
Une victoire de la dignité pour notre diaspora et tous les immigrés
L’Assemblée nationale adopte une réforme historique portée par la députée Fatiha Keloua Hachi, une lueur d’espoir concrète pour plus de deux millions de personnes.
Par Abdelkader Reguig
C’est une nouvelle qui résonne comme un soulagement profond et une reconnaissance attendue. Dans la nuit du 11 décembre, l’Assemblée nationale française a voté un projet de loi transformant radicalement le parcours du combattant que représentait le renouvellement des titres de séjour. Pour notre diaspora algérienne et pour l’ensemble des communautés immigrées établies en France, ce vote n’est pas qu’une simple simplification administrative : c’est un pas décisif vers plus de stabilité, de sérénité et de respect.
Fin du calvaire préfectoral, place à la sérénité numérique
Le système actuel est connu de tous : des mois d’attente pour un rendez-vous, des dossiers complexes à reconstituer, une incertitude anxiogène pendant la longue instruction, et des frais élevés. Un véritable verrou invisible pesant sur les travailleurs, les étudiants, les familles, les vies.
La réforme, portée par la députée socialiste Fatiha Keloua Hachi, brise ce mécanisme d’usure. Elle instaure un principe de renouvellement tacite pour les titres pluriannuels et les cartes de résident de 10 ans. Concrètement, les personnes concernées déposeront une déclaration en ligne via le portail ANEF. Si la préfecture n’émet pas d’objection dans un délai de deux mois, le titre est automatiquement renouvelé. Les refus ne pourront être motivés que par des infractions graves ou une rupture des conditions (perte d’emploi, absence prolongée). En outre, les frais chutent de 225€ à 100€, un allègement financier non négligeable.
Une avancée humaine et économique saluée
« Cette simplification permettra de libérer des ressources pour les primo-demandeurs et de réduire les retards qui laissent les travailleurs étrangers et leurs familles dans une situation juridique incertaine », a défendu avec force Fatiha Keloua Hachi. Les employeurs, souvent confrontés aux délais incontrôlables qui perturbaient la continuité de l’activité, ont également salué ce vote, y voyant un gain de prévisibilité et une réduction des coûts de conformité.
Face à cette avancée, le ministère de l’Intérieur a exprimé son opposition, craignant un affaiblissement du « contrôle républicain » et de la capacité à expulser. Un débat classique, mais que les partisans de la loi balaient d’un argument imparable : la sécurité juridique des résidents intègres et contributeurs n’est pas l’ennemie de l’ordre public, elle en est le fondement.
La dignité, ça ne se négocie pas
Au-delà des aspects pratiques, le symbole est immense. Cette réforme est un message fort adressé à des millions de personnes qui ont choisi de construire leur avenir en France. Elle dit : votre présence n’est pas une question à re-soumettre perpétuellement à l’examen. Votre droit à une vie stable, hors de l’arbitraire des délais et de l’angoisse de l’expiration, est reconnu.
C’est ici que la résonance pour notre communauté algérienne est particulière. Nous qui connaissons si bien le poids des attentes et des procédures, nous savons ce que cette réforme représente : la dignité retrouvée. La dignité de ne plus devoir justifier son existence à intervalle régulier dans des files d’attente interminables. La dignité de pouvoir planifier, investir, respirer.
Le chemin à venir : vigilance et détermination
Le combat n’est pas totalement achevé. Le texte part maintenant au Sénat, où la majorité de droite a déjà annoncé son intention de le remanier, voire de rétablir les contrôles en présentiel. La bataille parlementaire se poursuivra donc, probablement jusqu’à une commission mixte paritaire début 2026.
Alors oui, pour finir, le texte doit encore franchir cette dernière marche. Mais l’espoir est là. Et il est bien placé. Parce que le cap a été donné, le principe a été acté. Parce que cette avancée est le fruit d’une détermination collective, portée par des élus de conviction et une société civile mobilisée.
C’est du plus profond du cœur que nous pouvons saluer cette étape historique. Parce que la dignité, cela ne se négocie pas. Elle se conquiert, par la force des idées et la ténacité. Le renouvellement automatique des titres de séjour en est une belle et concrète illustration. Restons vigilants pour qu’il devienne une réalité pour tous, mais sachons déjà reconnaître, avec une légitime fierté, le chemin parcouru.
Article rédigé par Abdelkader Reguig
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