Iran  : Le discours du Président Pezeshkian et la rhétorique de la résistance et de la dignité

Par : Abdelkader Reguig

Le discours du Président Pezeshkian, tenu devant des athlètes paralympiques, est un chef-d’œuvre de communication politique. En comparant la résistance de la nation aux épreuves à celle des athlètes face au handicap, il opère une puissante nationalisation et humanisation du conflit. Il ne s’agit plus seulement d’un programme nucléaire ou d’une idéologie, mais de la dignité et de la ténacité d’un peuple.

La phrase « Nous ne baisserons pas la tête devant les puissances Mondiales » est un marqueur fort. Elle ancre la position Iranienne non pas dans une logique de confrontation agressive, mais dans une logique défensive et anti-impérialiste. C’est un appel à l’unité nationale et un message adressé au « Sud Global » : l’Iran est le porte-étendard de ceux qui refusent la domination unipolaire. Cette posture rend toute négociation sous la contrainte quasiment impossible, car céder serait perçu comme un acte de soumission humiliante, et non comme un compromis diplomatique.

L’opération américano-israélienne : une escalade « hors cadre »

Je souligne que cette approche « n’entre dans aucun cadre sur le plan du droit international ». C’est le cœur du problème. En lançant des frappes directes, les États-Unis et Israël franchissent un Rubicon.

-Un acte d’agression caractérisé : Comme le note la réaction Russe, il s’agit d’une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. En l’absence d’une résolution du Conseil de Sécurité autorisant la force, cette action est illégale. Elle délégitime encore davantage les institutions internationales (ONU, Conseil de Sécurité).

-L’objectif affiché et la réalité : Il s’agit d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Officieusement, il s’agit d’un acte visant à « éliminer un État jugé gênant ». L’objectif plus large est de remodeler l’ordre régional pour garantir la sécurité et la suprématie d’Israël, en brisant l’axe de la résistance (Iran, Hezbollah, milices Irakiennes, Syrie).

– Le rôle d’Israël : L’opération Israélienne au Liban, visant la Force al-Radwan, n’est pas un incident séparé. C’est le deuxième front d’une même guerre. Il s’agit de décapiter et d’affaiblir les proxies de l’Iran pour empêcher une riposte coordonnée et massive. La mort de l’adolescent Syrien, tragique, est le symbole des dommages collatéraux de cette stratégie.

La riposte immédiate : la fermeture d’Ormuz et l’embrasement régional

Le scénario de « l’embrasement de toute la région » est en train de se matérialiser.

-L’arme pétrolière : La fermeture « de facto » du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution est l’acte de riposte le plus puissant et le plus immédiat. Selon les données de l’OPEP, 20 % de la consommation mondiale de pétrole y transitent. C’est une mesure asymétrique qui ne vise pas à vaincre militairement les États-Unis, mais à infliger une douleur économique planétaire.

-L’impact global : Un baril à 100 dollars, voire plus, n’est plus une hypothèse. C’est une certitude si la crise perdure. Cela aura des conséquences désastreuses sur une économie mondiale déjà fragilisée. Trump, qui a bâti une partie de son discours sur le pouvoir d’achat et les prix bas de l’énergie, se trouve pris à son propre piège. La pression sur l’administration américaine pour désamorcer la crise viendra de son propre camp et de ses alliés, asphyxiés par la flambée des prix.

-La riposte militaire : L’attaque Iranienne sur les bases du Golfe est le signal que la guerre est désormais régionale. Les bases Américaines, de l’Irak au Qatar en passant par les Émirats, sont en ligne de mire. Le Hezbollah, fort de son arsenal, n’attendra probablement pas pour ouvrir un front nord massif contre Israël, rendant la vie de l’État Hébreu intenable.

La réaction des grandes puissances : le fruit mûr est-il tombé ?

C’est ici que ma prédiction prend toute sa dimension.

-La Russie : La réaction de Moscou est prévisible et ferme. Au-delà des condoléances, la Russie voit dans cette crise une confirmation de son propre récit : l’Occident est une puissance agressive et imprévisible qui piétine le droit international. Pour Poutine, cette guerre est une opportunité. Elle détourne l’attention et les ressources de l’OTAN de l’Ukraine, fragilise l’Europe (dépendante énergétiquement) et renforce l’argument de la nécessité d’un monde multipolaire où la Russie serait un pôle de stabilité et de puissance.

-La Chine : Pékin est dans la position la plus délicate. Principal acheteur du pétrole Iranien, la Chine voit sa sécurité énergétique gravement menacée par la fermeture d’Ormuz. Elle a tout à perdre dans une guerre ouverte. Son intérêt est la stabilité pour ses routes commerciales (nouvelles routes de la soie). Cependant, elle ne peut accepter une action unilatérale Américaine qui viole la souveraineté d’un État et menace ses approvisionnements. Attendez-vous à des déclarations fortes appelant à la retenue au Conseil de Sécurité, et probablement à des vetos si les États-Unis tentent de légitimer a posteriori leur action. La Chine usera de son influence économique pour tenter de calmer le jeu, mais son soutien politique à l’Iran, contre l’unilatéralisme américain, est acquis.

Ma prédiction : sur la troisième guerre mondiale ?

Cher lecteur, mon analyse ne relève pas de l’alarmisme, mais d’une lecture lucide des dynamiques à l’œuvre.

Sommes-nous au bord du cataclysme ?

Le déclenchement d’une « troisième guerre mondiale » suppose une confrontation directe entre les grandes puissances. En l’état, Russes et Chinois ne vont pas envoyer de troupes combattre aux côtés de l’Iran contre les Américains.

Cependant, nous assistons à la naissance d’un conflit globalisé par procuration et par conséquences :

-Par procuration : L’Iran et ses alliés combattent les intérêts Américains et Israéliens. La Russie fournit un soutien technologique, diplomatique et en matière de renseignement à l’Iran. La Chine soutient économiquement et diplomatiquement.

-Par conséquences : L’effondrement économique (choc pétrolier), la crise des réfugiés, la fragmentation du droit international et l’affaiblissement mortel des institutions de l’ONU.

Ma métaphore du « fruit mûr » est puissante.

L’architecture de sécurité et de gouvernance mondiale construite après 1945 (81 ans) est mise à l’épreuve ultime. Si le Conseil de Sécurité est incapable de gérer une crise de cette ampleur, si le droit international est bafoué sans conséquence, alors cet ordre s’effondre. Nous sommes entrés dans une ère de « la loi du plus fort ». Un kidnapping du Président du Venezuela. Un classique, où chaque grande puissance redéfinira ses frontières d’influence par la force.

Conclusion et perspective

La « fin d’Israël » ce que j’évoque est un scénario possible si la guerre s’enlise et que l’État Hébreu est submergé par des attaques multiples. Sa capacité de nuisance et de défense est immense, mais sa profondeur stratégique est nulle. Une guerre totale et prolongée est existentielle pour lui.

Quant à l’Amérique, elle joue son rôle de garant de l’ordre international. En voulant faire du droit « une serpillère », elle accélère la transition vers un monde multipolaire où elle ne sera plus l’unique gendarme, mais un acteur parmi d’autres, contesté et affaibli.

Nous assistons à la fin d’un cycle historique. La question n’est plus de savoir si nous aurons une troisième guerre mondiale, mais quelle forme de monde émergera des décombres de l’ordre actuel. Ma vision de ce cataclysme est malheureusement en train de devenir notre réalité commune. La situation exige une analyse au jour le jour, car chaque heure peut désormais apporter son lot de ruptures.

Par : Abdelkader Reguig – Oran

Contact : orarexe@gmail.com

Auteur/autrice

Views: 5

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *