Espagne : après la crise migratoire à Ceuta, Feijóo exige des comptes à l’Ambassadrice du Maroc

Par : Mohammed CHOUAKI

Le Président du Parti Populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a sommé le Gouvernement de Pedro Sánchez de convoquer « avec un caractère immédiat » l’Ambassadrice Marocaine Karima Benyaich, après la révélation qu’une convocation avait déjà eu lieu, en secret, le 21 août. En toile de fond : la crise migratoire de Ceuta et les propos de deux Ministres Marocains sur la souveraineté des deux enclaves Espagnoles en Afrique du Nord.

Le climat diplomatique entre Madrid et Rabat s’est encore tendu ce jeudi 3 septembre, à l’occasion de la comparution du Président du Gouvernement Espagnol, Pedro Sánchez, devant le Congrès des Députés. Convoqué pour rendre compte de la crise migratoire que traverse Ceuta depuis juillet, le Chef de l’exécutif a fait une révélation qui a immédiatement enflammé le débat : son Gouvernement avait déjà convoqué l’Ambassadrice du Maroc en Espagne le 21 août dernier, sans jamais le rendre public.

Une convocation tenue secrète pendant deux semaines

Selon Pedro Sánchez, cette convocation visait à signifier à la diplomate Marocaine le rejet « catégorique » par Madrid des déclarations jugées « inacceptables » de deux Ministres Marocains sur le statut de Ceuta et Melilla. « Je veux vous informer que nous avons convoqué l’Ambassadrice Marocaine le 21 août dernier. Il convient d’être prudents et de fuir les explications simplistes », a-t-il déclaré, cité par El Diario.es. Le Chef du Gouvernement a reconnu du bout des lèvres que « la convocation d’un ambassadeur doit être publique », sans expliquer pourquoi son exécutif avait choisi la discrétion ni préciser le contenu de l’entretien.

Feijóo dénonce une « lâcheté »

Feijóo, en visite à Ceuta pour la troisième fois en un mois, avait devancé cette révélation en exigeant une convocation immédiate de l’Ambassadrice ainsi que le rappel pour consultations de l’Ambassadeur d’Espagne à Rabat, évoquant même de possibles « responsabilités judiciaires » pour le Gouvernement : « El Gobierno lo sabía y lo tapó » (« Le Gouvernement le savait et l’a caché »).

Une fois la convocation secrète révélée, le PP a parlé de « cobardía » (lâcheté), reprochant à Sánchez de l’avoir menée « de tapadillo » (en catimini), à la différence des convocations publiques des Ambassadeurs d’Argentine ou d’Italie. Le Chef de Vox, Santiago Abascal, a repris la même critique au Congrès.

Une crise nourrie par la migration massive à Ceuta

Cette poussée de fièvre s’inscrit dans le prolongement de l’entrée massive, les 30 et 31 juillet, de plus de 70 000 personnes sur les plages de Ceuta depuis le Maroc. Un rapport de police remis à la juge de l’Audience Nationale María Tardon évoquerait un « guidage actif » de ces flux et un « dessein stratégique » visant à submerger les capacités de réaction Espagnoles. Sánchez a admis que la Gendarmerie Marocaine avait « permis le franchissement de la frontière » pendant environ dix heures, tout en refusant d’y voir la preuve d’une opération orchestrée par Rabat : « À ce jour, personne n’a fourni au gouvernement de preuve permettant de conclure que l’entrée massive à Ceuta a été conçue ou exécutée par les Autorités Marocaines. »

Les propos des Ministres Marocains sur Ceuta et Melilla

Les tensions ont aussi été alimentées par le Ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui a affirmé le 21 août que « Ceuta et Melilla resteront un sujet de dialogue entre nous et l’Espagne, et nous maintiendrons notre droit historique et notre droit géographique », réclamant une « solution définitive » aboutissant, selon lui, au « retour de Ceuta et Melilla au sein de la patrie ». Le Ministre des Affaires Islamiques, Ahmed Toufiq, a de son côté évoqué, le 25 août, l’héritage de savants nés à Ceuta et la « mobilisation » historique Marocaine pour « libérer les villes occupées » de la côte.

Madrid a opposé un « rejet catégorique », rappelant que les deux villes font partie de « l’intégrité territoriale et de la souveraineté Internationalement reconnues de l’Espagne ».

Vox pousse pour une ligne plus dure

Au Sénat, Vox a déposé une motion appelant à convoquer l’Ambassadrice Marocaine, à rappeler l’Ambassadeur Espagnol à Rabat et, en cas de persistance, à l’expulsion pure et simple de la Diplomate Marocaine — mettant le PP au défi de la soutenir dans une chambre où les conservateurs ont la majorité absolue.

La réponse de Sánchez

Face à la pression, Pedro Sánchez a annoncé que le Roi Felipe VI se rendrait à Ceuta et Melilla « dans les prochaines semaines », une première depuis son accession au trône (son père Juan Carlos s’y était rendu en 2007, provoquant une crise avec Rabat). Il a réaffirmé que l’Espagne « ne renoncera jamais à la souveraineté de Ceuta et Melilla », tout en admettant que la coopération avec le Maroc devra désormais être « différente ».

Sources : El Correo – Antena – Elcorreo – Morocco World News – Infobae

Par : Mohammed CHOUAKI – Lille

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