
Chronique
Par Abdelkader Reguig
Régularisation des sans-papiers en Espagne
La leçon d’humanité de Pedro Sánchez à une Europe qui se durcit
Alors que certains pays européens semblent obsédés par les chiffres et les expulsions, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, vient de donner une véritable leçon de courage politique et d’humanité. Dans une tribune publiée par le New York Times, intitulée « Je suis le premier ministre d’Espagne. Pour ces raisons, l’Occident a besoin d’immigrants », Sánchez a pris la peine d’expliquer au monde pourquoi il a choisi de régulariser plus d’un demi-million de sans-papiers.
Une décision courageuse qui contraste radicalement avec la petite musique entendue en France, où l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, semble n’avoir de cesse de chercher des poux aux Algériens en agitant la menace des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) comme un chiffon rouge.
« Imaginez que vous êtes le chef d’une nation… »
Pedro Sánchez n’a pas signé un décret technocratique dans l’indifférence générale. Il a choisi la pédagogie et la morale. Il invite ses lecteurs à un exercice d’empathie simple : « Imaginez que vous êtes le chef d’une nation et que vous êtes confronté à un dilemme. Environ un demi-million de personnes qui sont cruciales pour la vie quotidienne de chacun vivent dans leur pays. Ils s’occupent de parents âgés, travaillent dans de petites et grandes entreprises, récoltent la nourriture sur la table ».
Face à ces hommes et ces femmes qui font vivre le pays mais qui n’ont pas de papiers, deux voies s’offrent selon lui : celle de la persécution et de la cruauté, ou celle de l’intégration. L’Espagne a choisi la seconde. Grâce à un nouveau décret, ces personnes vont pouvoir obtenir des permis de séjour temporaires, renouvelables après un an.
Deux raisons : la morale et le pragmatisme
Pour justifier ce choix, Sánchez avance deux arguments imparables.
La première raison est morale :
« L’Espagne était autrefois une nation d’émigrants ». En accueillant aujourd’hui, l’Espagne ne fait que rendre ce qu’elle a reçu par le passé.
La seconde raison est pragmatique :
« L’Occident a besoin de gens ». Face au déclin démographique qui menace les économies et les systèmes de retraite, l’intégration des migrants n’est pas une option, mais une nécessité.
Le contraste avec l’approche « MAGA » et la méthode Retailleau
Dans sa tribune, Pedro Sánchez attaque frontalement ce qu’il appelle les « leaders de style MAGA », ces dirigeants qui surfent sur la peur et le rejet. Sans le nommer, on ne peut s’empêcher de penser à l’attitude de Bruno Retailleau à l’égard de la communauté algérienne en France.
Pendant que l’Espagne tend la main à ceux qui travaillent et participent à la vie du pays, la classe politique française semble trop souvent enfermée dans une surenchère sécuritaire. L’obsession des OQTF, brandies comme des menaces plus que comme des solutions, reflète une vision à courte vue. Chercher des poux aux Algériens, c’est ignorer que la migration, bien gérée, est une chance.
Là où Retailleau voit des dossiers et des procédures, Sánchez voit des personnes : « Le week-end, ils se promènent dans les parcs, vont au restaurant et jouent dans l’équipe de football amateur locale ».
Une Espagne en plein essor, ouverte et confiante
Pedro Sánchez conclut avec force en rappelant que l’Espagne n’est pas un pays en déclin qui s’accroche. « L’Espagne est en plein essor», rappelle-t-il, avec une croissance record et un chômage en baisse. Cette prospérité, dit-il, est aussi le fruit d’un « programme inclusif qui considère les immigrants comme des partenaires nécessaires ».
Cette vision contraste avec le repli et la défiance. En régularisant 500 000 personnes, Pedro Sánchez ne fait pas un pari risqué, il mise sur l’humain. Espérons que cette leçon venue d’Espagne résonne jusqu’aux oreilles de ceux qui, en France, préfèrent encore l’affrontement stérile à l’intelligence de l’intégration.
Contact : orarexe @gmail.com
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