NOTE STRATÉGIQUE À L’ATTENTION DES DÉCIDEURS. Faire d’Oran une « Singapour Méditerranéenne »  Ville Numérique et Zone Economique Spéciale

Par : Abdelkader REGUIG

1. Constat : une idée visionnaire, un moment décisif

En 2010, mon article « Demain sera Numérique » (Quotidien d’Oran du 10/11/2010) et le congrès international sur le développement de stratégies des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) se sont tenus du 2 au 4 novembre 2010 à Oran. Cette rencontre, organisée conjointement par le Ministère de la Poste et des TIC et l’Union Nationale des Scientifiques et des Technologues Algériens sous le thème  « Pour une Afrique Numérique »,visait « l’amorce d’une dynamique de coopération régionale interafricaine »et appelait déjà à la création de technopôles et à la mobilisation de la Diaspora Algérienne pour un véritable transfert de technologie.

Treize ans plus tard, le monde a basculé dans l’ère de l’IA, des données massives et des villes intelligentes. Oran – qui a prouvé sa capacité d’organisation et d’accueil – est le laboratoire naturel de la transition numérique nationale. Mais sans acte fort, cette fenêtre se refermera.

2. Proposition phare : Oran, la porte de l’Ouest Algérien, dans le top 10 des destinations mondiales 2026.

Une loi-cadre dérogatoire pour une Zone Economique Spéciale (ZES) « Oran Numérique »

Je propose aux décideurs d’adopter un texte législatif unique, pour une durée de 30 ans, prévoyant des dérogations au code du travail pour offrir de la flexibilité aux startups numériques, des dérogations au code des changes pour garantir la liberté des transactions internationales aux entreprises technologiques, ainsi que des dérogations aux marchés publics avec des procédures accélérées. Cette loi instaurerait un guichet unique 100 % dématérialisé avec signature électronique et administration sans papier, ainsi qu’une justice commerciale spécialisée incluant l’arbitrage international.

L’effet attendu est clair : attirer capitaux et talents en levant les blocages historiques.

3. Un joint-venture mixte Oran – Singapour pour opérer la ZES

La gouvernance de cette zone serait confiée à un joint-venture composé de 51 % d’acteurs Algériens (Wilaya, Ministère des TIC, fonds souverain) et de 49 % d’un consortium Singapourien incluant PSA International, Surbana Jurong et les entreprises de Jurong. Ses missions seraient de lever des fonds souverains, de garantir la sécurité juridique et de transférer les savoir-faire en matière de port 4.0, de ville intelligente et de parc technologique. L’effet attendu est une crédibilité internationale immédiate et une accélération du transfert de compétences.

4. Un projet pilote visible en 18 mois pour convaincre

Dès les 18 premiers mois, nous proposons de lancer une nouvelle tour de contrôle numérique du port d’Arzew, ainsi qu’un centre de services aux affaires « plug-and-play » proposant bureaux clés en main, connexion directe aux data centers et fibre optique. Cet effet vitrine est essentiel pour convaincre investisseurs et talents.

5. Quatre volets techniques adaptés à Oran

Premièrement, la zone de libre-échange et de gouvernance se concrétisera par une ZES « Oran numérique » dotée d’une administration sans papier, d’un guichet unique en ligne et d’une juridiction commerciale trilingue Arabe, Français et Anglais.

Deuxièmement, la modernisation portuaire et logistique passera par une gestion du port d’Arzew par PSA International, avec jumeau numérique, douane 24 heures et automatisation des terminaux conteneurs.

Troisièmement, le corridor numérique et sous-marin reposera sur un câble sous-marin Oran – Marseille – Singapour, ainsi que sur l’implantation de data centers internationaux (AWS, Google, Azure) au sein de la ZES.

Quatrièmement, la smart city et le cadre de vie seront expérimentés à la Cité du Cram, transformée en laboratoire urbain avec capteurs IoT, réutilisation des eaux selon le modèle NEWater, et paysagement tropical adapté à la Méditerranée.

6. Ce qui manquait : la « toile de technologues » algériens comme pilote effectif

Nous proposons d’ajouter deux dispositifs concrets. D’une part, la création d’une agence de mobilisation de la Diaspora TIC (USA, Canada, France, Allemagne, Royaume-Uni) avec des missions rémunérées de 3 à 24 mois à Oran. D’autre part, la mise en place d’un fonds d’amorçage dédié de 500 Millions de Dollars pour les jeunes entreprises portées par des binômes associant Diaspora et talents locaux. L’effet attendu est un transfert réel de compétences et la création d’un écosystème durable.

7. Accord politique de haut niveau Algérie – Singapour à négocier

Trois mesures sont à négocier sans délai : une exemption réciproque de double imposition, une reconnaissance automatique des diplômes et certifications pour les cadres expatriés, et un visa « talents numériques » de longue durée. L’effet attendu est une fluidité maximale des échanges et une attractivité renforcée.

8. Recommandation institutionnelle : une relance en trois étapes

Première étape : adresser une note synthétique de trois pages au Ministère de l’Économie de la Connaissance et des Startups, au Ministère de la Poste et des TIC (porteur historique du congrès de 2010), au Wali d’Oran, ainsi qu’au patronat Oranais (CRB, CCI Oran).

Deuxième étape : organiser une journée d’étude à l’université d’Oran (USTO, ESI) pour rassembler compétences locales et Diaspora autour du projet « Oran – Singapour Méditerranéenne ».

Troisième étape : déposer un projet de loi-cadre avant la fin de l’année.

Conclusion à l’attention des décideurs

Mon idée de 2010 était visionnaire. Aujourd’hui, le contexte est enfin mûr. En avril 2026, le Président Abdelmadjid TEBBOUNE a ordonné l’élaboration d’un nouveau plan stratégique national, axé dans un premier temps sur la sécurité hydrique, puis élargi – pourquoi pas – à une ville numérique, tant le Chef de l’État cherche des relais de croissance hors hydrocarbures. Parallèlement, Singapour prospecte pour valoriser son expertise en matière de Smart city et de port 4.0. Quant à la Diaspora Algérienne des TIC, elle n’a jamais été aussi puissante ni aussi organisée.

Oran peut devenir cette Singapour Méditerranéenne – à une condition : oser le régime dérogatoire, le joint-venture avec des partenaires Etrangers, et la confiance accordée aux technologues.

Le temps des études est passé. Celui du passage à l’action commence.

Par : Abdelkader REGUIG – Oran

Contact : orarexe@ gmail.com

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