
Par : Mohammed CHOUAKI
Un droit international que Rabat refuse d’assumer
Le Sahara Occidental demeure, aux yeux de l’ONU, un territoire non encore décolonisé, inscrit dans la résolution 1514 (XV) sur le droit à l’Autodétermination des Peuples. L’avis consultatif de la Cour Internationale de justice de 1975, confirmant l’absence de lien de Souveraineté entre le Maroc et le Sahara, donne une assise juridique solide à la revendication Sahraouie, même si Rabat a choisi de la vider de son contenu politique. À l’ONU, les résolutions répétées sur le Sahara Occidental réaffirment ce principe, mais le blocage politique a transformé le droit en rituel diplomatique, sans traduction effective en référendum.
La Russie, alliée ambiguë de Rabat
La Russie, membre permanent du Conseil de Sécurité, affirme officiellement que sa position sur le Sahara Occidental se fonde sur les résolutions Onusiennes et soutient le droit inaliénable du Peuple Sahraoui à l’Autodétermination et à l’Indépendance. En multipliant les déclarations de Sergueï Lavrov, Moscou martèle que le dossier n’est pas « clos » tant qu’un accord équilibré n’aura pas été conclu entre toutes les parties, y compris la RASD, ce qui contredit la lecture de Rabat d’un Sahara irréversiblement intégré au Maroc. Cette posture place la Russie dans un camp pro‑ONU et pro‑Autodétermination, sans pour autant rompre ses canaux stratégiques avec le Royaume.
Un double langage qui complique la donne
Sur le terrain diplomatique et économique, Moscou adopte une stratégie à plusieurs registres : accords avec Rabat incluant les « provinces du sud », refus de reconnaître la RASD, mais également refus de valider le plan d’autonomie Marocain comme solution unique.
Cette triangulation laisse planer une menace politique latente pour Rabat : la possibilité d’une relance Onusienne du scénario référendaire, que le Royaume rejette formellement et juridiquement. En se présentant comme partenaire de médiation et soutien de l’Envoyé personnel de l’ONU, Moscou renforce sa position de médiateur extérieur, tout en empêchant Rabat de figer définitivement le statut du Sahara.
Équilibres régionaux et pressions internationales
La question du droit à l’Autodétermination du Sahara Occidental traverse désormais les grands blocs et alignements régionaux. Tandis que la Russie maintient une ligne dure sur le droit international tout en épargnant ouvertement Rabat, d’autres puissances hésitent à défier la thèse Marocaine pour des raisons sécuritaires, économiques ou migratoires. Dans ce contexte, Moscou apparaît comme un acteur qui, par son incohérence calculée, contraint Rabat à négocier sur la base d’un principe qu’il a juridiquement rejeté depuis des décennies.
Conclusion : un dilemme géopolitique profond
Pour Rabat, la position Russe cristallise l’ambiguïté du dossier Sahraoui : un allié stratégique qui, chaque fois qu’il rappelle les résolutions de l’ONU, rappelle aussi que le Sahara reste un contentieux non résolu. Cette pression discrète, mais palpable, contraint le Royaume à fonctionner à la fois sur le plan de la diplomatie formelle (défense de la « Marocanité ») et sur celui d’une négociation à terme, où la Russie peut choisir de relancer le scénario Onusien de l’Autodétermination.
Dans ce jeu de poker diplomatique, la question du droit à l’Autodétermination du Sahara Occidental cesse d’être un simple chapitre juridique pour devenir un enjeu central de la stratégie Russe et de l’équilibre du Maghreb.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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