Article 1 – Le piège du double jeu : comment Paris a saboté sa propre main tendue

Par : Abdelkader REGUIG

Alger, avril 2026 – Il y a un an exactement, la France avait une occasion rare de sortir de l’ornière. Le 6 avril 2025, le Ministre des Affaires Etrangères, Jean-Noël Barrot, posait le pied à Alger. Message affiché : « tourner la page », « construire un partenariat d’égal à égal ». Séquence officielle, poignées de main, communiqué lénifiant. Pour la première fois depuis des mois, on crut à un vrai dégel. Ceux qui suivent le dossier savent pourtant ce qui se passa quelques heures plus tard. Le même jour, depuis Paris, Bruno Retailleau, alors Ministre de l’Intérieur, choisissait une tout autre partition. Invité sur CNEWS, il ne parla ni de visas ni de sécurité. Il dégaina une affaire vieille d’un an, le « kidnapping » supposé de l’influenceur Amir DZ, figure sulfureuse. Et il accusa Alger de vouloir « humilier la France ». Mise en examen de trois Algériens, expulsion croisée de douze agents Consulaires, rappel de l’Ambassadeur : en quelques heures, la main tendue de Barrot était réduite en miettes.

Cette séquence n’est pas une maladresse. C’est une méthode. La technique du Good cop, Bad cop érigée en système. D’un côté, la diplomatie officielle qui parle d’apaisement. De l’autre, une frange politique incarnée par Retailleau, qui instrumentalise la tension avec Alger comme fonds de commerce. L’intéressé ne s’en est d’ailleurs jamais caché : « J’incarne ce rôle de provocateur et de bête noire de l’Algérie », assumait-il. Pour lui, l’Algérie n’est pas un partenaire : c’est une tribune. Sa « survie médiatique », comme il l’a dit, dépendait de cette tension. Une fois Retailleau sorti du Gouvernement (octobre 2025), il a presque cessé de parler de l’Algérie. Les chiffres sont implacables : cité 147 fois par mois dans la presse nationale en novembre 2025, il tombait à moins de 12 fois en mars 2026. Sa disparition médiatique fut aussi brutale que son acharnement passé.

Mais l’habitude était prise. À chaque tentative de rapprochement, une offensive judiciaire ou médiatique venait tout faire capter. Le 22 janvier 2026, France 2 diffuse un « Complément d’enquête » consacré aux « guerres secrètes » entre Paris et Alger. Invité vedette : Amir DZ – le même influenceur, qui traite le Président Algérien de « voyou » sur France 2, le service public Français ( https://opr.news/33fa797b260128fr_dz?link=1&client=iosnews ) La réaction d’Alger est immédiate :

convocation du chargé d’affaires Français, dénonciation d’un « tissu de contre-vérités profondément offensant ». Quinze jours plus tard, le nouveau Ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, se rend à Alger pour relancer la coopération sécuritaire. La main est de nouveau tendue. Mais la télévision publique, sous tutelle de l’État Français, vient de cracher au visage des autorités Algériennes. Curieux timing ? Coïncidence ? À force de répétition, ce n’est plus de l’incompétence : c’est un choix assumé, un système.

Résultat : en avril 2026, quand le patron du Medef Patrick Martin s’apprête à se rendre à Alger, plus personne ne croit aux grandes déclarations. Paris a compris la leçon. La nouvelle consigne est simple : ne rien dire, ne rien montrer. Surtout, ne pas offrir de prise à ceux qui, de l’autre côté de la Méditerranée, vivent de la confrontation. C’est dans ce climat de défiance absolue que va s’écrire le chapitre suivant, celui d’une visite presque fantôme, et d’un silence qui en dit long sur le nouveau rapport de force.

Par : Abdelkader REGUIG – Oran

Contact: orarexe@gmail.com

Auteur/autrice

Views: 15

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *