Pour une transition raisonnée et adaptée à la réalité économique nationale

Le Président Abdelmadjid Tebboune ne cesse de mettre en avant le respect dû au peuple algérien, à travers son engagement pour un État social fidèle aux idéaux de la Révolution du 1er Novembre 1954. Cette vision se traduit par la priorité donnée au bien-être des citoyens – via l’aide sociale et la réhabilitation de la classe moyenne – et par une écoute constante de leurs préoccupations, encourageant un dialogue permanent. Le Chef de l’État a ainsi rappelé à plusieurs reprises que toute décision impactant les Algériens doit être raisonnée et prise dans le respect des citoyens.

C’est dans ce contexte que la récente annonce de la Banque d’Algérie, visant à réduire significativement l’utilisation des dépôts en espèces sur les comptes commerciaux avec une période d’adaptation d’un seul mois, interroge. Si l’objectif affiché – limiter les risques liés aux liquidités et moderniser les circuits de paiement – est louable en principe, le calendrier et le cadre imposés semblent ignorer les fondamentaux de l’économie nationale. Cette mesure, dont l’entrée en vigueur est prévue pour février 2026, risque de provoquer de graves perturbations, notamment à l’approche de périodes de forte consommation comme le mois sacré de Ramadan.

Une mesure inadaptée à la structure de notre commerce

L’économie algérienne repose encore largement sur un secteur informel substantiel et sur des pratiques commerciales ancrées, où le crédit fournisseur (communément appelé « dépôt ») joue un rôle vital. Producteurs, industriels et grossistes opèrent souvent sur la base de paiements différés, avec des délais de recouvrement s’étalant sur plusieurs semaines, voire mois. L’obligation soudaine de convertir immédiatement ces liquidités en paiements scripturaux est irréaliste. Elle menace directement la trésorerie des entreprises, paralyse les chaînes de paiement et pourrait, in fine, étrangler l’approvisionnement du marché à un moment clé.

La leçon des économies pragmatiques : fluidifier, pas bloquer

L’exemple de pays ayant réussi leur transition économique montre que la modernisation financière passe d’abord par l’inclusion et la facilitation, non par la contrainte abrupte. Prenons le cas de la Chine : son essor s’est appuyé sur un système bancaire pragmatique, dont l’objectif premier était de servir et fluidifier l’activité économique. La philosophie était simple : la banque facilite le commerce ; le contrôle relève d’institutions spécialisées. Ce pragmatisme a été un catalyseur, non un frein.

De même, des nations comme l’Italie ont su transformer progressivement des secteurs autrefois informels en leviers d’exportation, grâce à des politiques d’accompagnement et non à des injonctions brutales. L’Italie a fini 2025 en beauté. La péninsule peut s’enorgueillir d’une véritable prouesse économique historique : elle ravit officiellement au Japon la quatrième place mondiale des puissances exportatrices.

Nos propositions pour une transition réussie

Aussi, nous appelons la Banque d’Algérie à revoir sa copie et à adopter une approche plus progressive et inclusive :

1. Étendre la période transitoire à au moins six mois, en autorisant pleinement les dépôts en espèces durant cette phase. Cela laissera aux entreprises le temps de s’adapter sans mettre en péril leur activité.
2. Faciliter massivement l’ouverture de comptes bancaires pour tout Algérien disposant de fonds, en se concentrant sur l’identité du déposant et non sur des justificatifs complexes ou des enquêtes décourageantes. Le but doit être d’intégrer, non d’exclure.
3. Reporter l’application stricte de la mesure après le Ramadan 2026 pour éviter un choc sur les approvisionnements et préserver la stabilité des prix pendant cette période cruciale.
4. Engager un dialogue concret avec les représentants des producteurs, industriels et commerçants pour co-construire un calendrier et des outils réalistes. L’objectif de traçabilité et de sécurité est partagé, mais la méthode doit être concertée.

Conclusion

Moderniser notre système financier est une nécessité. Cependant, cette modernisation ne peut se faire au mépris des réalités structurelles d’une économie où le commerce informel représente une part substantielle de l’activité. La Banque d’Algérie doit être un partenaire du développement économique, pas un obstacle. Nous l’exhortons à faire preuve du même pragmatisme que les nations qu’elle semble vouloir imiter : encourager, intégrer et accompagner la transition, plutôt qu’imposer un calendrier intenable. Une procédure révisée, réaliste et concertée est la seule garantie d’une transition réussie vers une économie plus digitalisée, sans sacrifier la résilience et la vitalité de notre appareil productif et commercial.

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