
Par : Mohammed CHOUAKI
Démenties par le Makhzen, les révélations de la presse Espagnole sur la présence de policiers et de gendarmes Marocains parmi les assaillants de Ceuta, les 30 et 31 juillet derniers, sont aujourd’hui confirmées par un rapport des services de renseignement Espagnols. Le document met aussi au jour une infiltration d’éléments Marocains au sein de la population de l’enclave.
Les accusations ne relèvent plus de la seule presse. Dès l’arrivée des premiers groupes de clandestins qui ont envahi l’enclave de Ceuta les 30 et 31 juillet, plusieurs journaux Espagnols avaient signalé la présence de policiers et de gendarmes Marocains dans le flot des assaillants. Selon eux, ces agents n’étaient pas là pour contenir la vague humaine. Ils en faisaient partie, ou l’accompagnaient.
Un démenti qui n’a pas convaincu
Rabat avait réagi aussitôt. Le Makhzen avait rejeté ces informations et désigné un autre coupable : les réseaux mafieux de l’émigration clandestine, présentés comme les seuls organisateurs de l’assaut. Cette version n’a guère convaincu à Madrid. Elle n’explique ni l’ampleur du mouvement, ni sa coordination, ni surtout la passivité, voire la complicité, des forces de sécurité Marocaines présentes aux abords de la frontière.
L’argument avait déjà servi. En mai 2021, plus de Huit Mille personnes, dont de nombreux mineurs, étaient entrées à Ceuta en quelques heures. Les gardes-frontières Marocains avaient alors laissé faire, et tout le monde y avait vu une mesure de rétorsion après l’hospitalisation en Espagne du Chef du Polisario, Brahim Ghali. À l’époque déjà, Rabat se servait de la pression migratoire comme d’un levier diplomatique.
Les preuves du renseignement Espagnol
Cette fois, les accusations viennent de l’État Espagnol lui-même. Le rapport de ses services de renseignement apporte, selon les éléments rapportés, les preuves que des forces Marocaines ont été impliquées dans les événements de l’enclave. Il ne s’agit plus de témoignages isolés ni d’images difficiles à interpréter, mais d’une analyse des services chargés de la sécurité du pays.
Le document va plus loin. Il fait état d’une infiltration d’éléments Marocains parmi la population de Ceuta. Ce point est sans doute le plus sensible, car il dépasse l’épisode de l’été. Il pose la question d’une présence durable, organisée et discrète à l’intérieur même de l’enclave, capable de peser sur son climat social et sécuritaire.
Une relation bilatérale sous tension
Ces conclusions tombent au plus mal pour le Gouvernement Espagnol. Depuis 2022, Madrid a soutenu le plan d’autonomie Marocain pour le Sahara Occidental, un revirement présenté comme le prix d’une coopération apaisée sur les questions migratoires et sécuritaires. Le rapport montre que cette concession n’a pas mis l’Espagne à l’abri de la pression migratoire exercée par son voisin du Sud.
Rabat n’a jamais caché qu’il revendiquait Ceuta et Melilla, qu’il qualifie de « présides occupés ». Si les conclusions des services Espagnols se confirment, l’invasion de l’été ne serait plus un débordement migratoire, mais un épisode de plus dans une stratégie de harcèlement méthodique. Reste à voir si Madrid tirera les conséquences politiques de ce que ses propres services ont établi, ou choisira encore le silence au nom de la « relation stratégique » avec le Maroc.
Sources : Le site d’information « El Español »
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille
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