Viviane Candas : Une vie de cinéma, de France et d’Algérie, pour la mémoire et la justice

Par : Abdelkader Reguig

Il est des vies qui racontent l’Histoire bien mieux que les manuels. Des vies tissées de combats, de convictions et d’un profond humanisme. Celle de mon amie Viviane Candas en est un magnifique exemple. La Patrie News lui a récemment consacré un article, mettant en lumière un parcours hors du commun, une « vie de cinéma entre la France et l’Algérie, au service de la mémoire et du vivre-ensemble. » Une invitation à plonger dans l’univers d’une femme dont l’engagement, loin de s’émousser avec le temps, se réinvente avec une acuité brûlante.

Née à Paris, c’est pourtant l’Algérie qui a façonné l’enfance et la conscience de Viviane Candas. Fille d’Yves Mathieu, Avocat pour le FLN et Moudjahid reconnu, elle a grandi dans une famille profondément marquée par l’engagement anticolonialiste. Cet héritage n’est pas un simple fait divers généalogique ; il est le socle sur lequel elle a construit sa vie et son regard sur le monde. Aujourd’hui, on peut dire d’elle qu’elle est une Moudjahida des temps modernes, une anti-impérialiste dont l’arme de prédilection est la caméra.

La caméra comme fusil

C’est par le cinéma que Viviane Candas a choisi de prolonger ce combat. Ses films, tournés avec passion et un inlassable souci de vérité, sont autant de témoignages précieux. Pendant la « décennie noire » qui a ensanglanté l’Algérie dans les années 1990, alors que les artistes et les intellectuels étaient pris pour cibles, elle a résisté à sa manière. Aux côtés du peuple Algérien, elle a filmé, documenté, donné la parole à ceux que l’on voulait réduire au silence. Son travail est un acte de résistance culturelle, une pierre angulaire pour la mémoire collective, un pont jeté par-dessus la peur et la violence pour rappeler ce qui nous unit : une humanité partagée, une histoire commune.

Le même combat, un nouveau front

Mais l’engagement de Viviane Candas n’est pas un regard tourné vers le passé. Il est d’une actualité déconcertante. En partageant récemment sur sa page Facebook le puissant reportage de Chris Hedges, illustré par Mr Fish, elle nous montre que le combat continue, simplement sous un nouveau ciel.

« Frères de sang », ce texte est un cri d’alarme. Il dénonce, avec la même vigueur que celle qui animait ses parents face au colonialisme, l’engrenage guerrier actuel au Moyen-Orient.

« Une fois de plus, l’Amérique entre en guerre pour Israël. Une fois de plus, nombreux seront ceux qui mourront pour l’État sioniste, y compris des soldats Américains. Une fois de plus, nous nous engagerons tête baissée dans un fiasco militaire. Une fois de plus, nous nous soumettrons aux exigences d’une puissance étrangère dont les intérêts ne sont pas les nôtres, mais dont les lobbyistes ont corrompu notre classe politique, y compris Donald Trump. Une fois de plus, nous violerons la Charte des Nations Unies en attaquant un pays qui ne représente aucune menace imminente.

Ce n’est pas notre guerre. Elle s’inscrit dans le cadre du projet dément d’Israël d’un Grand Israël, visant à dominer le Moyen-Orient. Mais pour y parvenir, Israël a besoin de notre armée, de l’argent de nos contribuables et de nos armes. Et nous leur avons remis les clés de notre formidable arsenal. »

En relayant ce message, Viviane Candas y appose sa signature morale. Elle voit dans l’agression contre l’Iran le même visage de l’impérialisme qu’elle a combattu toute sa vie. Elle lit dans les manipulations politiques, l’influence des lobbies, les mensonges d’État et la déshumanisation de l’ennemi les ressorts tragiques d’une Histoire qui bégaie. Le texte qu’elle partage n’est pas un simple article de plus ; c’est une pièce à verser au dossier de la conscience universelle. Il démonte, preuves à l’appui (les voyages du Congrès Américain financés par l’AIEF, les 38 milliards d’aide militaire, les 85 petites filles tuées dans une école de Minab), le mécanisme d’une guerre dont les peuples, encore une fois, feront les frais.

Le vivre-ensemble, un combat sans frontières

Ce qui lie ces deux combats celui pour l’indépendance Algérienne, celui contre la guerre aujourd’hui c’est la quête inlassable du « vivre-ensemble ». Un vivre-ensemble qui ne peut se fonder sur la domination d’un peuple par un autre, sur l’exploitation ou sur le mensonge.

Viviane Candas est de celles qui refusent d’oublier. Fille de Moudjahid, elle porte en elle la mémoire des luttes. Femme de cinéma, elle utilise l’image pour éclairer le présent. Aujourd’hui, sa voix s’élève contre ce qu’elle perçoit comme une nouvelle injustice, une nouvelle guerre absurde et destructrice. Elle nous tend le miroir de notre propre Histoire pour nous empêcher de fermer les yeux.

En ces temps troublés, où les propagandes de guerre assourdissent les voix de la raison, l’itinéraire de Viviane Candas est un phare. Il nous rappelle qu’être fidèle à ses idéaux, c’est être capable de les réactualiser sans cesse, là où la dignité humaine est menacée. C’est une invitation à ne jamais séparer le combat pour la mémoire du combat pour la justice, ici et maintenant. Son œuvre et son engagement actuels forment un tout indivisible : une vie consacrée à raconter, pour ne pas répéter, et à résister, pour que demain soit possible.

Par : Abdelkader Reguig – Oran

Contact: orarexe@gmail.com

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