Algérie :  UE – vers un partenariat économique qui dépasse le commerce

Par : Mohammed CHOUAKI

Longtemps centrées sur les échanges commerciaux et l’énergie, les relations économiques entre l’Algérie et l’Union Européenne pourraient s’ouvrir à de nouveaux domaines. L’investissement, l’industrie et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales occupent désormais une place croissante dans le dialogue entre les deux parties.

L’Algérie et l’Union Européenne semblent vouloir tourner une page dans leur relation économique. Pendant plus de vingt ans, cette relation a surtout tenu à deux choses : les exportations Algériennes d’hydrocarbures et les importations de biens Européens. Aujourd’hui, les deux partenaires affichent l’ambition d’aller plus loin. Ils veulent construire une coopération plus équilibrée, tournée vers la production et l’investissement.

Un accord d’association à repenser

L’accord d’association, signé en 2002 et entré en vigueur en 2005, devait servir de socle à un partenariat « gagnant-gagnant ». Le bilan est loin de répondre aux attentes d’Alger. Le démantèlement tarifaire a surtout profité aux exportateurs Européens. Les investissements productifs attendus, eux, sont restés limités.

C’est pour cette raison que l’Algérie demande depuis plusieurs années une révision de cet accord. Elle souhaite qu’il tienne compte de ses priorités économiques. Le message est clair : il ne s’agit pas de rompre avec l’Europe, mais de passer d’une relation commerciale déséquilibrée à un véritable partenariat de développement.

L’investissement au cœur des discussions

Le nouveau cap passe d’abord par l’investissement. L’Algérie a engagé des réformes pour améliorer son attractivité, notamment avec une nouvelle loi sur l’investissement et la mise en place de structures d’accompagnement des porteurs de projets. Elle attend désormais des entreprises Européennes qu’elles s’implantent durablement, qu’elles produisent localement et qu’elles transfèrent leur savoir-faire, plutôt que de chercher seulement des débouchés pour leurs produits.

Les secteurs visés sont nombreux : industrie manufacturière, agroalimentaire, pharmacie, mécanique, mines, numérique et énergies renouvelables. Pour les investisseurs Européens, l’Algérie offre plusieurs atouts : un vaste marché intérieur, une main-d’œuvre jeune et formée, une énergie compétitive et une position géographique stratégique, ouverte à la fois sur la Méditerranée et sur l’Afrique.

S’intégrer aux chaînes de valeur

Le second volet concerne l’intégration de l’économie Algérienne dans les chaînes de valeur internationales. La pandémie, les tensions géopolitiques et la volonté Européenne de rapprocher ses sources d’approvisionnement ont redessiné la carte de la production Mondiale. Dans ce contexte, la proximité devient un avantage décisif.

L’Algérie peut devenir une plateforme de production et de transformation pour le marché Européen. C’est vrai dans l’industrie, mais aussi dans les matériaux critiques, les composants et les produits semi-finis. Pour Alger, l’enjeu est de sortir de la dépendance aux hydrocarbures en diversifiant ses exportations et en créant de la valeur ajoutée sur son sol.

L’énergie, socle et tremplin

L’énergie reste le pilier de la relation. Depuis la crise énergétique qui a secoué l’Europe, l’Algérie s’est imposée comme un fournisseur de gaz fiable et incontournable pour plusieurs pays Européens. Ce rôle ouvre la voie à de nouvelles perspectives, en particulier dans l’hydrogène vert, l’électricité renouvelable et les interconnexions. Le projet de corridor d’hydrogène reliant l’Afrique du Nord à l’Europe en est un exemple.

La coopération énergétique pourrait ainsi servir de tremplin vers une coopération industrielle et technologique plus large.

Un partenariat à construire sur l’équilibre

Les intentions sont là, mais le chemin reste à tracer. Pour que ce nouveau cap se concrétise, les engagements devront se traduire en projets tangibles, en flux d’investissement réels et en règles du jeu qui respectent les intérêts des deux rives. L’Algérie défend une vision fondée sur la souveraineté économique et le bénéfice mutuel. L’Europe cherche des partenaires stables et proches. Ces deux visions peuvent se rejoindre, à condition que le partenariat se construise d’égal à égal.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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