
Par : Mohammed CHOUAKI
Ils sont plus de 11 Millions en France à accompagner au quotidien un proche en situation de handicap, de perte d’autonomie ou de maladie chronique, souvent sans reconnaissance réelle ni soutien suffisant. Avec la création du premier Syndicat National des Aidants, Sonia Jabri veut faire sortir ces « invisibles » de l’ombre et porter leur voix jusqu’aux plus hautes instances de l’État.
Le message est clair : les Aidants ne veulent plus être considérés comme un simple maillon discret du système social, mais comme des acteurs essentiels dont le rôle doit être reconnu, protégé et défendu. Selon l’entretien publié par ASH, le nouveau Syndicat a déjà formulé une vingtaine de revendications et vient d’obtenir sa reconnaissance légale.
Une réalité méconnue
Le terme d’aidant reste encore mal identifié par une partie du public, alors même qu’il désigne une réalité massive. D’après la campagne relayée par le Collectif Je t’Aide, plus de 11 Millions de personnes en France apportent régulièrement une aide à un proche, et une part importante d’entre elles ne se reconnaît pas elle-même dans cette définition.
Cette invisibilité a des conséquences concrètes : épuisement, isolement, difficultés à concilier emploi et engagement familial, ou encore renoncement à certaines démarches d’aide. Le combat porté par Sonia Jabri s’inscrit précisément dans cette zone grise, entre engagement intime et manque de reconnaissance institutionnelle.
Le parcours de Sonia Jabri
Sonia Jabri n’en est pas à son premier combat associatif. Elle a déjà fondé deux associations dans le champ du handicap, dont Lina, ma poupée Angelman et My Handi’Cap, et a lancé en 2017 le projet My Extra’ Ox, un kit d’informations destiné aux parents d’enfants handicapés.
Son passage à la forme syndicale traduit une évolution stratégique : selon l’entretien, elle considère que le monde associatif ne suffit plus à faire bouger les lignes au niveau politique et institutionnel. Le syndicat doit donc devenir un outil de pression, de représentation et de négociation pour faire entendre les aidants comme une catégorie sociale à part entière.
Les revendications du syndicat
Le Syndicat National des Aidants se veut une structure de défense des droits, avec une plateforme revendicative déjà dense. L’objectif affiché est d’interpeller les pouvoirs publics sur plusieurs fronts : reconnaissance du statut d’aidant, droits sociaux, accès aux aides, protection de l’emploi et prise en compte de la charge mentale et financière.
Cette démarche intervient dans un contexte où les aidants subissent souvent une pression durable, sans compensation suffisante ni véritable relais institutionnel. Le Syndicat entend donc peser dans le débat public pour que l’aidance soit mieux intégrée aux politiques de santé, de handicap et de solidarité.
Pourquoi c’est important
La création de ce syndicat marque une étape symbolique forte, car elle introduit une forme de représentation collective pour un public jusqu’ici dispersé. Elle pourrait aussi renforcer la visibilité médiatique et politique des aidants, au moment où les besoins liés au vieillissement, au handicap et aux maladies chroniques ne cessent de croître.
En donnant un cadre commun à des millions de situations individuelles, Sonia Jabri tente de transformer une réalité souvent vécue dans le silence en cause sociale structurée. C’est peut-être là l’enjeu principal : passer d’une compassion ponctuelle à une reconnaissance durable.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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