Incendies de forêt :  peut – on détecter le danger avant les premières flammes ?

Par : Mahdi OUZIALA

Plusieurs incendies survenus en Algérie semblent avoir été précédés par des enchaînements particuliers de chaleur, de sécheresse, de faible humidité et de vent. Mais les conditions atmosphériques n’expliquent pas tout : l’intervention humaine peut provoquer l’étincelle qui transforme une forêt vulnérable en foyer d’incendie.

Chaque été, les mêmes images reviennent : forêts en flammes, habitants évacués, équipes de secours mobilisées et paysages détruits en quelques heures. Une fois l’incendie déclaré, les explications météorologiques paraissent souvent évidentes : il faisait chaud, l’air était sec et le vent soufflait fort.

Une question essentielle demeure pourtant : ces conditions dangereuses pouvaient-elles être repérées plusieurs jours avant les premières flammes ?

La température du jour ne suffit pas à expliquer le déclenchement d’un incendie. Le danger peut se construire lentement, sous l’effet de plusieurs semaines sans pluie, de nuits de plus en plus chaudes, d’une humidité insuffisante et d’une végétation qui perd progressivement son eau.

Puis un changement plus brutal peut faire basculer la situation : hausse rapide de la température, arrivée d’un vent sec, rafales violentes ou nouvelle chute de l’humidité.

Le feu naît d’une rencontre

Un incendie de forêt apparaît généralement lorsque trois éléments se rencontrent :

une végétation suffisamment sèche pour brûler ; des conditions favorables à la combustion et à la propagation ; une source d’allumage. La chaleur, la sécheresse et le vent peuvent rendre un territoire extrêmement vulnérable. Ils ne créent cependant pas automatiquement l’étincelle.

Une forêt peut rester très sèche pendant plusieurs jours sans qu’aucun incendie ne se déclare. À l’inverse, une étincelle tombant au mauvais endroit et au mauvais moment peut provoquer un départ de feu qui devient rapidement incontrôlable.

Il faut donc distinguer le danger présent dans le milieu de la cause précise de l’allumage.

Le risque se construit parfois plusieurs jours auparavant

Une forêt ayant subi plusieurs semaines sans précipitations ne réagit pas comme une forêt récemment réhumidifiée, même lorsque les deux zones enregistrent la même température.

Le danger peut apparaître après différents enchaînements :

une longue sécheresse suivie d’une hausse brutale de la température ;

plusieurs nuits pendant lesquelles l’humidité ne remonte pas suffisamment ;

une faible pluie donnant une impression trompeuse de récupération ;

l’arrivée soudaine d’un vent chaud et sec ;

ou la persistance simultanée de chaleur, de sécheresse et de vent.

Une petite pluie peut, par exemple, humidifier temporairement les feuilles mortes et les herbes en surface, sans restaurer réellement l’humidité du sol, des arbres et des couches profondes de la végétation. Quelques heures de chaleur et de vent peuvent ensuite effacer rapidement cet effet.

L’apparence d’un retour à la normale peut alors être trompeuse.

Les nuits jouent également un rôle important. Lorsque l’air se rafraîchit et que l’humidité remonte, les combustibles fins peuvent récupérer une partie de l’eau perdue pendant la journée. Mais si les nuits restent chaudes et sèches, cette récupération devient insuffisante. La journée suivante commence alors avec une végétation déjà fragilisée.

Des incendies qui ne suivent pas tous le même scénario

Le cas de Tizi Ouzou, en août 2021, présente une transition particulièrement brutale. La température maximale avait augmenté de plus de dix degrés en vingt-quatre heures. Les conditions sont ensuite devenues encore plus sévères, avec un air extrêmement sec et des nuits très chaudes.

Cet événement laisse penser qu’une rupture atmosphérique rapide peut parfois faire entrer une région déjà desséchée dans une phase critique.

À Tipasa, en novembre 2020, les températures étaient bien inférieures aux records de l’été. Elles étaient toutefois élevées pour la saison et progressaient également pendant la nuit.

Ce cas rappelle qu’une température ne doit pas être interprétée de la même manière en juillet et en novembre. Une chaleur modérée à l’échelle de l’année peut devenir anormale lorsqu’elle est comparée au climat local et à la période concernée.

Dans la région de Chréa, les températures avaient commencé à diminuer avant l’un des incendies observés, mais la sécheresse accumulée pendant l’été restait profonde. Un refroidissement de quelques degrés ne signifie donc pas forcément que le sol et la végétation ont réellement récupéré.

Ces différences montrent qu’il n’existe probablement pas un seul scénario universel. Certains incendies peuvent être précédés par un choc thermique, d’autres par une sécheresse prolongée, un vent local violent ou une combinaison de plusieurs facteurs.

La géographie complique encore la situation. Une vallée, une pente exposée au soleil ou un couloir venteux peuvent connaître des conditions beaucoup plus dangereuses que celles observées à quelques kilomètres. Les moyennes régionales ne reflètent pas toujours ce qui se passe localement.

Le facteur humain au cœur du déclenchement

Même lorsque toutes les conditions atmosphériques sont réunies, un incendie ne commence pas nécessairement tout seul.

La source d’allumage peut être naturelle, notamment en cas de foudre. Mais elle peut également être liée à une activité humaine : un brûlage agricole ou de déchets mal maîtrisé ; un mégot jeté dans la végétation ; un feu de camp, un barbecue ou un feu laissé sans surveillance ; une étincelle provenant d’un véhicule ou d’une machine ; un incident sur une installation électrique ; des travaux réalisés à proximité d’herbes sèches ; une négligence ; ou, dans certains cas, un acte volontaire.

La responsabilité humaine ne doit toutefois jamais être affirmée sans preuve. La cause de chaque incendie doit être déterminée par les services compétents à partir d’enquêtes, de témoignages, d’images et de constatations effectuées sur le terrain.

Mais ignorer le facteur humain serait une erreur majeure.

Une même étincelle peut s’éteindre dans une végétation humide ou déclencher un incendie violent dans une forêt desséchée. Les conditions atmosphériques ne créent donc pas toujours le feu, mais elles peuvent décider de son avenir.

En fin

Un incendie de forêt résulte rarement d’un seul facteur. Il naît généralement de la rencontre entre un territoire fragilisé, des conditions atmosphériques favorables au feu et une source d’allumage humaine ou naturelle.

La chaleur seule ne suffit pas. Il faut également considérer la sécheresse accumulée, l’absence de récupération nocturne, le vent, l’état de la végétation, le relief et les activités présentes autour des zones forestières.

Comprendre ces enchaînements permet de dépasser l’explication simpliste selon laquelle un incendie se déclenche uniquement parce qu’il fait chaud. La véritable question est de savoir à quel moment une forêt devient suffisamment vulnérable pour qu’un mégot, une étincelle, une négligence, un acte volontaire ou la foudre puisse provoquer une catastrophe.

Identifier ce moment critique ne permettra jamais d’empêcher tous les incendies. Mais cela peut aider à renforcer la vigilance, à adapter les comportements et à protéger les territoires avant l’apparition des premières flammes.

Par : Mahdi OUZIALA – Lille

Auteur/autrice

Views: 14

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *