
Par : Mohammed CHOUAKI
Il circule depuis février 2026 l’idée d’un « complot Maroco‑Emirati » visant à accaparer Languira/La Gouera via un mégaprojet touristique, mais il s’agit surtout d’une lecture politique d’un partenariat d’investissement massif, pas d’un plan officiellement assumé d’annexion au détriment de la Mauritanie ou du processus Onusien sur le Sahara Occidental.
Ce qui est réellement annoncé
• Des médias Marocains et pro‑Maroc évoquent un projet pour faire de Languira un « Dubaï de l’Afrique », avec marina, hôtels de luxe, centres commerciaux et village touristique géant, porté par des capitaux Emiratis (Emaar, et plus largement l’alliance Rabat–Abou Dhabi).
• La zone est présentée dans ces sources comme partie intégrante des « provinces du Sud » Marocaines, dans la dynamique d’infrastructures Dakhla Atlantique, énergies renouvelables et tourisme Saharien.
Pourquoi certains parlent de « complot »
• Des comptes militants et pages sur les réseaux sociaux dénoncent un « complot diabolique Maroco‑Emirati pour s’emparer de la zone de La Gouira », y voyant une menace existentielle pour la Mauritanie et une annexion de fait d’un espace au statut sensible.
• Cette lecture s’inscrit dans un discours plus large sur un projet de « grand Maroc » expansionniste, déjà évoqué par certains analystes Algériens ou pro‑Polisario pour dénoncer la normalisation Israël–Maroc et les alliances du Makhzen avec les Monarchies du Golfe.
Enjeux juridiques et géopolitiques
• La question du Sahara Occidental reste considérée par l’ONU comme un dossier de décolonisation, avec un territoire dont le statut définitif n’est pas tranché, même si Rabat promeut son plan d’autonomie et obtient des soutiens, notamment des Émirats qui ont ouvert un Consulat à Laâyoune et prévoient une représentation à Dakhla.
• La zone de La Gouera est par ailleurs historiquement sensible pour la Mauritanie (proximité immédiate de Nouadhibou, ancienne présence militaire Mauritanienne), ce qui alimente les inquiétudes à Nouakchott et dans les opinions régionales face à tout projet lourd qui consacrerait de facto le contrôle Marocain.
Lecture politique du projet
• Pour Rabat et Abou Dhabi, ce type de projet touristique s’inscrit dans une stratégie de consolidation de la souveraineté Marocaine sur le Sahara via développement économique, investissements du Golfe et diplomatie des consulats.
• Pour les adversaires du Maroc (Algérie, Polisario, certains cercles Mauritaniens), la combinaison investissements Emiratis + reconnaissance politique du Sahara « Marocain » apparaît comme un montage géo‑économique visant à entériner sur le terrain une frontière contestée, d’où la rhétorique de « complot Maroco‑Emirati » autour de Languira.
Les réactions explicites et détaillées du Front Polisario spécifiquement au projet touristique Maroco‑Emirati de La Guera/Languira restent, à ce stade, très peu documentées publiquement et difficiles à isoler des prises de position plus générales sur le Sahara Occidental.
Position de principe du Polisario
Le Front Polisario réaffirme de façon constante qu’il rejette toute solution « imposée » ou qui prédétermine le statut du territoire sans référendum d’autodétermination, en dénonçant comme contraires au droit international les démarches qui entérinent la souveraineté Marocaine sur le Sahara Occidental. Dans ses lettres au Conseil de Sécurité et au Secrétaire Général de l’ONU, il insiste sur le caractère « occupation militaire illégale » qu’il attribue à la présence Marocaine et prévient qu’il n’acceptera pas de processus politique qui validerait cet état de fait.
Lecture implicite des projets comme La Guera
Dans ce cadre, tout projet d’investissement lourd (tourisme, infrastructures, zones franches) dans les zones que Rabat présente comme « provinces du Sud » est, dans le discours du Polisario, assimilé à une tentative de normalisation et de consolidation de l’annexion. Même lorsqu’il ne cite pas nommément La Guera, le mouvement considère en général que ces projets violent le statut international du territoire et sapent la neutralité exigée par le processus de paix Onusien.
Attentes exprimées vis‑à‑vis de l’ONU et des États tiers
Le Polisario demande régulièrement au Conseil de Sécurité de s’opposer aux démarches (résolutions, accords économiques, investissements) qui consacrent de facto le plan d’autonomie Marocain comme unique base de solution, et appelle à ce que les États et entreprises évitent de traiter ces zones comme faisant légitimement partie du Maroc. Il lie cette exigence à la défense du droit à l’autodétermination et au respect du cessez‑le‑feu, estimant que la « normalisation économique » sans solution politique renforce les tensions sur le terrain.
En résumé, on peut dire que, même sans communiqué ciblé très visible sur La Guera, la ligne du Polisario conduit logiquement à considérer ce projet Maroco‑Emirati comme illégitime, contraire au statut du territoire et relevant d’une tentative de consolidation de l’occupation.

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