
Par : Mohammed CHOUAKI
Djamel Ould Abbès, ex-Ministre et ancien Secrétaire Général du FLN sous la Présidence d’Abdelaziz BOUTEFLIKA, est décédé à Alger à l’hôpital Mustapha Pacha, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 92 ans.
Un médecin devenu homme du système
Né le 24 février 1934 à Tlemcen, Djamel Ould Abbès est médecin de formation et débute sa carrière dans le secteur de la santé publique, où il devient notamment directeur de la santé de la wilaya de Tlemcen. Il s’impose progressivement comme une figure du système politique Algérien, dans l’ombre puis au service du pouvoir central.
À partir de l’arrivée d’Abdelaziz BOUTEFLIKA à la Présidence en 1999, il enchaîne les responsabilités Ministérielles, principalement à la tête de la Solidarité Nationale, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale, qu’il occupe entre le début des années 2000 et 2012. Cette longévité au gouvernement illustre la confiance que lui accordait la Présidence et son ancrage dans le premier cercle du pouvoir.
Au sommet du FLN sous BOUTEFLIKA
En octobre 2016, Djamel Ould Abbès est désigné Secrétaire Général du FLN, le Parti majoritaire et pilier de l’architecture politique héritée de la guerre de libération. À ce poste, il mène une ligne ouvertement loyale au Chef de l’État et devient l’un des visages les plus médiatisés de la défense du quatrième puis du cinquième mandat de BOUTEFLIKA.
Son style, volontiers flamboyant et polémique, marque la vie interne du FLN, où il s’attire autant de soutiens que de résistances. En 2018, en pleine recomposition silencieuse du système, il est poussé au départ de la tête du parti, officiellement pour des raisons de santé, avant que le FLN n’entérine son remplacement par une nouvelle direction issue des consultations avec la Présidence.
Chute judiciaire et fin de parcours
À partir de 2019, dans le contexte du Hirak et de la chute du quatrième mandat, Djamel Ould Abbès est rattrapé par la justice pour sa gestion au Ministère de la Solidarité Nationale. Il est poursuivi notamment pour dilapidation de deniers publics, passation de contrats contraires à la réglementation, abus de fonction et falsification de documents publics, puis placé en détention à la prison d’El Harrach.
Entre 2020 et 2022, plusieurs jugements le condamnent à des peines de prison fermes, à des amendes et à la saisie de ses biens, symbole de la volonté affichée des autorités de solder une partie des pratiques de l’ère BOUTEFLIKA. Son nom est également cité dans des affaires visant son fils, poursuivi pour blanchiment d’argent et trafic d’influence, ce qui contribue à ternir davantage la fin de son image publique.
Décès et portée politique
Selon les informations publiées en Algérie, Djamel Ould Abbès est décédé après son transfert en urgence de la prison d’El Harrach vers l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, où il était pris en charge pour une longue maladie. Sa disparition intervient alors qu’il incarnait l’une des figures emblématiques de la génération de responsables qui ont dominé la vie politique dans les années 2000 et 2010, avant d’être remis en cause par le Hirak et la vague de poursuites qui a suivi.
Avec sa mort, c’est une page de l’histoire du FLN version BOUTEFLIKA qui se tourne, entre continuité du système, personnalisation du pouvoir et dérive clientéliste. Pour beaucoup d’Algériens, son parcours résume à lui seul l’ascension, l’apogée et la chute d’un mode de gouvernance aujourd’hui officiellement dénoncé, mais dont les héritages demeurent présents dans le paysage politique national.

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