
Au Maroc, des élections législatives sans jeunes
Par : Mohammed CHOUAKI
Avec seulement 38,02 % de participation aux législatives du 23 septembre, les Marocains ont envoyé un message sans ambiguïté. Près de deux électeurs inscrits sur trois ont boudé les urnes. Ce désaveu vise un système politique perçu comme corrompu, antisocial et prédateur, qui a échoué à redonner confiance à une population, et en particulier à sa jeunesse.
Le verdict des urnes est tombé, et un seul chiffre suffit à le résumer : 38,02 % de participation. Près de 62 % des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés pour les législatives du 23 septembre. C’est un niveau jamais atteint depuis près de vingt ans. Il confirme brutalement le malaise politique et social qui s’est exprimé ces derniers mois, en particulier chez les jeunes.
L’abstention, premier Parti du royaume
Au lendemain du scrutin, les Partis se disputeront les sièges et les postes Ministériels. Mais le vrai vainqueur de ces élections est ailleurs : c’est l’abstention. Elle dépasse de loin le score de n’importe quelle formation politique. Elle traduit une rupture profonde entre les citoyens et des institutions qu’ils ne considèrent plus comme les leurs.
Ce retrait massif n’a rien d’une indifférence. C’est un choix politique. En restant chez eux, des Millions de Marocains ont dit qu’ils ne croyaient plus à un jeu électoral dont les règles et l’issue leur échappent. Ils savent que les grandes orientations du pays se décident en dehors du Parlement et du Gouvernement, dans le cercle fermé du Makhzen.
Une jeunesse qui a déjà parlé dans la rue
Ce désaveu ne surprend personne. À l’automne 2025, le mouvement « GenZ 212 » a fait descendre des Milliers de jeunes dans les rues de plusieurs villes du Royaume. Ils dénonçaient l’effondrement des hôpitaux publics, la dégradation de l’école et le chômage. Ils s’indignaient aussi de voir des Milliards engloutis dans des stades et des projets de prestige, pendant que les services essentiels manquent à la population.
La réponse des autorités a surtout été répressive.
Les urnes prolongent aujourd’hui ce que la rue avait déjà exprimé. Une génération entière refuse de cautionner un système qui l’ignore. Elle ne voit dans le vote qu’un rituel destiné à donner une façade démocratique à un pouvoir qui ne rend de comptes à personne.
Un modèle corrompu et prédateur
Derrière ce rejet, il y a un bilan. Le modèle Marocain concentre les richesses entre les mains d’une élite liée au palais et aux milieux d’affaires. La frontière entre pouvoir politique et intérêts économiques y est devenue de plus en plus floue. Les scandales de conflits d’intérêts, la flambée des prix, la précarité et les inégalités territoriales ont achevé de discréditer la classe dirigeante.
Pour une grande partie de la population, le quotidien reste fait de fins de mois difficiles, de services publics défaillants et d’horizons bouchés. Beaucoup de jeunes ne voient d’autre issue que l’émigration. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que les promesses de campagne n’aient convaincu qu’une minorité.
Une légitimité amputée
Le futur Gouvernement, quelle que soit sa composition, partira avec une légitimité amputée. Il ne pourra se prévaloir que du soutien d’une petite fraction du corps électoral. Il affrontera une société de plus en plus défiante, dans un contexte où les attentes sociales restent immenses et largement insatisfaites.
Le pouvoir Marocain peut toujours présenter ce scrutin comme une nouvelle preuve de la « stabilité » du Royaume. Le message des électeurs est pourtant d’une autre nature. Par leur absence, ils ont dit que ce système ne les représente plus. La vraie question n’est plus de savoir qui Gouvernera, mais combien de temps un régime peut encore tenir face au désaveu de son propre Peuple.
Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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