Hommage à Mohamed Habib Haddad : Un ami, un bâtisseur, un serviteur de la Tunisie

Par : Abdelkader Reguig

Président de l’Ordre des Ingénieurs Experts Arabes – Genève -Suisse

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de mon ami Mohamed Habib Haddad, survenu ce jeudi 13 août 2026 à l’âge de 83 ans. En cette période de deuil, mes pensées vont à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer. La Tunisie perd aujourd’hui l’un de ses fils les plus dévoués, un homme d’État intègre et un ingénieur agronome de talent. Mais pour moi, c’est avant tout un ami cher qui nous quitte.

Mon lien avec Mohamed Habib Haddad dépasse le cadre des simples relations professionnelles. Notre amitié est née au fil des responsabilités et des combats communs.

Tout a commencé en 1985, après mon élection en tant que Secrétaire National des ingénieurs à l’Union Nationale des Ingenieurs Architechtes et Scientifiques Algeriens( UNIASA) .Quelques mois plus tard, j’ai fait la connaissance du doyen des ingénieurs Tunisiens, l’ancien Ministre Sadok Ben Jamaa. À l’époque, ce dernier était en résidence surveillée. C’est grâce à l’intervention de Mohamed Cherif Messaadia, coordinateur de l’appareil du FLN auprès du Président Habib Bourguiba, qu’il avait pu assister à un séminaire international à Alger. Cet événement fut le prélude à une amitié indéfectible entre Sadok Ben Jamaa et moi-même, puis, plus tard, avec Mohamed Habib Haddad.

Le 7 novembre 1987, le Président Zine El-Abidine Ben Ali rappelait Sadok Ben Jamaa pour lui confier le poste de Ministre de l’Équipement et de l’Habitat. C’est à partir de l’élection de Mohamed Habib Haddad à la Présidence du Conseil de l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens, de 1990 à 1998, que notre lien s’est resserré. Il était un homme humble, d’une courtoisie rare, et son intelligence fine m’a immédiatement séduit.

Je me souviens avec émotion de notre complicité. En juillet 1999, alors qu’il était Gouverneur de Kasserine puis de Nabeul, il nous avait invités, le Haut Conseil de l’Union des Ingénieurs Arabes, à un déjeuner où nous étions une vingtaine. Son sens de l’accueil et sa générosité naturelle étaient déjà légendaires.

Plus tard, en 2003, alors que j’étais Sénateur et Président de l’Union Nationale des Scientifiques et Technologues Algériens, ainsi que membre du Parlement Maghrébin, je me trouvais à Tunis. Lui, devenu Ministre de l’Agriculture, avait chamboulé le protocole pour venir me chercher lui-même a l’Hôtel et m’emmener prendre un café au Ministère. Meftah Rouimi, le Président de l’Union des Ingénieurs Libyens et lui aussi membre du Parlement Maghrébin, nous avait accompagnés. Ce geste, simple en apparence, en disait long sur sa fidélité en amitié et sa grandeur d’âme.

Sa carrière fut exemplaire. Il a incarné avec brio la figure du haut commis de l’État, tour à tour élu de la Nation, Gouverneur respecté à Kasserine et Nabeul, Ministre de l’Agriculture de 2002 à 2008, puis Ambassadeur de Tunisie en Autriche et Représentant permanent auprès des organisations internationales à Vienne jusqu’en 2010. Dans toutes ces fonctions, il a fait preuve d’une compétence remarquable, d’une discrétion absolue et d’un profond sens de l’État. Il était un homme de terrain, passionné par l’agriculture et les réalités des paysans, qu’il n’a jamais cessé de défendre.

Ma dernière rencontre avec lui remonte au 25 mai 2021, à l’hôtel El Mouradi Gammarth, lors d’un séminaire international. Nous avions partagé un café, comme à notre habitude. Jusqu’à son dernier souffle, nous sommes restés en contact. Je lui envoyais régulièrement des journaux Français, et lors de notre conseil d’administration de l’ORREXE à Tunis le 8 juin 2024, j’avais tenté de le joindre pour un café. Il m’avait alors avoué, avec la pudeur qui le caractérisait, qu’il était malade et ne pouvait se déplacer. Nous devions aller le voir avec Mebarek Boukaba, mais un imprévu nous a contraints à regagner Alger. Je garde le regret de ne pas avoir pu le serrer une dernière fois dans mes bras.

Mohamed Habib Haddad laisse le souvenir d’un homme d’abnégation, d’intégrité et de patriotisme. Il était un homme de sagesse, doté d’une vaste culture et d’une grande capacité d’écoute. Au-delà de l’ami, c’est une source de conseils précieux que nous perdons. Il nous manquera à jamais, ainsi que son humour raffiné et sa stature imposante.

Adieu, cher ami. La Tunisie et tous ceux qui t’ont connu pleurent ta disparition. Repose en paix, Mohamed Habib Haddad.

Par : Abdelkader REGUIG

Contact: orarexe@ gmail.com

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