
Par : Abdelkader REGUIG
L’Espagne paie cher ses positions diplomatiques. En reconnaissant l’État Palestinien (2024) et en refusant de soutenir les frappes Américano-Israéliennes contre l’Iran (2026) – notamment en interdisant l’usage de ses bases de Rota et Morón – Madrid s’est mise à dos une alliance tripartite États-Unis-Israël-Maroc. La réponse ne s’est pas fait attendre : un réarmement accéléré du Maroc, qui constitue à la fois une punition pour l’Espagne et une alerte majeure pour l’Algérie.
Le tournant stratégique : des usines Israéliennes au Maroc
En novembre 2025, une usine du groupe Israélien Israel Aerospace Industries (IAI) ouvre à Benslimane, près de Casablanca. Elle produit le SpyX, un drone suicide Israélien de précision, et transfère la technologie à des ingénieurs Marocains. Une seconde usine, sous licence de l’Israélien Elbit Systems, fabrique des munitions d’artillerie de 155 mm aux normes OTAN.
Le Maroc ne se contente plus d’acheter des armes : il les produit désormais sur son sol, avec un transfert de technologie Israélien inédit en Afrique du Nord.
Un réarmement massif soutenu par les États-Unis et Israël
Le budget militaire Marocain atteint 14,5 Milliards d’Euros en 2026 (+18%), soit 3,54% du PIB. Les États-Unis, premiers fournisseurs, ont vendu pour 8,5 milliards de Dollars d’équipements (HIMARS, F-16, Apache). Israël, troisième fournisseur, livre des drones Heron, le système de défense antiaérien Barak MX, des roquettes PULS et des missiles guidés EXTRA.
Un « dôme » antimissile Israélien au Maroc
Le système Barak MX offre au Maroc une défense multi-couches contre les missiles, courte et longue portée. Ce « dôme » Marocain, couplé à l’acquisition de drones de surveillance, modifie l’équilibre des forces dans la région.
L’invasion de Ceuta : un acte de guerre hybride
Mais le volet militaire n’est pas le seul. Fin juillet 2026, plus de 80 000 personnes ont franchi la frontière Marocaine pour entrer dans l’enclave Espagnole de Ceuta en l’espace de deux jours. Un rapport de la police Espagnole décrit une « permissivité totale » des forces Marocaines, des agents indiquant aux migrants les passages à emprunter, et l’absence de toute tentative sérieuse pour disperser la foule.
Pour le Lieutenant-Général à la retraite Pedro Pitarch Bartolomé, ancien Commandant de l’Eurocorps, « l’invasion de Ceuta a été un acte hostile de guerre hybride avec violation des frontières, organisé et dirigé depuis Rabat ». Il souligne que le repli ordonné de milliers de personnes vers le Maroc confirme que les protagonistes obéissaient à des ordres supérieurs. Le Parti de Gauche Izquierda Unida a déposé des questions au Congrès qualifiant la crise de « guerre hybride non conventionnelle ».
L’ombre du Mossad
Des rapports d’analyse Chinois et la politologue Egyptienne Nadia Helmy interprètent l’assaut sur Ceuta comme une opération de déstabilisation impliquant le Mossad, visant à accroître la pression sur le Gouvernement Espagnol en raison de sa position Pro-Palestiniens. L’ancien Président Colombien Gustavo Petro a directement accusé le Premier Ministre Israélien Benjamin Netanyahou d’être le principal responsable, affirmant que le Maroc « a cédé aux desseins d’un génocidaire en fuite ».
Difficile d’imaginer que Rabat ait pu organiser une telle invasion hybride sans le préavis des États-Unis et d’Israël, avec lesquels il entretient des liens stratégiques solides. La crise de Ceuta s’inscrit ainsi dans une stratégie de « zone grise », cet espace ambigu où les actions hostiles – cyberattaques, désinformation, flux migratoires instrumentalisés – visent à déstabiliser sans déclencher de réponse militaire ouverte.
Une Europe divisée et une Espagne isolée
La réponse de l’UE a été à la hauteur de ses divisions. Le Premier Ministre Pedro Sánchez a dénoncé des réactions « égoïstes, clivantes et illégales » de certains États membres, qui ont appelé à la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen. La réunion informelle des Ministres de la Défense à Wicklow, en Irlande, s’est quant à elle concentrée sur l’Ukraine et le Moyen-Orient, traitant avec condescendance la Ministre Margarita Robles .
L’UE a réduit la crise à une question bilatérale, sans étude d’impact ni menace de sanction contre le Maroc, pourtant fortement subventionné par l’Europe. Pendant ce temps, le Maroc a atteint son objectif : placer la revendication de souveraineté sur Ceuta et Melilla au cœur de l’agenda international.
L’alerte pour l’Algérie : un encerclement stratégique
Face à ce surarmement et à cette guerre hybride dont elle pourrait être la prochaine cible, l’Algérie a engagé un budget record de 25 Milliards de Dollars pour sa défense – 20,6% de son budget national et près de 9% de son PIB, le deuxième taux Mondial après l’Ukraine.
Cet effort n’est pas un choix : c’est une réponse contrainte aux nouvelles capacités Marocaines, conçue pour développer des contre-mesures (défense aérienne multicouche, guerre électronique, anti-drones) contre des systèmes Israéliens absents de l’inventaire Marocain il y a cinq ans.
L’Algérie voit dans ce réarmement, adossé à l’alliance Américano-Israélienne et couplé au soutien diplomatique sur le Sahara Occidental, un encerclement stratégique qui l’oblige à un réajustement militaire et diplomatique.
Conclusion
« Un basculement Méditerranéen majeur où Israël, avec l’appui des États-Unis et le relais du Maroc, a bien voulu “faire payer ”l’Espagne pour ses choix diplomatiques. Mais ce réarmement dépasse le cadre Ibérique»:
-Pour l’Espagne :
Une pression directe sur ses enclaves, une guerre hybride aux portes de l’Europe, et un isolement croissant.
-Pour l’Algérie :
Une alerte stratégique qui la contraint à une course aux armements.
-Pour le Maghreb :
Un basculement de l’équilibre des forces, redessiné par l’alliance tripartite.
La question demeure : l’Europe saura-t-elle répondre collectivement à ce défi, ou laissera-t-elle ses marges méridionales se redéfinir sans elle ?
Contact: orarexe@gmail.com
Par : Abdelkader REGUIG
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