Ségolène Royal et le courage du dialogue : quand la fraternité dépasse les pamphlets

Contribution

Par : Le Sénateur Abdelkader Reguig

Ségolène Royal et le courage du dialogue : quand la fraternité dépasse les pamphlets

L’article publié récemment sur Marianne sous le titre railleur « Ségolène Royal, la tata gênante de la politique Française » relève moins du journalisme que d’un règlement de comptes stérile. Loin d’être une analyse, ce pamphlet manque l’essentiel : le sens de l’action publique et l’urgence de renouer les fils du dialogue entre les peuples.

Oui, Ségolène Royal dérange. Elle dérange ceux pour qui la politique étrangère se résume à la froide realpolitik ou aux invectives stériles.

Son déplacement en Algérie, mené au nom de la société civile et de son rôle à la tête de l’Association France-Algérie, est tout sauf une villégiature. C’est une mission d’humanité, visant à éclairer le sort d’un journaliste détenu, et une démarche de diplomatie parallèle là où les canaux officiels peinent parfois à avancer. Que le Quai d’Orsay précise ne pas l’y avoir envoyée est normal ; sa force est justement d’agir avec une liberté que la diplomatie d’État ne permet pas.

Son action incarne précisément le triptyque républicain qu’on semble vouloir réduire à un slogan désincarné :

–  Liberté : celle d’entreprendre, de se mouvoir et d’initier des ponts lorsque les relations sont tendues.

– Égalité : la conviction que le dialogue se mène d’égal à égal, dans le respect mutuel, condition sine qua non de toute relation apaisée.

– Fraternité : le lien viscéral qui doit unir les peuples, surtout lorsqu’une histoire commune a laissé des millions d’âmes déchirées entre la France et l’Algérie.

Qualifier cette approche de « trahison » ou de complaisance envers Alger est un contre-sens dangereux. Cela revient à confondre le dialogue avec la soumission, et la recherche de solutions avec la capitulation.

S’exprimer avec respect envers le Président Abdelmadjid TEBBOUNE ne signifie aucunement abdiquer face à sa politique, d’autant que de grandes puissances Européennes, telles que l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, reconnaissent la clarté de sa ligne diplomatique.

Ce respect constitue la condition minimale pour être écouté et pouvoir, en retour, transmettre des demandes exigeantes.

L’accusation d’Algérophobie que porte Ségolène Royal n’est pas un concept inventé pour faire diversion. Elle pointe une réalité toxique : la tentation en France d’instrumentaliser les relations avec l’Algérie pour servir une radicalisation xénophobe et une surenchère identitaire, dont le Rassemblement National est le premier bénéficiaire. Refuser cette pente, ce n’est pas être naïve ; c’est être lucide sur les dangers qui guettent notre cohésion nationale.

Alors que certains, tapis dans leurs certitudes, préfèrent « faire du bruit pour exister encore », Ségolène Royal, elle, agit. Elle prend le risque de la confrontation avec les complexités du monde, de la critique facile, et des railleries de ceux qui préfèrent la polémique à la construction.

Plutôt que de moquer cette « tata » qui ose encore croire au pouvoir de la parole et de la rencontre, célébrons la femme politique qui, avec les moyens qui sont les siens, tente de faire fondre la glace. Dans un temps où les fractures se creusent, son « petit moteur » n’est pas un gadget. C’est un rappel nécessaire : la fraternité n’est pas un mot du passé, mais un impératif d’avenir. Et cet avenir se construit aussi, surtout, avec des courageux dérangeants.

« Le courage est une chose qui s’organise, qui vit et qui meurt, qu’il faut entretenir comme les fusils. »

André Malraux

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