L’Initiative utile de Ségolène Royal et la responsabilité incontournable de l’État Français

PAR : SALAH LAKOUES

Dans un climat de tensions persistantes entre Alger et Paris, toute tentative visant à apaiser la relation mérite d’être examinée avec sérieux, sans procès d’intention. En présentant un ensemble de propositions pour renouer le dialogue franco-algérien, Ségolène Royal, récemment élue à la tête de l’Association France-Algérie, s’inscrit dans cette volonté d’apaisement. Son approche se distingue par un ton respectueux, une reconnaissance de la centralité des questions mémorielles et une intention affichée de retisser des liens durables. Mais cette démarche, aussi positive soit-elle, met en lumière une réalité plus profonde : l’essentiel de la responsabilité demeure entre les mains de l’État Français.

UNE DÉMARCHE CONSTRUCTIVE À SALUER

Il serait injuste de minimiser l’apport de Ségolène Royal. En plaçant au cœur de son action les questions d’histoire, de mémoire et de restitutions, elle reconnaît explicitement que la relation entre l’Algérie et la France ne peut être normalisée par le seul pragmatisme diplomatique ou économique. Elle admet, implicitement, que le passé colonial continue de structurer le présent. Dans un contexte français souvent marqué par le déni, l’esquive ou l’instrumentalisation mémorielle, cette posture constitue un pas dans la bonne direction. Elle rompt avec une certaine crispation idéologique et ouvre un espace de dialogue qui, en soi, est utile.

LES LIMITES STRUCTURELLES D’UNE INITIATIVE ASSOCIATIVE

Pour autant, cette initiative ne saurait être surestimée. L’Association France-Algérie, malgré son histoire et sa légitimité morale, ne dispose d’aucun pouvoir décisionnel. Les propositions formulées n’engagent ni l’exécutif Français ni l’État dans son ensemble. Or, la relation Algéro-Française ne souffre pas d’un déficit de bonnes intentions, mais d’un déficit d’actes politiques clairs. Les commissions, rapports, recommandations et initiatives associatives se sont succédé sans jamais produire la rupture attendue. La raison est simple : aucune association ne peut se substituer à une décision souveraine de l’État.

LA MÉMOIRE NE PEUT RESTER UN SUBSTITUT

AU POLITIQUE

Là réside le cœur du problème. Tant que la France abordera la question Algérienne principalement sous l’angle mémoriel, sans traduction politique explicite, la relation restera fragile et cyclique. La reconnaissance pleine et entière de la réalité coloniale, la clarification du discours officiel sur la guerre de libération, et la fin de l’usage électoral interne de cette mémoire sont des décisions qui relèvent exclusivement du pouvoir politique. Elles ne peuvent être déléguées, même avec la meilleure volonté du monde.

LE REGARD ALGÉRIEN : RESPECT, MAIS LUCIDITÉ

Du point de vue algérien, l’initiative de Ségolène Royal peut être accueillie avec respect et considération.Elle témoigne d’une écoute et d’une compréhension que l’on ne retrouve pas toujours au sommet de l’État Français. Mais elle ne saurait répondre, à elle seule, aux attentes profondes de l’Algérie. Dans un monde multipolaire en recomposition, l’Algérie affirme une diplomatie de non-alignement, fondée sur la souveraineté et la diversification de ses partenariats. La relation avec la France n’est plus une évidence historique : elle doit désormais être refondée sur des bases claires, égalitaires et assumées. L’initiative portée par Ségolène Royal mérite d’être saluée pour son esprit d’ouverture et son intention apaisante. Elle contribue à maintenir un espace de dialogue nécessaire et à rappeler que la mémoire reste un pilier incontournable de la relation Algéro-Française. Mais le véritable test ne se situe pas au niveau associatif. Il se situe au sommet de l’État Français. Tant que celui-ci n’assumera pas une parole politique claire, courageuse et cohérente sur son passé colonial, les initiatives positives resteront des signaux utiles, mais insuffisants. La normalisation durable entre l’Algérie et la France ne viendra ni du symbolique seul ni du silence politique, mais de la convergence entre reconnaissance historique sincère et décision politique assumée.

Par : Salah LAKOUAS – Oran

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