Hydrogène vert : un guide Allemand balise la voie aux investisseurs en Algérie

Par : Sofiane CHERFI

Les entreprises allemandes intéressées par l’investissement dans les différents maillons de la chaîne de production de l’hydrogène vert disposent désormais d’un guide d’investissement dans cette filière et les applications Power-to-X (Pt-X) en Algérie.

Publié en août 2026 à Alger par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), pour le compte du Ministère Fédéral Allemand de l’Économie et de l’Énergie, ce « Guide d’investissement dans l’hydrogène vert et les applications Power-to-X (Pt-X) en Algérie » a été élaboré par le bureau GIZ Algérie, en partenariat avec la Chambre Algéro-Allemande de Commerce et d’Industrie (AHK Algérie) et le cabinet MIDEAST LAW, dans le cadre du programme international H2Uppp consacré au développement de l’hydrogène dans les pays du Sud  .

Le document offre une lecture complète du climat d’investissement ainsi que des cadres juridiques, fiscaux, bancaires et sociaux qui encadrent ce secteur naissant.

Un pays jugé « très attractif » par Berlin

Le guide décrit l’Algérie comme l’une des destinations les plus prometteuses de la Méditerranée pour les entreprises Européennes engagées dans la transition énergétique. Il met en avant « une bonne infrastructure de routes, de voies ferrées, de ports de fret et d’aéroports régionaux, un niveau d’éducation élevé et une population ouverte et hospitalière », ainsi qu’un positionnement de porte d’entrée vers le marché Africain.

Le document souligne également « un atout unique grâce à des prix de l’énergie très avantageux », lié à la production nationale d’hydrocarbures mais surtout à un « gigantesque potentiel » d’énergies renouvelables, porté par la vaste superficie du pays, un ensoleillement très élevé et un fort gisement éolien. Autre incitation relevée : l’État Algérien accorde un bonus de 25 % aux soumissionnaires producteurs en Algérie lors des marchés publics.

Le guide rappelle quelques repères macroéconomiques : un PIB nominal de 285,7 Milliards de Dollars en 2025 (contre 269,1 Milliards en 2024), une croissance de 3,8 %, une inflation ramenée à 2,8 %, une population de 47,2 Millions d’habitants dont 60 % de moins de 30 ans, et environ 400 000 jeunes sortant chaque année de l’enseignement supérieur ou de la formation technique. Environ 80 entreprises Allemandes sont déjà implantées dans le pays.

Une stratégie nationale déjà engagée

Le document s’appuie sur la stratégie hydrogène adoptée par Alger en mars 2023, pilotée par les Ministères de l’Énergie et des Énergies renouvelables, des Hydrocarbures et des Mines, avec Sonatrach comme principal acteur mobilisé. À court terme, l’objectif est de réaliser plusieurs installations pilotes d’électrolyse d’une capacité comprise entre 2 et 4 MW, ainsi qu’une installation de référence de 50 MW à l’horizon 2030, appuyée par la banque Allemande de développement KfW. Ces installations intégreront des applications Power-to-X : e-méthanol, e-kérosène et ammoniac vert.

À plus long terme, sur la période 2030-2040, le guide table sur une production de l’ordre de 40 TWh, soit environ 1,25 million de tonnes d’hydrogène par an, un volume présenté comme équivalent à 10 % des besoins européens. Le potentiel technique est bien plus vaste : en exploitant les sites les plus favorables, l’Algérie pourrait produire 18 Millions de tonnes par an à un coût complet compris entre 2,5 et 3,0 Dollars par kilogramme ; en étendant la production à des zones moins ensoleillées ou plus éloignées, ce volume pourrait grimper jusqu’à 151 Millions de tonnes par an, pour un coût de 3,5 à 4,0 Dollars par kilogramme. De son côté, Sonatrach a présenté un plan visant à développer 30 GW d’énergies renouvelables pour alimenter 12 GW de capacité d’électrolyseurs, avec un objectif de 15 000 MW de capacité solaire installée d’ici 2035.

Cent pour cent du capital ouvert aux investisseurs étrangers

Point particulièrement suivi par les investisseurs potentiels : le secteur de l’hydrogène vert n’étant pas classé parmi les secteurs stratégiques, la règle des 49/51 % ne s’y applique pas. Les entreprises étrangères, y compris Allemandes, peuvent donc y détenir jusqu’à 100 % du capital de leurs projets et de leurs filiales.

À cela s’ajoutent des incitations inscrites dans la loi de finances 2026, notamment l’exonération des droits de douane sur les électrolyseurs. Le Gouvernement Allemand recommande néanmoins à ses entreprises d’engager « de manière précoce » des échanges avec Sonatrach, Sonelgaz et le Ministère de l’Énergie et des Énergies Renouvelables, afin d’accorder en amont la structure opérationnelle, réglementaire et financière de leurs projets.

Le principal obstacle identifié reste le financement : le guide chiffre à plus de 25 Milliards de dollars le besoin pour porter la production d’hydrogène vert à grande échelle, un défi que la KfW doit contribuer à relever, en particulier pour l’installation de référence de 50 MW prévue d’ici 2030.

Le corridor SoutH2, colonne vertébrale de l’exportation vers l’Europe

L’essentiel de la production Algérienne est destiné à être acheminé vers l’Europe via le SoutH2 Corridor, une infrastructure de plus de 3 300 kilomètres reliant l’Algérie à l’Allemagne en passant par la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, en s’appuyant en grande partie sur des gazoducs existants reconvertis.

Le guide souligne que ce raccordement confère à l’Algérie « un avantage tout à fait déterminant en matière de coûts de transport par rapport aux autres pays producteurs d’hydrogène », l’hydrogène gazeux acheminé par pipeline évitant les pertes de conversion en ammoniac ou en méthanol nécessaires pour un transport maritime longue distance. Le projet, dont l’investissement global est estimé à environ 4 Milliards d’Euros, doit permettre de livrer à l’Union Européenne près de 4 Millions de tonnes d’hydrogène vert par an.

Ce corridor s’appuie sur des partenariats déjà engagés : lors du salon NAPEC d’Oran en octobre 2024, Sonatrach et Sonelgaz avaient signé un mémorandum d’entente avec l’Allemand VNG, l’Italien Snam, SeaCorridor et l’Autrichien Verbund Green Hydrogen pour préparer les études techniques du SoutH2 Corridor — un accord devenu en 2025 l’Alliance de l’Hydrogène Algérie-Europe (ALTEH2A) — ainsi qu’un accord distinct avec l’Espagnol Cepsa portant sur un projet intégré de 200 MW de capacité d’électrolyse destiné principalement au marché Européen (Transaction d’Algérie ; Sonatrach).

Une mission économique Allemande annoncée pour la mi-septembre

Ce guide devrait servir de feuille de route à une mission économique Allemande attendue à Alger le 21 septembre 2026, organisée par l’AHK Algérie avec le soutien du Ministère Fédéral de l’Économie. Elle réunira plusieurs entreprises Allemandes actives sur différents segments de la chaîne de valeur de l’hydrogène — électrolyse, dessalement, stockage, compression, ingénierie — dans une démarche de prospection et de mise en relation avec le marché Algérien, sans qu’aucun contrat précis n’ait pour l’heure été annoncé. Cette échéance s’inscrit dans la continuité de la visite effectuée à Alger début septembre par le Ministre Allemand des Affaires Etrangères, Johann Wadephul, qui avait évoqué avec les autorités Algériennes le potentiel du pays comme futur fournisseur d’hydrogène vert à « énorme potentiel » pour l’Union Européenne.

Sources : Algérie Éco – Algérie Brèves News – TSA Algérie – Maghreb actu – Algérie brevesnews – DZ Watch – advantageaustria – transactiondalgerie –     

Par : Sofiane CHERFI – Villeneuve d’Ascq

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