
Par : Abdelkader REGUIG
Un Symbole fort après près de deux ans de tensions diplomatiques, la Ministre déléguée Française aux Armées et aux Anciens Combattants, Alice Rufo, a participé vendredi 8 mai 2026 aux commémorations des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Une visite qui marque un réchauffement tangible entre Paris et Alger, au moment où l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin prend le contrepied de la droite dure et appelle à « ne pas faire la guerre avec l’Algérie ».
C’est une image Unique
C’est une image que l’on n’avait plus vue depuis longtemps.
Vendredi 8 mai, à Sétif, la Ministre déléguée Française aux Armées et aux Anciens Combattants, Alice Rufo, a déposé une gerbe aux côtés de son homologue Algérien, Abdelmalek Tachrift, Ministre des Moudjahidines. Autour d’eux, des députés Français – le Socialiste Laurent Lhardit et l’écologiste Sabrina Sebaihi – ainsi que l’Ambassadeur Stéphane Romatet, tout juste revenu à Alger après avoir été rappelé par Emmanuel Macron lors de la crise diplomatique de 2024.
« Un geste lourd de symboles dans le processus de reconnaissance et d’apaisement mémoriel », a salué plus tard le Général d’Armée Saïd Chanegriha, Chef d’Etat-Major de l’Armée Nationale Populaire (ANP), en recevant samedi la Ministre Française au siège de l’Etat-Major à Alger. Devant les honneurs militaires, les deux parties ont évoqué « les voies et moyens de renforcer la coordination » sur les questions de défense, balayant les contentieux des mois passés.
« Dépasser les séquelles du passé colonial, sans l’oublier »
Dans une allocution remarquée, le Général Chanegriha a rappelé que les événements du 8 mai 1945 « ont constitué un tournant décisif dans l’histoire éternelle de l’Algérie ». Puis il a lancé un appel clair : « Il incombe aux deux pays d’œuvrer conjointement pour dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel. » Un message reçu à Paris, où la Ministre Alice Rufo a exprimé « sa satisfaction d’avoir pris part aux manifestations commémorant les massacres », avant de signer le Livre d’Or de l’Etat-Major Algérien.
Cette embellie intervient après des mois de vives tensions, ponctuées par l’expulsion d’influenceurs Algériens, des passes d’armes sur les visas et le gel du dialogue sécuritaire. Mais le retour de l’Ambassadeur et la rencontre entre Alice Rufo et le Président Abdelmadjid TEBBOUNE – porteuse d’un message d’Emmanuel Macron – changent la donne.
Villepin contre Retailleau : « Adopter une posture sans issue n’est pas responsable »
C’est dans ce contexte que Dominique de Villepin, ancien Chef de la diplomatie et Premier Ministre, a choisi de sortir du silence. Interrogé sur la ligne adoptée par la droite Française, il a vivement pris ses distances avec la position de Bruno Retailleau, ancien Ministre de l’Intérieur devenu figure de la fermeté anti-Algérienne.
« Dire qu’il y a une “capitulation” d’Emmanuel Macron sur le dossier Algérien, c’est inexact », a martelé Villepin. « Je ne partage pas la ligne de Bruno Retailleau, qui semble vouloir une guerre avec l’Algérie. Nous avons au contraire des intérêts communs, un avenir partagé autour de la Méditerranée. »
L’ancien Premier Ministre a dénoncé une posture politicienne selon lui contre-productive : « Traiter un dossier avec un pays étranger en cherchant seulement à faire plaisir à son électorat, cela ne fait pas avancer les choses. » Il a salué les gestes récents – la participation de la Ministre à Sétif, le retour de l’Ambassadeur, la reprise du dialogue sécuritaire – comme autant de signes d’un « dégel ».
« Il y a dix jours, certains dénonçaient une prétendue capitulation. Moi, je crois que tout dialogue avec l’étranger est précieux. Être en guerre avec l’Algérie, je comprendrais qu’on y vienne, mais ce n’est pas une politique responsable. »
Un nouvel élan malgré les crispations persistantes
Reste que l’apaisement reste fragile. En France, la droite et une partie de l’extrême droite continuent de dénoncer « des concessions mémorielles à sens unique ». En Algérie, la société civile observe avec prudence les avancées, tandis que les dossiers sensibles – archives, reconnaissance des crimes coloniaux, lutte antiterroriste – n’ont pas tous trouvé de solution.
Pourtant, ce 8 mai 2026 restera comme une date charnière. Pour la première fois, une Ministre Française des Armées et des Anciens Combattants a honoré solennellement la mémoire des victimes Algériennes de 1945. Et un ancien Chef du Gouvernement Français a appelé, sans ambages, à tourner la page des rancœurs politiques. « Des gestes sont possibles des deux côtés », a résumé Dominique de Villepin. Reste à savoir si les responsables politiques Français et Algériens sauront saisir cette fenêtre d’opportunité.
Par : Abdelkader REGUIG
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