Maroc : à une semaine des législatives, l’« État social » à l’épreuve de la colère populaire

Par : Mohammed CHOUAKI

À sept jours des élections Législatives du 23 septembre, destinées à renouveler les 395 sièges de la Chambre des Représentants, le Maroc aborde une échéance dominée par les fractures sociales, malgré la modernisation économique mise en avant par les autorités.

Entre la promesse d’un « État social » et l’expérience quotidienne d’une partie de la population, c’est la crédibilité de l’action publique qui se trouve désormais au cœur du débat.

La Campagne électorale, ouverte le 10 septembre et appelée à s’achever le 22, met en compétition 27 partis politiques. Mais derrière les listes et les programmes, les inégalités sociales et les disparités entre les grandes métropoles et les territoires périphériques pèsent sur le scrutin, comme le souligne dans son analyse de l’entrée en campagne.

La question dépasse donc la seule compétition partisane. Elle porte sur la capacité du pouvoir à transformer une promesse politique en améliorations tangibles : accéder aux soins, disposer d’un revenu suffisant et entrevoir un avenir professionnel.

Une promesse sociale confrontée au réel

Le bilan Gouvernemental ne saurait être réduit à une absence de mesures : l’exécutif a engagé l’élargissement de la couverture maladie et le déploiement d’aides directes aux familles, dans le cadre du chantier de protection sociale. Toutefois, ces dispositifs coexistent avec un mécontentement alimenté par la vie chère, les difficultés de la santé publique et les tensions dans l’enseignement.  

C’est dans cet écart que se joue la crédibilité de l’«État social ». Une couverture administrative ne suffit pas, à elle seule, à garantir un accès effectif aux soins ; une aide financière ne remplace ni un emploi durable ni des services publics de qualité. La communication du Makhzen autour de la protection sociale se heurte ainsi à une exigence de résultats, et non plus seulement d’annonces.

Le chômage des jeunes, révélateur des fractures

Les chiffres officiels éclairent cette contradiction : en 2025, le taux de chômage national a légèrement reculé, passant de 13,3 % à 13 %, mais celui des jeunes actifs de 15 à 24 ans a augmenté de 36,7 % à 37,2 %. Le chômage touchait également 19,1 % des diplômés et 20,5 % des femmes actives, selon le même bilan annuel.  

Il serait donc trompeur de présenter la légère amélioration nationale comme une réponse à la crise de l’insertion professionnelle. Pour la jeunesse, l’enjeu n’est pas seulement de constater la croissance ou l’ouverture de grands chantiers, mais de savoir quelle place lui est réellement proposée.

La contestation a placé les services publics au centre

Les mobilisations du collectif GenZ212, lancées en septembre 2025, ont porté des revendications relatives à la santé, à l’éducation et à la lutte contre la corruption, accompagnées d’une critique des priorités de dépenses publiques. À Rabat, les rassemblements de la fin septembre 2025 ont également été marqués par des interpellations, rapportées par des journalistes et une association de défense des droits humains.

Ces événements ne doivent pas être confondus avec une nouvelle vague de manifestations qui serait établie à la veille du scrutin. Ils constituent néanmoins un précédent politique important : les demandes de dignité et de services essentiels ne se laissent pas résumer à des indicateurs macroéconomiques.

Après cette contestation, le Gouvernement a annoncé une hausse des budgets de la santé et de l’éducation pour 2026, rappelle Amnesty International.

Cette réponse devra être jugée sur ses effets : des crédits supplémentaires ne valent politiquement que s’ils deviennent des soins accessibles et de meilleures conditions d’enseignement.

Le scrutin ne suffira pas à refermer la fracture

La majorité sortante affronte ainsi une campagne dans laquelle les questions sociales occupent une place centrale, tandis que le Parti de la Justice et du Développement cherche à capitaliser sur les déséquilibres du développement Marocain. Rien ne permet cependant de présumer que le mécontentement se traduira automatiquement par un vote en faveur de l’opposition

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Au-delà de la future répartition des sièges, le défi restera entier : rapprocher le récit Officiel de l’expérience vécue. Un « État social » ne se mesure pas à la répétition d’une formule de campagne, mais à sa capacité à protéger effectivement les citoyens. Le verdict des urnes désignera une nouvelle Chambre ; il ne vaudra pas, à lui seul, résolution de la question sociale.

Sources : Maroc.ma – France info – Afrique Confidentielle – Haut-Commissariat au Plan – Institute for Security Studies – H24info 

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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