
Par : Abdelkader REGUIG
À un an de l’élection Présidentielle, deux candidats se détachent par des approches radicalement différentes. D’un côté, Dominique de Villepin, ancien Premier Ministre, esquisse un projet fondé sur la justice intergénérationnelle et le rassemblement. De l’autre, Bruno Retailleau, Sénateur LR, fait de la question Algérienne le cœur battant de sa campagne, au risque de laisser dans l’ombre les autres défis du Pays. Tour d’horizon de deux programmes qui ne parlent pas le même langage.
1. Dominique de Villepin : l’appel à une « Bataille commune »
Dans une vidéo de campagne largement commentée, Dominique de Villepin s’adresse directement à la jeunesse Française, sans distinction d’origine. Son message est clair : il reconnaît le fardeau qui pèse sur les épaules des moins de 40 ans.
« Je mesure parfaitement le poids qui pèse aujourd’hui sur vos épaules. Un poids vertigineux : celui d’une génération qui finance les retraites des précédentes, celui d’une dette écologique léguée par nos aînés, celui d’une dette financière colossale. »
Pour le candidat, la réponse ne peut être le repli sur soi. Il prône un effort partagé où les baby-boomers, « les aînés », devraient montrer l’exemple en acceptant de payer leur part. Son mot d’ordre : conjuguer les forces et les générations pour « livrer bataille ensemble » au redressement de la France. Une vision qui mise sur la cohésion sociale et la responsabilité collective, loin des clivages ethniques ou nationaux.
2. Bruno Retailleau : l’obsession algérienne comme fil rouge
À l’opposé, Bruno Retailleau concentre l’essentiel de ses propositions sur un seul sujet : les relations avec l’Algérie. Dans ses interventions, il martèle un principe de réciprocité stricte en matière de visas et d’expulsions.
– Il pointe du doigt les 900 000 visas délivrés aux Algériens, un chiffre qu’il juge excessif et qu’il compare défavorablement à l’Allemagne.
-Il menace d’appliquer la réciprocité : « Vous ne me donnez pas les laissez-passer consulaires pour vos ressortissants en situation irrégulière (OQTF) ? Je ne vous donne pas les visas que vous demandez. »
– Il dénonce le non-respect par l’Algérie de l’accord de 1994, et assume une position ferme, quitte à être qualifié d’ « ours » par ses détracteurs.
Son discours est clair : il défend « les Français qui ne veulent plus d’immigration ». Mais ses adversaires lui reprochent de faire de ce combat une obsession pathologique, voire une diversion. Pour eux, en l’absence de propositions concrètes sur le pouvoir d’achat, la dette ou l’emploi, cette focalisation sur l’Algérie masque un programme présidentiel pauvre et un manque de vision économique.
3. Analyse : deux France, deux priorités
Le contraste est saisissant. Là où de Villepin appelle à un projet de société global, mêlant solidarité et redressement, Retailleau cristallise sa campagne sur un face-à-face diplomatique avec un seul pays. Les critiques estiment que cette stratégie vise à occuper le terrain médiatique pour éviter de débattre sur les sujets qui fâchent : la dette (3 000 milliards d’euros), la réindustrialisation ou le pouvoir d’achat.
« Au lieu de s’attaquer aux problèmes des Français, il fait de la diversion avec le mot « Algérie » », résume un observateur, qui ajoute : « Pauvre LR, réduit à présenter un candidat si médiocre que ça – jamais il ne gagnerait –, l’Algérie ne voudra pas travailler avec un homme de son envergure. »
Cette phrase, bien que polémique, traduit un sentiment partagé par une partie de la classe politique Française : la diplomatie ne se résume pas à un rapport de force unilatéral, et la France a besoin de ses partenaires méditerranéens.
L’élection de 2027 promet un duel de conceptions. D’un côté, une France qui se regarde dans le miroir de ses dettes et de ses inégalités générationnelles, et qui cherche une issue dans le collectif. De l’autre, une France qui se tourne vers l’étranger pour y trouver un bouc émissaire, quitte à oublier l’essentiel : comment remplir les frigos et redonner de l’espoir à tous les Français, jeunes et moins jeunes.
Reste à savoir quel discours saura convaincre un électorat en quête de sens et de solutions concrètes. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.
Contact: orarexe@gmail.com
Par : Abdelkader REGUIG
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