Discours de Bourita à l’ONU : le Makhzen choisit son camp

Par : Mohammed CHOUAKI

À la tribune de la 81e Assemblée Générale des Nations Unies, le Chef de la diplomatie Marocaine, Nasser Bourita, a qualifié la résistance Palestinienne         d’« extrémiste ». Ce choix de mots en dit long. Il place Rabat du côté de l’occupant, alors que Ghaza et la Cisjordanie continuent d’être meurtries.

Il arrive que des mots prononcés à la tribune de l’ONU révèlent mieux une politique que des années de communiqués. C’est le cas du discours de Nasser Bourita devant la 81e Assemblée Générale. En qualifiant d’« extrémiste » la résistance Palestinienne, le Ministre Marocain des Affaires Etrangères a mis fin à toute ambiguïté. Le royaume a choisi son camp : celui de l’occupant, dont il accepte de jouer le supplétif. Pendant ce temps, la population de Ghaza et de Cisjordanie continue d’être massacrée.

Le double langage du Makhzen

Ce positionnement montre surtout à quel point le discours officiel de Rabat est hypocrite. Depuis la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste, le régime Marocain répète que la cause Palestinienne reste une « question primordiale » de sa diplomatie. Il met en avant son attachement aux droits du peuple Palestinien, sa Présidence du Comité Al-Qods et sa défense des Lieux Saints.

Pourtant, quand vient le moment de choisir ses mots devant la communauté internationale, c’est le lexique de l’occupant qui l’emporte. Présenter comme « extrémiste » un peuple qui résiste à l’occupation, c’est reprendre mot pour mot le récit qu’utilise Tel-Aviv pour justifier ses crimes. C’est aussi confondre le bourreau et la victime, et effacer des décennies de colonisation, de blocus et de dépossession.

Un contre-courant de l’histoire

Le moment choisi rend cette sortie encore plus révélatrice. Le Makhzen s’aligne au moment même où le monde a ouvert les yeux sur les atrocités commises à Ghaza et en Cisjordanie. Les destructions massives, les civils tués par dizaines de milliers et la famine utilisée comme arme de guerre ont poussé de nombreux États, y compris parmi les alliés traditionnels d’Israël, à revoir leur position. Des sociétés civiles se mobilisent sur tous les continents. Les juridictions internationales sont saisies, et le mot « génocide » s’est imposé dans le débat public mondial.

Dans ce contexte, la diplomatie Marocaine va à contre-courant. Elle ne se contente pas de garder le silence : elle apporte une caution politique à l’occupant, au moment précis où celui-ci est de plus en plus isolé. C’est là que se voit le rôle abject joué par le Makhzen.

La normalisation jusqu’au bout

Ce discours n’a rien d’un dérapage. Il est l’aboutissement logique d’une normalisation qui a dépassé depuis longtemps le cadre diplomatique. Elle touche aujourd’hui la coopération sécuritaire, militaire, économique et technologique. En échange de soutiens sur d’autres dossiers, Rabat a mis sa politique étrangère au service d’un agenda qui n’est pas le sien. La Palestine a servi de monnaie d’échange.

Les peuples de la région, y compris le peuple Marocain qui a souvent exprimé dans la rue sa solidarité avec la Palestine, ne s’y trompent pas. Entre les proclamations de fidélité à Al-Qods et les actes, le décalage est devenu impossible à cacher.

Le masque est tombé

À New York, Nasser Bourita a peut-être cru parler le langage de la « modération ». En réalité, il a surtout montré qui le Makhzen a choisi de soutenir. L’histoire retiendra qu’au moment où Ghaza était en ruines, alors que la conscience universelle se réveillait enfin, la diplomatie Marocaine a préféré dénoncer la résistance plutôt que le crime.

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

Auteur/autrice

Views: 7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *