
Par : Abdelkader REGUIG
Le 16 mai au soir, en ce lieu vivant qu’est Artissimo, nous nous sommes réunis pour une halte mémorielle singulière. Soixante ans jour pour jour après sa disparition, nous étions là pour rendre hommage à Yves Mathieu, avocat, journaliste, anticolonialiste de la première heure.
Né à Annaba, ayant sillonné les routes d’Abidjan avant de poser sa robe d’avocat au service du FLN dès 1956, Yves Mathieu n’a jamais cessé de croire que le droit pouvait être une arme de libération. Il mit sa plume et sa voix au service des indépendances Africaines et de la révolution Algérienne.
Après 1962, ce fut lui qui, avec une conscience aiguë de la justice sociale, rédigea les décrets historiques sur les biens vacants et l’autogestion. « La terre à celui qui la travaille » : cette devise, utopie pour certains, devint sous sa plume une loi porteuse d’espoir pour toute une génération.
Le soir du 16 mai, la présence de ses filles, Viviane Candas et Joëlle Stolz, nous a rappelé que l’engagement intime rejoint l’histoire collective. Leurs voix, ainsi que celles de Mourad Lamoudi, Khaled Khelladi, Ahmed Rachedi et Ahmed Bedjaoui, ont fait résonner à l’Espace Artissimo la mémoire vivante d’un homme qui choisit son camp : celui de l’émancipation.
Yves Mathieu, vous nous laissez un héritage rare : celui d’un juste qui ne séparait pas la parole de l’acte, ni la loi de la dignité. En ce soixantième anniversaire de votre disparition, Artissimo vous accueille comme vous l’auriez souhaité : au cœur d’un peuple en marche, parmi les vivants.
Plaidoirie pour la Nationalité Algérienne
Permettez-moi, à présent, d’ajouter une voix à cette soirée. Une voix qui se veut respectueuse mais ferme, tournée vers son Excellence, le Président de la République.
Monsieur le Président,
Yves Mathieu fut avocat du FLN, il fut reconnu comme un soutien indéfectible à la Révolution Algérienne. Pourtant, ses filles, Viviane Candas et Joëlle Stolz, héritières légitimes de ce combat, ne possèdent pas la Nationalité Algérienne. Soixante ans après l’indépendance, soixante ans après les décrets qu’Yves Mathieu lui-même rédigea sur l’autogestion, il est temps que la République reconnaisse pleinement la filiation de sang et d’engagement.
Nous plaidons donc humblement auprès de votre Excellence pour l’octroi de la Nationalité Algérienne à ses filles. Non pas comme une faveur, mais comme un acte de justice historique et de fidélité à ceux qui ont tout donné pour l’Algérie.
Viviane Candas : la relève par la caméra
Née à Paris, c’est pourtant l’Algérie qui a façonné l’enfance et la conscience de Viviane Candas. Fille d’Yves Mathieu, Moudjahid reconnu, elle a grandi dans une famille profondément marquée par l’engagement Anticolonialiste. Cet héritage n’est pas un simple fait généalogique ; il est le socle sur lequel elle a construit sa vie et son regard sur le monde.
Aujourd’hui, on peut dire d’elle qu’elle est une Moudjahida des temps modernes, une anti-impérialiste dont l’arme de prédilection est la caméra.
C’est par le cinéma que Viviane Candas a choisi de prolonger le combat de son père. Ses films, tournés avec passion et un inlassable souci de vérité, sont autant de témoignages précieux. Pendant la « décennie noire » qui a ensanglanté l’Algérie dans les années 1990, alors que les artistes et les intellectuels étaient pris pour cibles, elle a résisté à sa manière. Aux côtés du peuple Algérien, elle a filmé, documenté, donné la parole à ceux que l’on voulait réduire au silence. Son travail est un acte de résistance culturelle, une pierre angulaire pour la mémoire collective, un pont jeté par-dessus la peur et la violence pour rappeler ce qui nous unit : une humanité partagée, une histoire commune.
Le même combat, un nouveau front
L’engagement de Viviane Candas n’est pas un regard tourné vers le passé. Il est d’une actualité déconcertante. En partageant récemment sur sa page Facebook le puissant reportage de Chris Hedges, illustré par Mr. Fish, elle nous montre que le combat continue, simplement sous un nouveau ciel. « Frères de sang », ce texte est un cri d’alarme. Il dénonce, avec la même vigueur qui animait son père face au colonialisme, l’engrenage guerrier actuel au Moyen-Orient.
L’itinéraire de Viviane Candas est un phare. Il nous rappelle qu’être fidèle à ses idéaux, c’est être capable de les réactualiser sans cesse, là où la dignité humaine est menacée. Son œuvre et son engagement actuels forment un tout indivisible : une vie consacrée à raconter pour ne pas répéter, et à résister pour que demain soit possible.
En conclusion,
Monsieur le Président, nous osons espérer que vous entendrez cette plaidoirie. Donner la Nationalité Algérienne à Viviane Candas et à Joëlle Stolz, c’est reconnaître qu’Yves Mathieu n’est pas seulement un allié de l’Algérie, mais bien un fils de l’Algérie. Et que ses filles, par le sang et par l’engagement, le sont tout autant.
Vive l’Algérie ! Gloire à nos Chouhadas ! Vive la Mémoire ! Vive la justice !
Abdelkader Reguig
Espace Artissimo, 16 mai 2026
Par : Abdelkader REGUIG – Oran
Contact : orarexe@ gmail.com
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