Le Groenland : entre convoitises géostratégiques, chantage économique et héritage colonial

Le Groenland, immense territoire arctique recouvert à 80% de glace, est bien plus qu’un paysage de déserts glacés. Il incarne aujourd’hui un enjeu géopolitique d’une brûlante actualité, tiraillé entre son statut politique, des ressources convoitées, un passé colonial douloureux et une pression Américaine inédite.

Statut politique et ressources : un territoire sous les projecteurs administrativement autonome vis-à-vis du Danemark depuis 1979 (avec un approfondissement de l’autonomie en 2009), le Groenland gère ses affaires internes. Cependant, sa défense et sa politique étrangère relèvent encore de Copenhague.

Cette autonomie s’exerce sur un territoire riche de ressources naturelles stratégiques (terres rares, minerais, hydrocarbures) et dont la position géographique est cruciale.

Cet intérêt n’est pas nouveau : les États-Unis y ont établi des bases militaires dès 1941. Mais la convoitise a été spectaculairement ravivée sous la Présidence de Donald Trump, qui a publiquement évoqué l’idée d’un rachat du Groenland. Depuis son retour au pouvoir, cette idée s’est transformée en chantage économique direct.

Le 1er février, le Président Trump a menacé d’imposer des droits de douane progressifs, pouvant atteindre 25%, sur les produits de huit pays Européens (dont le Danemark, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni)

« Jusqu’à la vente totale du Groenland ». Il justifie cette escalade par la nécessité de « protéger la paix et la sécurité mondiales » face aux avancées Russe et Chinoise en Arctique, qualifiant la position Européenne de « jeu très dangereux ».

Cette menace, traitée avec stupeur et fermeté par les capitales Européennes, crée une tension inédite au sein de l’OTAN et pose une question fondamentale : un État peut-il utiliser des sanctions commerciales pour s’emparer d’un territoire appartenant à un allié souverain ?

Le cœur du débat : une question morale avant d’être géopolitique.


Alors que les réactions Européennes fustigeaient cette nouvelle forme d’impérialisme, le journaliste Jean-Michel Apathie propose un déplacement radical du débat.

Pour lui, l’indignation Européenne est hypocrite. « Le Groenland n’est pas un territoire neutre : c’est la dernière colonie Européenne », rappelle-t-il.

Il dénonce un tabou : le passé colonial brutal du Danemark, marqué par une politique d’assimilation forcée des populations inuites. Stérilisations imposées, enfants arrachés à leurs familles pour être «danisés», pose de stérilets sans consentement… « Ces faits, documentés, font partie d’une politique d’assimilation brutale », souligne Apathie.

Dans ce contexte, défendre le maintien du Groenland dans le giron danois au nom de la tradition revient, selon lui, à « soutenir le pire du colonialisme ».

L’absurdité du « rachat» et la seule question légitime
Apathie pointe ainsi l’absurdité fondamentale de la proposition de Trump, devenue menace : à qui l’argent ou la levée des sanctions serait-elle accordée ? Au Danemark ? Cela reviendrait à entériner qu’un pouvoir colonial puisse vendre un territoire et ses habitants.

Pour lui, le vrai débat n’est donc pas de choisir entre la domination Danoise et une nouvelle colonisation Américaine obtenue par la coercition économique.

La seule question légitime est : que veulent les Groenlandais eux-mêmes ? « Le choix doit être le leur, et non celui des puissances coloniales ou d’un chantage tarifaire », insiste-t-il. Le peuple Groenlandais doit pouvoir décider librement de son avenir.

Conclusion : un avenir à écrire sous pression
La controverse déclenchée par Trump a servi de révélateur brutal. Elle a exposé au grand jour les convoitises stratégiques que suscite l’Arctique et la volonté d’y recourir à des moyens coercitifs. Mais, plus profondément, elle a forcé à regarder en face un héritage colonial non soldé.

L’avenir du Groenland se jouera dans un équilibre délicat et sous pression. Entre la gestion de ses ressources, la menace d’une guerre commerciale, ses alliances géostratégiques fracturées, et la nécessité impérative de solder son histoire pour construire une souveraineté pleine et entière. Comme le résume Apathie, il est plus que temps de briser le silence et de laisser la parole décisive à ceux qui y vivent, libérée de tout chantage. Les réponses fermes des Premiers Ministres Suédois et Danois montrent que l’Europe ne cèdera pas facilement, mais la crise ouverte par Trump place le Groenland au centre d’une tempête géopolitique où son droit à l’autodétermination est plus que jamais l’enjeu fondamental.

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