Par Abdelkader Reguig*
« L’appel du Président Abdelmadjid TEBBOUNE pour une réforme agricole profonde doit être le déclic d’une véritable transformation. »
Comment la décision Présidentielle de rapatrier nos jeunes peut catalyser une révolution agricole au service de la souveraineté nationale et de la sécurité alimentaire, en créant une nouvelle génération d’entrepreneurs agricoles.
Introduction : Une décision historique, une opportunité économique à saisir.
La récente décision du Président de la République, Abdelmadjid TEBBOUNE, de faciliter le retour et l’insertion des Algériens en situation irrégulière à l’étranger, a été unanimement saluée comme un acte de souveraineté et de responsabilité. Elle souligne que « le pays n’a ménagé aucun effort pour protéger ses enfants » et constitue une approche rationnelle conciliant rigueur juridique et dimension humaine. Toutefois, cette initiative visionnaire ne doit pas se limiter à une opération administrative ou sociale. Elle doit devenir le socle d’un projet économique national structurant et ambitieux, capable d’absorber cette main-d’œuvre et de répondre aux défis stratégiques du pays, en premier lieu celui de l’agriculture et de l’autosuffisance alimentaire.
De la protection à la prospérité : Intégrer les rapatriés dans un nouveau modèle agricole
Le Mouvement Dynamique des Algériens en France (MOUDAF) a perçu dans cette décision un « retour encadré, plutôt que l’abandon ». Cet encadrement doit désormais prendre la forme d’une intégration économique porteuse de sens et d’avenir. La proposition que nous portons et avons publiée dans lapatrienews offre justement un cadre concret : un package d’installation comprenant l’allocation de chômage augmentée de 10 000 DA, l’attribution d’une terre (jusqu’à 30 hectares) dans les Hauts-Plateaux et le Sud, et un accompagnement technique et financier sur le long terme. Il ne s’agit pas d’un simple retour au pays, mais d’une reconquête économique et productive de notre territoire national, transformant une préoccupation sociale en levier de développement.
Synergie parfaite : La vision agricole au service du rapatriement et de l’emploi
Notre plan stratégique pour une agriculture durable, articulé autour de quatre piliers, offre le cadre idéal pour accueillir, former et épanouir cette jeunesse :
- Une gouvernance rénovée et inclusive : En intégrant systématiquement les nouveaux agriculteurs issus du rapatriement dans des coopératives de production modernes et en les associant aux décisions avec les fellahs expérimentés et les ingénieurs agronomes, nous brisons l’exclusion des compétences et créons un écosystème vertueux d’entraide, de partage des savoirs et d’innovation.
2. Souveraineté alimentaire par la mise en valeur des terres : La relance des terres abandonnées (Safsaf) et la conquête de nouveaux périmètres agricoles dans le Sud et les Hauts-Plateaux seront directement portées par cette nouvelle main-d’œuvre motivée et encadrée. Chaque jeune installé devient ainsi un acteur direct de notre indépendance alimentaire, contribuant à réduire la facture des importations.
3. Emploi et développement rural intégré : C’est le cœur de la synergie. La création de centaines de milliers d’emplois verts et stables via des coopératives spécialisées (phoeniciculture, arboriculture saharienne, maraîchage de contre-saison, valorisation du lait camelin, plantes aromatiques et médicinales) peut largement absorber les flux de rapatriés. L’exploitation rationnelle des ressources, comme l’albienne au Sud, devient un projet de société mobilisateur.
4. L’écologie au cœur du projet productif : Ces nouveaux agriculteurs seront formés aux pratiques agro-écologiques, à l’irrigation intelligente (goutte-à-goutte, sub-surface) et participeront activement aux grands plans nationaux de reboisement et de lutte contre la désertification. Ils ne seront pas les héritiers d’un modèle obsolète, mais les pionniers d’une agriculture résiliente, productive et respectueuse de l’environnement.
Une mobilisation nationale au-delà des clivages
Comme le souligne à juste titre le FLN, cette période « exige une plus grande cohésion nationale ». Le projet d’intégration économique des rapatriés dans une agriculture rénovée est précisément un tel vecteur de cohésion et de consensus. Il unit :
-La dimension sociale et humaine de la décision présidentielle, saluée par la société civile.
-La dimension économique et sécuritaire, en créant de la richesse locale, en fixant les populations dans les zones rurales et en renforçant la résilience alimentaire du pays.
-La dimension souverainiste, en affirmant notre capacité à résoudre nos défis par nous-mêmes, à valoriser nos ressources et notre jeunesse, sans « pression extérieure ».
Conclusion : De la Patrie qui protège à la Patrie qui prospère et qui projette
La décision du Président Tebboune a prouvé que l’Algérie est une « Patrie qui n’abandonne pas ses enfants ». Le défi est maintenant de transformer cette protection en prospérité partagée et en projet d’avenir. En offrant à nos jeunes rapatriés la possibilité de devenir les architectes et les entrepreneurs d’une révolution agricole durable, nous passons de la logique du retour subi à celle du projet de vie choisi, ambitieux et ancré dans le développement national.
Nous avons les terres, nous aurons la main-d’œuvre motivée, et nous avons un plan stratégique. Il ne manque que la mobilisation concertée et déterminée de tous les acteurs, État, institutions financières, secteur privé, universités et centres de recherche, société civile ,pour concrétiser cette vision. L’objectif est clair et mobilisateur :
-faire de chaque jeune rapatrié un entrepreneur de la terre.
un gardien de l’environnement.
-un bâtisseur de la souveraineté alimentaire algérienne. Le temps n’est plus à la réflexion, mais à l’action collective et structurante.
*Abdelkader Reguig. Ingénieur d’État & Expert International en Agronomie
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