L’Espagne renforce son dispositif militaire face au Maroc, des enclaves de Ceuta et Melilla aux îlots de Souveraineté

Par : Mohammed CHOUAKI

Les forces armées Espagnoles intensifient leur dispositif de sécurité dans le nord du Maroc, tant dans les villes autonomes de Ceuta et Melilla que dans les petits territoires de souveraineté Espagnole du littoral Méditerranéen — le Peñón de Vélez de la Gomera, l’îlot d’Alhucemas et les îles Chafarinas — dans un contexte de tensions croissantes avec Rabat et de craintes d’une action à très court terme visant ces enclaves (The Objective).

Un renforcement de la surveillance sur les trois îlots

Selon des informations révélées le 9 septembre par le média Espagnol The Objective, l’Armée de terre, chargée de la défense de ces positions, a renforcé la vigilance sur ces trois enclaves face au risque qu’elles deviennent la cible d’une forme d’action hybride. Le dispositif comprend un suivi renforcé des réseaux sociaux, un travail de renseignement accru, l’intensification des patrouilles maritimes ces dernières semaines, ainsi que la modernisation des mâts télescopiques abritant les caméras de surveillance, les radars et les systèmes de communication des trois bases, des travaux confiés à des militaires du régiment de transmissions n° 22.

Sur le Peñón de Vélez de la Gomera, considéré comme le plus vulnérable de ces territoires en raison de l’isthme de sable d’environ 85 mètres qui le relie au sol marocain depuis un tremblement de terre survenu en 1934, une cinquantaine de militaires du régiment des Regulares de Melilla assurent la garnison. L’îlot fortifié d’Alhucemas abrite une trentaine d’hommes du Tercio Gran Capitán 1er de la Légion, tandis que sur les îles Chafarinas — un archipel de trois îlots dont seule l’île Isabel II est habitée —, une trentaine de militaires des Régulages veillent également à la protection du site.

Une crainte liée au calendrier électoral Marocain

Selon les services Espagnols, la menace évoquée n’est pas celle d’une opération militaire conventionnelle, mais celle d’une action présentée comme civile et pacifique — une « marche » organisée par des plateformes nationalistes Marocaines revendiquant l’intégrité territoriale du royaume. Une Association se présentant comme l’« Association Nationale pour la Défense des Victimes de l’Administration Coloniale Espagnole et de l’Intégrité territoriale du Maroc », animée notamment par un ancien élu de la région de Melilla, aurait fait du Peñón de Vélez de la Gomera son objectif prioritaire, dans une initiative qu’elle relie explicitement à la campagne des élections Marocaines prévues le 23 septembre.

De nombreuses mentions de ces territoires ont été détectées dans la propagande Marocaine au cours du mois d’août, ce qui a conduit les services espagnols à évoquer une fenêtre de risque dans les prochaines semaines.

Ceuta et Melilla : un dispositif déjà considérablement renforcé

Ce renforcement s’ajoute à la mobilisation déjà massive de moyens militaires et policiers à Ceuta et Melilla depuis l’entrée massive de migrants du 30 juillet dernier. Selon les chiffres communiqués par le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Défense, l’Espagne compte désormais environ 9 000 effectifs entre policiers nationaux, gardes civils et militaires répartis entre les deux villes autonomes, dont environ 3 000 militaires à Ceuta et autant à Melilla. Plus de 150 soldats supplémentaires venus du commandement des Canaries ont par ailleurs rejoint Ceuta à la mi-août.

Selon le quotidien La Razón, la défense de ces deux villes repose désormais sur des plans opérationnels de contingence articulés autour de l’alerte précoce, de la supériorité aérienne et navale, et d’une capacité de réaction conjointe mobilisant l’ensemble des forces armées Espagnoles — armée de terre, marine, armée de l’air, forces spéciales et cyberdéfense — appuyées sur les bases de Rota et de Morón. Des responsables militaires cités par le journal jugent toutefois qu’une invasion conventionnelle marocaine reste « extrêmement improbable », tout en assurant que l’Espagne dispose de la supériorité aérienne et navale nécessaire pour riposter avec fermeté en cas d’agression.

Le réarmement Marocain au cœur des débats politiques

Cette montée en puissance du dispositif Espagnol intervient alors que le Parti Populaire (PP) a saisi le Sénat, début septembre, du récent renforcement militaire Marocain dans le nord du pays.

Le sénateur José Antonio Monago a interpellé le Gouvernement de Pedro Sánchez sur un accord de coopération militaire renouvelé entre Rabat et Washington jusqu’en 2036, incluant la construction d’une nouvelle base au Mont Gurugú destinée à accueillir drones, missiles, radars et systèmes antiaériens. Le PP demande à l’exécutif Espagnol d’évaluer les conséquences de ce renforcement pour la sécurité de Ceuta, de Melilla et pour la position stratégique de l’Espagne dans le détroit de Gibraltar.

Ce contexte s’inscrit dans une crise plus large entre Madrid et Rabat, née de l’entrée massive de migrants à Ceuta fin juillet, un épisode que le Premier Ministre Espagnol Pedro Sánchez avait lui-même qualifié d’« attaque contre l’intégrité territoriale » de l’Espagne.

Sources : The Objective – The Objective – Morocco World News – Libertad Digital – Elconfidencial 

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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