Viviane Candas, une vie de cinéma entre la France et l’Algérie, au service de la mémoire et du vivre-ensemble

Par : Abdelkader Reguig

Sur invitation de La Patrienews, la réalisatrice Viviane Candas est reçue à Alger. Née à Paris, c’est pourtant l’Algérie qui a profondément marqué son enfance et sa vision du Monde, imprégnée par l’engagement anticolonialiste de ses parents, avocats pour le FLN.

Après un parcours scolaire entre le lycée Descartes d’Alger et le lycée Thiers à Marseille, elle étudie les arts plastiques à Aix-en-Provence avant de s’installer à Paris en 1978. Elle y prépare une maîtrise de cinéma tout en suivant les cours d’art dramatique de Daniel Mesguich et Blanche Salant.

C’est le début d’une carrière riche et éclectique. Elle réalise d’abord des portraits, des documentaires et des films expérimentaux, avant que sa rencontre avec le producteur Paulo Branco ne lui ouvre les portes du long-métrage de fiction.

Romancière et femme de théâtre, c’est pourtant bien le cinéma qui reste son mode d’expression privilégié, une pratique qu’elle prépare minutieusement en dessinant elle-même ses storyboards.

Son œuvre est marquée par un intérêt pour les artistes et l’histoire. On lui doit des scénarios sur la vie de peintres (Valadon et Utrillo) ainsi qu’un moyen-métrage consacré à la naissance du Cubisme, L’Estaque ou Cézanne, la voie de la modernité.

En 2022, elle sort MarseilleS, un essai percutant sur le racisme, l’immigration et l’extrême droite, replacés dans une perspective historique. Pour ce film, elle retrouve sa collaboratrice de toujours, la cheffe monteuse Claudine Dumoulin, avec laquelle elle a travaillé près d’un an sur des images qu’elle avait initialement tournées en 1986.

Un hommage à son père, figure des indépendances Africaines.

Aujourd’hui, Viviane Candas renoue avec ses racines Algériennes pour un projet intime et historique. Le 16 mai prochain, à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de son père, Yves Mathieu, en 1966, elle lui rendra hommage au centre Artissimo d’Alger. Elle m’a confié, en tant que son ami, que son souhait le plus cher serait d’obtenir la nationalité Algérienne à cette date, qui coïncide symboliquement avec la journée internationale du vivre ensemble.

Avocat historique du FLN, Yves Mathieu fut bien plus que cela. Ancien combattant de l’armée d’Afrique contre le nazisme, il a débuté sa carrière comme journaliste anticolonialiste à Abidjan, où il était membre du Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Son engagement lui a valu un long séjour en prison. Des lettres écrites durant cette captivité font aujourd’hui l’objet d’études en France pour une prochaine publication.

« Lire ces lettres aujourd’hui suscite l’émotion tant elles entrent en résonance avec la période actuelle et en particulier avec la Palestine colonisée », confie la réalisatrice. « Tout ce qu’il entame en Côte d’Ivoire à travers son procès, l’analyse de l’économie coloniale, il l’aboutira plus tard avec l’Algérie. »

Publication prochaines de ses lettres

C’est ce lien méconnu entre la Côte d’Ivoire et l’Algérie que souligne cet hommage. Son Excellence Alphonse Voho Sahi, Ambassadeur de Côte d’Ivoire à Alger, s’associera à cet événement et préfacera une brochure éditée par la Fondation Félix Houphouët-Boigny, permettant ainsi de redécouvrir le rôle d’Yves Mathieu dans l’indépendance Ivoirienne.

Car si ce combat pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire doit être mis en lumière, son action pour la Révolution Algérienne, elle, n’a jamais été oubliée.

Devenu conseiller du Président Ben Bella à l’indépendance de l’Algérie, il fut le rédacteur des décrets de mars 1963 sur les biens vacants et l’autogestion. Figure Panafricaniste, il a également participé à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine (UA), une organisation où l’Algérie joua alors un rôle moteur pour les indépendances.

On peut voir le film Algérie du Possible sur Facebook à la page dédiée https://www.facebook.com/algeriedupossible/videos/605587516601751/

Un nouveau film tourné en Algérie

Parallèlement à ce travail de mémoire, Viviane Candas poursuit sa carrière de cinéaste. Elle vient de tourner en Algérie L’esclave devenue Roi, une adaptation libre d’un conte des Mille et Une Nuits. L’histoire met en scène une femme noire qui, après avoir triomphé de deux tentatives d’enlèvement et de séquestration, accède au rang de Roi.

Le film, tourné et produit en Algérie en langue Arabe, est actuellement en phase de montage à Paris, un travail que la réalisatrice décrit comme « très difficile » en raison du contexte de production.

Viviane Candas laisse par ailleurs une filmographie marquée par l’engagement, avec des œuvres comme Le Voile brûlé, qui évoquait la décennie noire des années 1990 en Algérie, et plus récemment MarseilleS (2022) sur les thèmes du racisme et de l’identité.

Ce dernier film, L’esclave devenue roi, a aussi une valeur particulière puisqu’il s’agit de la dernière apparition de la grande actrice Algérienne Biyouna, disparue fin novembre dernier. « Biyouna savait ce qu’est le vivre ensemble », confie Viviane Candas, trouvant un écho poignant avec la date choisie pour l’hommage à son père, le 16 mai, journée internationale du vivre ensemble.

Par : Abdelkader Reguig

Contact : orarexe @ gmail.com

Auteur/autrice

Views: 3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *