
Par : Abdelkader Reguig
Un constat qui dépasse l’analogie
Ce n’est plus une métaphore. C’est à partir des propos percutants de Roberto Scarpinato, magistrat Sicilien devenu Sénateur, figure emblématique de la lutte antimafia. Ce n’est plus un glissement progressif. C’est, selon Scarpinato, une mutation achevée : « Le pouvoir est devenu mafieux. » L’ancien magistrat, qui a passé sa vie à traquer Cosa Nostra dans l’ombre, affirme aujourd’hui que ce qu’il combattait en secret se déroule désormais « sous les yeux de tous ».
Les symptômes d’un État de droit en décomposition
Scarpinato établit une typologie glaçante des pratiques.
1. L’intimidation des magistrats, autrefois réservée aux juges antimafias, elle est devenue une méthode politique.
Trump, Netanyahu : ces dirigeants « menacent des procureurs et des juges des Cours Internationales ». L’ancien Chef du Mossad, dit-il, a personnellement menacé une procureure de la CPI.
2. Les sanctions extrajudiciaires, « Ils ont bloqué leurs comptes, ont empêché leur libre circulation, sans procès, exclusivement avec un acte de pouvoir. » Non plus des condamnations, mais des punitions d’appareil.
3. La logique du clan « Ou tu es avec moi, ou tu es contre moi » : l’érosion de l’universalité de la loi au profit d’une loyauté personnelle au Chef.
CPI : la méthode mafieuse appliquée au droit international
Scarpinato évoque la menace qui pèse sur les magistrats de la Cour Pénale Internationale. Les faits lui donnent raison. En juin 2020, Trump a signé le décret 13928, déclarant une « urgence nationale » pour justifier des sanctions économiques contre tout fonctionnaire de la CPI enquêtant sur des ressortissants Américains. La mesure prévoyait le gel des avoirs Américains et l’interdiction d’entrée sur le territoire, sanctions que Trump avait initialement réservées aux terroristes étrangers.
Le 2 septembre 2020, les premières sanctions frappaient la procureure Fatou Bensouda, contrainte de travailler sous la menace d’une asphyxie financière. « Le pouvoir est devenu mafieux », constate Scarpinato : on ne juge plus, on étrangle économiquement ceux qui osent juger.
Le 6 février 2025, de retour à la Maison Blanche, Trump a réédité l’offensive avec le décret 14203. Cette fois, la raison est encore plus explicite : la CPI avait émis des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza.
Les mesures sont devenues concrètes. Le 18 décembre 2025, l’administration Trump a sanctionné deux nouveaux juges de la CPI, Gocha Lordkipanidze et Erdenebalsuren Damdin. Conséquences immédiates : fermeture de leurs comptes bancaires, annulation de leurs cartes de retrait, restrictions d’accès à Internet. le juge Français Nicolas Guillou, magistrat à la Cour Pénale Internationale (CPI), subit des sanctions Américaines depuis août 2025 pour son implication dans l’enquête visant Benyamin [Netanyahou] , le Président Emmanuel Macron a adressé une lettre de protestation à son homologue Américain. .(https://lapatrienews.dz/la-lettre-de-macron-a-trump-denonce-une-atteinte-a-lindependance-de-la-justice/)
Scarpinato résume cette mécanique : ils frappent ces magistrats pour éduquer tous les autres. Montrer ce qui peut arriver à ceux qui osent être indépendants.
Judiciaire fédéral : l’intimidation comme système
Mais la mafiosisation ne s’arrête pas aux frontières. Contre les juges fédéraux Américains, la méthode est la même : disqualification personnelle, appels à la destitution, blocage. C’est l’arme favorite de Donald Trump, et l’administration a franchi une ligne rouge dangereuse, allant jusqu’à qualifier les magistrats fédéraux de « juges hors-la-loi » et à déclarer une véritable « guerre » contre les juges de première instance.
En mars 2025, Trump a exigé sur Truth Social la destitution d’un juge fédéral qui avait simplement statué contre l’administration, le qualifiant de « cinglé radical de gauche » et d’« agitateur ». Johns, le Président de la Cour Suprême, a dû rappeler à l’ordre le Président. Le mal était fait.
Les conséquences ont été immédiates et violentes. Une étude du Global Project Against Hate and Extremism a relevé une hausse de 327 % des menaces violentes et des appels à la destitution de juges Américains sur les réseaux sociaux en un an. Sur Truth Social, les messages menaçants envers des juges sont passés de 2 232 en mai 2024 à 9 462 en mars 2025.
Dans la vraie vie, les juges subissent des intimidations concrètes : bombas, appels anonymes envahissant les domiciles, jusqu’à des tentatives de « swatting » visant à envoyer des unités d’intervention d’urgence à leur domicile pour les terroriser.
L’un d’eux, le juge fédéral Richard Boulware, a témoigné avoir été victime de cyberharcèlement et avoir reçu à son domicile une livraison de pizza non sollicitée, technique utilisée pour signifier que l’expéditeur connaît son adresse. Sans nommer directement la Maison Blanche, tous les juges de l’audience ont reconnu que la rhétorique de l’administration avait contribué à cette escalade.
Le Sénateur Dick Durbin a résumé l’absurdité de la situation : « Le Président a exigé la destitution d’un juge fédéral, simplement parce qu’il a statué contre l’administration. » Il a dénoncé le fait que des loyalistes de Trump au Congrès avaient déposé des résolutions de destitution contre au moins huit juges d’instance fédérale pour un crime d’une nature particulière : avoir été en désaccord avec le président.
L’extorsion comme modèle de gouvernance
Le parallèle avec la méthode mafieuse devient saisissant : « Ils imposent les droits de douane, utilisent la violence et l’intimidation comme des mafieux. « Je veux ta terre, je veux ta maison. Et si tu ne me la donnes pas, je te tue. » »
Ce n’est plus de la realpolitik , c’est du racket à l’échelle planétaire.
L’impensable dépassement
Le magistrat va plus loin : ces nouveaux « mafieux du pouvoir » sont plus féroces que les criminels qu’il a combattus. Il nomme Gaza : « Un génocide en mondovision que même les mafieux les plus féroces n’auraient pas fait. »
Le masque jeté
L’évolution décisive, pour Scarpinato, est l’abandon de l’hypocrisie. « Il n’y a plus de justification. Le pouvoir est le pouvoir. « Je fais ce que je veux. » » Ce qui se tramait autrefois dans l’ombre, compromissions, chantages, éliminations silencieuses, s’exhibe désormais au grand jour.
Lorsque la plus haute instance judiciaire des États-Unis doit publiquement rappeler à l’ordre le Président pour avoir insulté un magistrat, et lorsque les juges doivent porter plainte pour cyberharcèlement et livraisons de pizzas suspectes à leur domicile, le diagnostic de Scarpinato devient irréfutable : il n’y a plus d’État, il n’y a plus de droit.
Conclusion : le grand défi
« Avant, cela se faisait dans l’ombre, en secret. Maintenant, cela se fait au grand jour. Le pouvoir est devenu mafieux, voilà le grand défi. »
Le combat de Scarpinato n’est donc plus seulement contre la criminalité organisée, c’est contre l’organisation criminelle du pouvoir politique mondial. Car aujourd’hui, les mafieux ne se cachent plus dans les recoins des villages siciliens. Ils gouvernent depuis les plus hautes sphères.
Par : Abdelkader REGUIG – Oran
Contact: orarexe@gmail.com
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