
Par : Abdelkader Reguig
Vingt-trois ans après son célèbre discours à l’ONU contre la guerre en Irak, l’ancien Chef de la diplomatie Française, seul homme politique en Europe à hausser le ton contre les USA, était invité sur les ondes de la RTBF. Dominique de Villepin y a livré une critique acerbe de la politique Américaine au Moyen-Orient, dénonçant une escalade irraisonnée dont l’Europe, prévient-il, paiera le lourd tribut.
« Nous n’avons pas à suivre l’administration Américaine dans ce véritable coup de folie. » La formule est cinglante, et elle porte la patte d’un orateur hors pair. Présent sur La Première (RTBF), Dominique de Villepin n’a pas mâché ses mots pour qualifier la stratégie des États-Unis au Moyen-Orient. Alors que les tensions s’aggravent, l’ancien Ministre met en garde contre une guerre dont les contours lui semblent aussi dangereux qu’imprécis.
« C’est nous qui en paierons le prix »
Pour Dominique de Villepin, le problème est majeur : la décision de frapper est prise outre-Atlantique, mais ce sont les Européens qui en subiront les répercussions. Il a dressé une liste alarmante des conséquences à venir pour le Vieux Continent : -Sur le plan humain : « Le flot migratoire qui va déferler sur l’Europe. » -Sur le plan économique : « L’explosion du prix à la pompe. » -Sur le plan sécuritaire : « La multiplication des actes terroristes. » -Sur le plan énergétique : « Notre dépendance totale en matière de gaz. »
« On agite la menace d’un conflit qui va durer, mais personne n’en anticipe l’impact ? », s’interroge-t-il, pointant du doigt l’absence de stratégie de sortie. Selon lui, les belligérants « n’ont aucun objectif politique clair » et n’ont « aucune intention de le résoudre ».
L’écho de 2003
Le parallèle avec le passé est frappant. Il y a vingt-trois ans, le 14 février 2003, Dominique de Villepin, alors Ministre des Affaires Etrangères, prononçait à la tribune des Nations Unies un discours resté dans les mémoires pour dire non à l’intervention unilatérale de George W. Bush en Irak, justifiée par de prétendues armes de destruction massive.
Aujourd’hui, le constat est le même : l’ancien Premier Ministre dénonce un leadership Américain erratique. Il égratigne au passage Donald Trump, dont il juge la position incompréhensible : « Il justifie l’intervention d’abord par la menace nucléaire, ensuite par la menace des missiles… Comment voulez-vous construire la paix sur des bases aussi floues ? »
Vers une candidature en 2027 ?
Cette prise de parole médiatique, forte et répétée, n’est pas anodine. À l’approche de l’élection Présidentielle Française de 2027, beaucoup voient dans ce retour sur le devant de la scène les prémices d’une ambition. Interrogé sur une éventuelle candidature, Dominique de Villepin ne nie pas. Il cultive le mystère, mais ses prises de position souverainistes et son appel à une Europe moins passive face aux décisions de Washington pourraient trouver un écho dans un paysage politique en pleine recomposition.
Une chose est sûre : sa voix, jadis isolée à l’ONU, se fait aujourd’hui le porte-voix de ceux qui redoutent que l’histoire, tragiquement, ne bégaie.
Ces déclarations interviennent alors que les frappes se multiplient au Moyen-Orient et que les grandes capitales Européennes peinent à adopter une ligne commune face à la politique de « pression maximale »voulue par Washington. La question de l’indépendance stratégique de l’Europe, au cœur du discours de Villepin depuis 2003, n’a jamais semblé aussi actuelle
Par : Abdelkader REGUIG – Oran

Views: 12