chance inespérée de rompre avec le mensonge collectif ?
Un « test de réalité » pour Israël
Pour Levy, la guerre contre l’Iran a soumis Israël à ce que les psychologues appellent un « test de réalité ». La prétendue armée toute-puissante du pays « n’a rien accompli de significatif, si ce n’est la ruine politique ». Aucun des objectifs affichés n’a été atteint : le régime iranien ne s’est pas effondré comme Netanyahou l’avait promis à Trump, et il n’existe toujours pas de preuve claire que les capacités nucléaires Iraniennes aient été détruites.
Ce constat d’échec, loin d’être une tragédie, pourrait selon lui être « l’évolution la plus positive de ces dernières années », à condition qu’Israël en tire les bonnes conclusions. Levy établit un parallèle avec 1973, où la guerre du Kippour – vécue comme une catastrophe – avait ouvert la voie aux accords de paix avec l’Égypte. Aujourd’hui, le fiasco Iranien pourrait jouer le même rôle de déclic.
Les limites d’une puissance illusoire
L’éditorialiste rappelle une évidence que l’arrogance Israélienne a longtemps occultée : « un petit pays de 10 Millions d’habitants ne peut pas se battre contre le monde entier ». Israël ne peut renverser des régimes, ni à Téhéran, ni à Gaza, ni même à Ramallah.
Cette réalité est d’autant plus criante que l’appui occidental inconditionnel, qui a longtemps donné à Israël l’illusion d’une toute-puissance, s’effrite. Selon Levy, la guerre en Iran a déclenché une vague de questionnements au sein de la société Américaine. « La politique de soutien Américain absolu et inconditionnel à Israël n’aura pas sa place dans la prochaine administration », prédit-il. Sans ce soutien, « Israël ne sera plus l’Israël que nous connaissons aujourd’hui ».
Les deux scénarios possibles
L’analyse de Levy s’inscrit dans une perspective plus large : celle d’un État colonial confronté à deux issues historiques. Soit le « scénario Algérien » – le départ précipité des colons –, soit le « scénario Sud-Africain » – l’intégration des populations dans une société unique.
Levy choisit clairement la seconde voie. Il invite ses compatriotes à « se comporter comme des êtres humains envers les Palestiniens, avant que le monde ne nous y oblige », et à choisir entre deux États, un État unique démocratique, ou un « État d’apartheid suicidaire ». Il n’y a pas de quatrième option.
Un appel à la raison
Concrètement, Levy plaide pour un désengagement immédiat : retrait des troupes du Liban, fin de la « folie » en Cisjordanie, libération des milliers de prisonniers Palestiniens. Il dénonce le discours des héritiers politiques de Netanyahou – les « Bennett » – qui promettent de rétablir les relations avec les États-Unis pour « achever le travail ». « Ce qui nous est arrivé en Iran n’était pas un désastre, mais une opportunité », martèle-t-il. « Nous avons regardé la vérité droite dans les yeux – et elle a baissé les yeux. C’est maintenant à notre tour de baisser les nôtres. »
Un intellectuel isolé mais lucide
Gideon Levy n’est pas un observateur ordinaire.
Membre de la direction de Haaretz, il écrit dans ce journal depuis 1982. Figure controversée en Israël, il est régulièrement critiqué pour ses positions Propalestiniennes, mais salué à l’international : il a reçu le prix Olof Palme en 2015 et de nombreux autres prix pour sa défense des droits humains.
Sa tribune du 18 juin 2026 n’est pas un appel au défaitisme, mais un avertissement : l’histoire ne laisse que deux portes ouvertes. Celle de l’apartheid mène à l’abîme ; celle de la paix avec les Palestiniens est la seule qui puisse sauver Israël de lui-même.
* Sénateur
Contact : orarexe@ gmail.com
Par : Abdelkader REGUIG – Oran
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Sans les multiples trahisons arabes, les calculs politiques de certains dirigeants palestiniens corrompus et pervers, davantage préoccupés par leurs intérêts que par ceux de leur peuple, ainsi que le parti pris manifeste de plusieurs puissances occidentales en faveur de ceux qui ont mené des politiques de répression et d’extermination, une solution juste, durable et équitable aurait probablement pu être trouvée depuis des décennies. Le drame palestinien n’est pas seulement le résultat d’un conflit prolongé, mais également celui d’occasions manquées, d’intérêts contradictoires et d’abandons successifs qui ont contribué à perpétuer les souffrances d’un peuple en quête de ses droits fondamentaux.